‹ Les commandements expliqués d'après la doctrine et les enseignements de l'Eglise catholiqueChapitre 225 sur 409 · DEVOIRS DES MAITRES ENVERS LEURS SERVITEURS · texte numérisé non relu

DEVOIRS DES MAITRES ENVERS LEURS SERVITEURS

Les maîtres doivent traiter leurs serviteurs avec bonté, veiller sur leur instruction et leur conduite, et leur payer des gages raisonnables.

(i) Les maîtres doivent traiter leurs serviteurs avec bonté. Tel est Tavis de l'Apôtre saint Paul qui leur dit: « Vous, maîtres, rendez à vos serviteurs ce que l'équité et la justice demandent de vous, sachant que vous avez aussi bien qu'eux un maître dans le ciel. » ^

Les considérations suivantes sont bien faites pour montrer aux maîtres de quelle bonté ils doivent user vis-à-vis de leurs serviteurs. Ils sont leurs égaux aux yeux de Dieu et aux yeux de la religion. Dieu ne fait exception de personne. Par conséquent, « si, selon les paroles de la Sagesse, vous avez un serviteur qui vous soit fidèle, qu'il vous soit cher comme votre vie; traitez-le comme votre frère, parce que vous l'avez acquis au prix de votre sang. » ^ Réfléchissez aussi que maîtres et serviteurs sont égaux au point de vue de la nature. Ils sont domestiques; néanmoins ils sont hommes comme vous et vous êtes serviteurs comme eux: ils sont du même sang et de la même chair que vous, et respirent le même air que vous. Leur condition présente n'est qu'accidentelle; car, la même Providence qui vous les a soumis, peut changer l'ordre des choses^ élever les serviteurs et abaisser les maîtres. Une autre pensée qu'on ne devrait jamais perdre de vue: ceux qui sont les serviteurs des hommes peuvent être grands devant Dieu, tandis que beaucoup de maîtres sont peut être les esclaves de leurs passions, et^ par leurs passions, les esclaves du démon. Il est donc évident que les supérieurs ne devraient jamais songer à mépriser leurs serviteurs, nia les traiter sévèrement; mais qu'ils devraient, au contraire, les traiter avec amour, comme leurs semblables, comme leurs

1 Col. IV. I.

2 EccL. XXXIII. 31.

LE aUATRIÈME COMMANDEMENT 369

égaux, comme les héritiers, avec eux, d'un même patrimoine de vie et d'éternelle félicité. Ces considérations sont propres à faire accepter par un grand nombre l'avis et le conseil du Sage: « Ne soyez point comme un lion dans votre maison, en vous rendant terrible à vos domestiques, et opprimant ceux qui vous sont soumis. » ^

(2) Les maîtres sont tenus d'instruire leurs serviteurs et de veiller sur leur conduite. En un sens, ils prennent la place des parents vis-à-vis de leurs serviteurs. Parfois, ceux qui sont obligés d'aller en service, sont orphelins ; beaucoup y sont réduits par le besoin et la pauvreté des parents. Ne l'oubliant jamais, maîtres et maîtresses remplaceraient, autant que faire se peut, les parents que leurs domestiques ont été forcés de quitter pour les servir. A ce point de vue, les obligations des maîtres sont les mêmes que celles des parents à l'égard de leurs enfants; ils doivent donc veiller et pourvoir à leur instruction par de bons conseils, par une vigilance active, par leurs bons exemples, et par un zèle efficace pour leurs intérêts spirituels. Cette obligation leur incombe plus spécialement envers les jeunes domestiques qui n'auraient pas encore fait leur première communion, et envers ceux qui ne connaissent pas leurs devoirs religieux. Ils sont tenus de les envoyer à la messe le dimanche, et de prendre leurs mesures pour que les ignorants assistent au catéchisme et aux instructions religieuses. Soir et matin, les prières peuvent être récitées en commun par la famille entière, et c'est l'usage dans beaucoup de pieuses familles. De bons livres, des feuilles édifiantes sont mis au service des domestiques, afin qu'ils aient l'occasion de faire

I EccL. IV. 35.

q-yO LES COMMANDEMENTS

une lecture utile à leurs moments de loisir, les dimanches et les jours de fête.

