RÉPONSES AUX OBJECTIONS CONTRE LA LÉGITIMITÉ D'UN SERMENT
On objecte, contre la doctrine que nous venons d'exposer sur la légitimité du serment, deux passages de l'Ecriture. Ce sont d'abord les paroles de notre Sauveur : « Et moi, je vous dis de ne point jurer du tout, ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu ; ni par la terre, parce qu'elle sert d'escabeau à ses pieds ; ni par Jérusalem, parce que c'est la ville du grand Roi. Vous ne jurerez pas non plus par votre tête, parce que vous ne pouvez en rendre un seul cheveu blanc ou noir. Mais contentez-vous de dire: cela est ; ou: cela n'est pas. Car, ce qui se dit de plus vient du mal. » 5
L'autre passage est celui de Saint Jacques : « Mais avant toutes choses, mes frères, ne jurez ni par le ciel, ni par la
1 S. Mat. XXVI. 74.
2 Gen. XXV. 33.
3 S. Mat. XIV. 7.
4 Act. XXIII. 14.
5 S. Mat. V. 34. 37.
terre, ni par quelque autre chose que ce soit; mais contentezvous de dire : « cela est ; ou: cela n'est pas ; afin que vous ne soyez point condamnés. » ^
Or, nous savons que notre Sauveur et son Apôtre ne condamnent pas ici simplement et d'une manière absolue tous les serments, mais uniquement cet usage commun et trop fréquent de jurer, que les scribes et les Pharisiens enseignaient à tort comme n'étant pas un péché. Cette défense doit donc s'entendre des serments téméraires et futiles qui se font dans les conversations, et non d'une affirmation solennelle en cour de justice, ni des serments revêtus des qualités dont nous avons parlé plus haut. Cette allusion au « trône de Dieu, » etc., est une condamnation de l'hypocrisie dominante des Juifs de ce temps, qui se figuraient échapper au crime de parjure, si, dans leurs serments, ils évitaient de mentionner le Nom de Dieu. Un dicton habituel des rabbins était: « Comme le ciel et la terre passeront, ainsi passe un serment fait par le ciel et la terre. » Notre-Seigneur montre qu'un faux serment par le ciel, par la terre, ou par Jérusalem, n'en est pas moins une profanation du Nom de Dieu. Par ma tête^ était une forme de serment commune dans le monde ancien: « Je jure par cette tête, par laquelle avait coutume de jurer mon père. » (Virg. Enéide ix. v. 300).