EST-IL PERMIS DE SE RÉVOLTER
A la seconde question, nous devons donner la réponse générale, qu'il n'est jamais permis de se révolter de son .mtoritc priv?e, — c'est-à-dire de son propre chef. Cette réponse est vraie, même dans le cas où le gouvernement d'un prince serait tyrannique. Telle est l'enseignement de Léon XIII, dans son Encyclique Qiiod Apostolici inuneriSy du 28 Décembre 1878. Il peut arriver cependant que, dans l'exercice publique de leur autorité, les gouvernants agissent d'une façon injuste et arbitraire, même dans ces circonstances, l'Eglise catholique ne permet pas aux sujets de se révolter sans autres raisons, crainte de plus grands désordres pour la paix et l'ordre de la société, et pour éviter à celle-ci de plus graves préjudices. Et lorsque les choses en arrivent à cette extrémité où il ne reste plus aucun espoir, elle enseigne qu'on ne doit chercher le remède que dans la patience chrétienne, et dans de pressantes prières à Dieu.
Il est expressément dit : de son autorité privée^ parce que la société, après avoir convoqué en assemblée les habitants d'un état, peut agir contre un tyran qui est trop insolent, peut le déposer et même le mettre à mort, dans le cas où aucun autre remède ne serait possible. La raison en est que
le roi reçoit son autorité de Fétat, non pour détruire, mais pour édifier et conserver ; et Tétat peut, par conséquent, enlever cette autorité à celui qui commence à s'en servir au détriment manifeste et évident de l'état et du peuple. Telle est l'opinion de saint Thomas qui l'appuie par des exemples; — bien que quelques théologiens soient d'un avis contraire. Toutefois, il faut se rappeler que la guerre civile donne lieu à des maux bien plus graves que tous ceux que peut occasionner un tyran ; et, dès lors, il est souvent préférable de supporter patiemment l'oppression que de tenter témérairement d'affranchir un pays de ses chefs existants. C'est pour cela que Léon XIII ajoute : « Quand les choses en arrivent à cette extrémité, qu'il ne reste plus aucun espoir de salut, il faut chercher un remède dans les mérites de la patience chrétienne et dans de constantes prières à Dieu.» Ce sentiment est aussi celui de saint Thomas : « Si les secours humains ne peuvent rien contre un tyran, il faut avoir recours à Dieu, le Roi des rois, qui est notre unique appui dans l'adversité,... et, pour que le peuple puisse mériter d'obtenir son assistance, qu'il ait soin d'éviter le péché ; parce que c'est pour punir le péché que Dieu permet quelquefois que les impies exercent le gouvernement et la puissance. » ^
Aussi, trouvons-nous la proposition suivante parmi celles que condamne le Syllabus : « Il est permis de refuser l'obéissance aux princes légitimes, et même de se révolter contre eux. » 2 Et cette autre a été justement condamnée comme hérétique par le Concile de Florence : « Tout tyran peut et
1 Voy. Haine : Théologie. De quarto priecepto.
doit être mis à mort, c'est juste et méritoire^ parses vassaux ou ses sujets ; — on peut le faire par des complots secrets, par des ruses ou des flatteries, malgré tout serment en toute promesse de fidélité, et sans attendre Tordre d'aucun juge. »