Les maîtres sont tenus de surveiller la conduite de leurs domestiques, pour qu'ils ne prennent point part à des amusements dangereux, ne fréquentent pas de mauvaises compagnies, n'exposent pas d'autres serviteurs au danger de pécher, et ne soient point la cause de la ruine spirituelle des enfants ou de quelqu'autre membre de la famille. Une maxime habituelle de Constantin le Grand, lorsqu'il chassait de sa maison tous les officiers sans religion, était celle-ci : « Comment peuvent-ils être fidèles à leur prince, s'ils ne sont pas fidèles à leur Dieu ? » Si les domestiques ne sont pas bons chrétiens ils ne seront pas bons serviteurs. Ils seront légers, adonnés à leurs passions, vains, bavards, menteurs, calomniateurs, et souvent peu honnêtes. Le bien de la famille, son honneur, l'innocence des enfants, dépendent beaucoup du caractère et de la conduite des serviteurs. D'où il suit qu'on ne doit pas garder des domestiques irréligieux dans une famille chrétienne, à moins qu'on ait l'espoir de les amender, et de les amener dans la voie de la droiture et de leurs devoirs religieux. C'est une obligation grave, pour ceux qui en sont responsables, d'instruire et de diriger leurs serviteurs dans les choses qui appartiennent à leur bien spirituel. Ce n'est pas assez de subvenir aux besoins temporels de leurs corps, et de pouvoir dire :« Je les nourris, les habille, et prends soin de leur santé ; » si on ne prend soin de leur âme qui, nous le savons, est infiniment préférable à leur corps.

(3) Il est nécessaire de donner le bon exemple à ses domestiques. L'exemple des supérieurs, bon ou mauvais, fait une impression toute particulière sur leurs serviteurs; et le mauvais exemple agit même plus facilement que le bon.

Si un maître donne de mauvais exemples, il autorise en quelque sorte la conduite perverse des domestiques. Les maîtres sont observés par tous ceux qui sont sous leur autorité ; ils devraient donc se tenir constamment sur leurs gardes, afin de ne rien dire et de ne rien faire qui puisse scandaliser ces petits, les faibles et tous ceux qui dépendent d'eux. Il faut qu'ils apportent beaucoup de vigilance (dans leurs conversations, de peur de laisser échapper quelques paroles contre la religion, contre les bonnes mœurs, ou contre leur prochain ; parce que, dans une famille, on entend tout, ou se souvient de tout, et on redit tout. Si les domestiques entendent qu'on* se livre au ridicule et à des plaisanteries contre Dieu et les choses saintes, au sujet des récompenses et des châtiments de la vie future, ils perdront bien vite toute crainte d'offenser Dieu, et s'imagineront qu'ils peuvent impunément faire le mal, pourvu qu'ils échappent à la surveillance. S'ils entendent leurs supérieurs porter atteinte à la réputation et au caractère du prochain, ils n'attacheront pas beaucoup d'importance à la réputation et au caractère de leurs maîtres, et ne se feront point scrupule d'exposer leurs vues. Il est donc de notre propre intérêt d'édifier ceux qui nous servent, ou qui, de quelque façon que ce soit, sont sous notre autorité.

