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CHAPITRE XII

§ I — Des COMÈTES qui ont le plus approché de la Terre.

I^ Mémoire de Lalande et la panique de Tannée 1773. — Lettre de VoUaire sur la comète. — Le communiqué de la Gazette de France et les Mémoires de Bachaumont. — Catalogue donné par Lalande des comètes qui, jusqu'alors, s'étaient le plus nppro-* clices de notre globe.

Dans le printemps de Tannée 1773, une rumeur singulière, bientôt suivie d'une étrange panique, se répandit à Paris et dans le reste de la France. Une comète devait bientôt se trouver sur le chemin de la Terre, heurter notre planète, et ainsi infailliblement amener la fin du monde, de notre monde s'entend. L'origine de cette rumeur était un Mémoire que notre illustre compatriote Lalande devait lire dans l'Assemblée publique de l'Académie des sciences du 21 avril, qu'il n'avait point lu cependant, mais dont le seul titre avait suffi pour allumer les imaginations. Le travail du savant astronome était intitulé : Réflexions sur les comètes qui peuvent approcher de la Terre. On s'imagina bientôt,

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ou plutôt on imagina (car rien de pareil ne se trouvait dans le Mémoire) cju'une comète prédite par Tauteur allait dissoudre Ja Terre le 20 ou 21 mai 1773.

La peur fut telle, que Lalande, avant de publier son travail, dut faire insérer dans la Gazette de France du 7 mai, l'annonce suivante : « Le sieur de Lalande n'eut pas le temps de lire un Mémoire sur les comètes qui peuvent en s' approchant de la Terre y causer des révolutions ; mais il observe qu'on ne saurait fixer l'époque de ces événements. La comète la plus prochaine dont on attende le retour est celle qui doit paraître dans dix-huit ans ; mais elle n'est pas du nombre de celles qui peuvent nuire à la Terre. » Cette note, paraît-il, ne calma point les esprits, car voici ce qu'on lit à la date du 9 mai, dans les Mémoires de Bachaumont :

a Le cabinet de M. de Lalande ne désemplit pas de curieux qui vont l'interroger sur le Mémoire en question ; et, sans doute, il lui donnera une publicité nécessaire, afin de raffermir les têtes ébranlées par les fables qu'on a débitées à ce sujet. La fermentation a été telle, que des dévots, aussi ignares qu'imbéciles, sollicitaient M. Tarchevêque de faire des prières de quarante heures pour détourner l'énorme déluge dont on était menacé, et ce prélat était à la veille d'ordonner ces prières, si des académiciens ne lui eussent fait sentir le ridicule de sa démarche. Le faux énoncé de la Gazette de France a produit un mauvais effet, en ce qu'il a fait présumer que le Mémoire de l'astronome devait contenir des vérités terribles, puisqu'on les déguisait aussi évidemment. »

On voit qu'il y a un siècle les communiqués n'étaient pas plus efficaces qu'aujourd'hui, le public étant toujours enclin à y lire des contre-vérités. Mais les gros mots de Bachaumont à l'égard des dévots n'en étaient pas moins déplacés,

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ainsi que les injures qu'il trouve moyen de prodiguer plus loin à J^alande. Combien ne préférons-nous pas, pour combattre des préjugés sans fondement, la fine ironie de Voltaire, dans sa Lettre sur la prétendue comète. Qu'on en juge par ce court extrait :

A Grenoble, ce 47 mai 1773.

« Quelques Parisiens, qui ne sont pas philosophes, et qui, si on les en croit, n'auront pas le temps de le devenir, m'ont mandé que la fin du monde approchait, et que ce serait infailliblement pour le 20 du mois de mai où nous sommes.

» Ils attendent ce jour-là une comète qui doit prendre notre petit globe à revers, et le réduire en poudre impalpable , selon une certaine prédiction de l'Académie des sciences qui n'a point été faite.

» Rien n'est plus probable que cet événement ; car Jacques Bernouilli, dans son Traité de la comète^ prédit expressément que la fameuse comète de 1680 reviendrait, avec un terrible fracas, le 17 mai 1719; il nous assura qu'à la vérité sa perruque ne signifierait rien de mauvais, mais que sa queue serait un signe infaillible de la colère du ciel. Si Jacques* Bernouilli se trompa, ce n'est peut-être que de cinquante-quatre ans et trois jours.

» Or, une erreur aussi peu considérable étant regardée comme nulle dans l'immensité des siècles, par tous les géomètres, il est clair que rien n'est plus raisonnable que d'espérer la fin du monde pour le 20 du présent mois de mai 1773, ou dans quelque autre année. Si la chose n'arrive pas, ce qui est différé n'est pas perdu.

» 11 n'y a certainement nulle raison de se moquer de M. Trissotin, tout Trissotin cpi'il est, lorsqu'il vient dire à

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madame Philaminte {Femmes savantes^ acte IV, scène 3) :

Nous Tavons en dormant, madame, échappé belle : Tn monde près de nous a passé tout du long, Est chu tout au travers de notre tourbillon; Ht, s'il eût en chemin rencontré notre terre, Elle eût été brisée en morceaux comme verre.

» Une comète peut à toute force rencontrer notre globe dans la parabole qu'elle peut parcourir; mais alors qu'arrivora-t-il? Ou cette comète aura une force égale à celle de la teiTe, ou plus grande^ ou plus petite. Si égale, nous lui ferons autant de mal qu'elle nous en fera, la réaction étant égale à l'action; si plus grande, elle nous entraînera avec elle ; si plus petite, nous l'entrainerous.

» Ce grand événement peut s'arranger de mille manières, et personne ne peut affirmer que la Terre et les autres planètes n'aient pas éprouvé plus d'une révolution, par rembarras d'une comète rencontrée dans leur chetnin. »

Le Mémoire de Lalande fut publié dans le courant de l'année 1773; il parut en outre dans les Comptes refidus de r Académie j et bientôt on oublia la prédiction qu'il n avait point faite. « Les Parisiens ne déserteront pas leur ville le 20 mai, avait dit Voltaire en terminant sa lettre; ils feront des chansons, et l'on jouera la comète et la fin du monde à rOpéra-Comique. »

De quoi s'agissait-il donc simplement dans le travail de Lalande? De trouver par le calcul les distances des nœuds de soixante et une comètes à l'orbite de la Terre, ainsi que les distances des comètes à l'écliptique, pour le cas où leur rayon vecteur est égal à l'unité. A l'aide de ces éléments, ou pouvait recoimaitre quelles étaient, parmi les comètes alors connues, celles qui pouvaient le plus approcher de la Terre, et occasionner ou subir les plus grandes perturba-

tions. La table qu'il donna fut perfectionnée par un astronome suédois, Prospérin. Voici un extrait des résultats les plus curieux à ce point de vue :

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