Q.uand à ces maîtres qui scandalisent leurs serviteurs par leurs discours, leurs exemples et leurs désordres, et qui sont pour eux une occasion de péché, nous devons d'une manière toute spéciale leur rappeler les paroles de notre divin Sauveur : «Si quelqu'un est un sujet de scandale pour un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attachât au cou une meule de moulin, et qu'on le jetât au fond de la mer. Malheur au monde, à cause des scandales î

Car il est nécessaire qu'il arrive des scandales; mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive ?» ^

(4) Les maîtres sont tenus de payer exactement les justes gages de leurs serviteurs. C'est là un des premiers devoirs de justice, et la première condition du contrat qui a eu lieu entre le maître et le domestique. Les gages des serviteurs et des ouvriers doivent se payer non seulement avec exactitude mais aussi avec diligence ; de façon à ne pas exposer les pauvres à de graves inconvénients en les obligeant à attendre longtemps leur salaire. Cela est d'autant plus nécessaire que souvent, eux et les leurs, comptent sur ce qu'ils gagnent chaque semaine ou chaque mois, pour se procurer la nourriture et les autres choses indispensables. Aussi, lisons-nous dans le Lévitique : « Le prix du mercenaire qui vous donne son travail ne demeurera point chez vous jusqu'au matin. » ^ C'est bien le sens de la loi si juste donnée par Tobie à son fils : « Lorsqu'un homme aura travaillé pour vous, payez-lui aussitôt ce qui lui est dû pour son travail, et que la récompense du mercenaire ne demeure jamais chez vous. » 3 II est bon que tous les maîtres retiennent cet avis, et que tous les pères le donnent à leurs enfants.

Le péché de diminuer ou de supprimer le salaire des serviteurs est si grand que l'Ecriture le compare à l'homicide : « Celui qui arrache à un homme le pain qu'il a gagné par son travail est comme celui qui assassine son prochain. Celui qui répand le sang, et celui qui prive le mercenaire de sa récompense, sont frères. » 4

1 S. Mat. XVIII. 6, 7.

2 LÉviT. XIX. 13.

3 ToB. IV. 15.

4 EccL. XXXIV. 26, 27.

On rencontre des maîtres avares qui diffèrent et retardent de payer les appointements de leurs serviteurs et de leurs employés, jusqu'à ce que ces pauvres malheureux soient obligés de faire des réductions sur la somme qui leur est justement due ; et d'autres maîtres riches qui profitent de la pauvreté et de la misère des gens pour obtenir leur travail et leurs services à un prix inférieur à ce qui est juste et raisonnable. Qu'ils se rappellent les paroles de saint Jacques : «Sachez que le salaire que vous faites perdre aux ouvriers qui ont fait la récolte de vos champs crie ; et que leurs cris sont montés jusqu'aux oreilles du Seigneur des armées. » ^

Ainsi, priver les serviteurs et les ouvriers de leurs gages, c'est un de ces crimes qui crient vengeance vers le ciel ; et le même Apôtre Saint Jacques nous parle du châtiment invoqué sur ces injustes tyrans : « Mais vous, riches, pleurez, poussez des cris et des hurlements, dans la vue des misères qui doivent fondre sur vous. La pourriture consume les richesses que vous gardez ; les vers mangent les vêtements que vous avez en réserve ; la rouille gâte l'or et l'argent que vous cachez: et cette rouille portera témoignage contre vous, et dévorera votre chair comme un feu ; c'est là le trésor de colère que vous vous amassez pour les derniers jours. » ^

Non seulement ils doivent percevoir leur salaire ; mais les domestiques ont droit aussi à être convenablement nourris et logés. Les serviteurs ont raison de détester une maison où l'on ne rencontre que petitesses et avarice. C'est dans l'intérêt du maître de leur donner une nourriture bonne, saine et suffisante ; comme il est aussi de son intérêt de gagner l'affec-

1 S. Jacq^. V. 4.

2 Ibid. v. i et seq.

tion de ses serviteurs par des actes de générosité, et d'exercer envers eux non seulement les devoirs de la justice, mais aussi ceux de la charité. Soyez de bons maîtres, et vous aurez, de bons serviteurs; soyez des maîtres chrétiens, et vous recevrez de votre Maître céleste une éternelle récompense.

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