GRAVITÉ DE CE PÉCHÉ
Le suicide est un des crimes les plus odieux que l'homme puisse commettre. Ceux qui s'en rendent coupables ne laissent point de place, ou bien peu de place au repentir, à l'espérance et à la charité. En règle générale, les suicidés meurent dans leurs péchés ; — bien plus, leur mort est leur crime ; et quelle condition épouvantable que celle d'un homme dont le dernier acte de la vie sera la plus grave des fautes ! Il est bien vraiment son meurtrier, puisqu'il détruit non seulement son corps, mais aussi son âme.
Il n'est donc jamais permis à un homme de sa propre autorité, de causer directement sa mort. Le précepte « vous 11c tuere^ pointy » défend d'ôter la vie de quelque homme que ce soit, et à plus forte raison la sienne propre. Nous ne pouvons point disposer de ce qui ne nous appartient pas, et d'une chose sur laquelle nous n'avons aucun empire, ni aucun droit. Or, Dieu s'est réservé tout droit de vie ou de mort. Dès lors, ni pour éviter le péché, ni pour éviter la mort la plus terrible, il ne serait permis à un homme de
prendre du poison ; et il ne serait point permis non plus à des soldats de se donner la mort, pour ne pas tomber entre les mains d'ennemis cruels et barbares. >
Un chrétien ne l'ignore pas : Dieu ne permet point qu'on soit tenté au-dessus de ses forces, et il ne permet jamais que les ennuis et les misères de la vie soient assez violents pour la rendre insupportable. En règle générale, nous voyons que les hommes sont poussés à commettre ce crime par« un concours de circonstances », par la malhonnêteté dans les affaires, par la ruine de l'honneur aux yeux du monde, par une vie de débauche et enfin par l'ivrognerie, dont la conséquence, pour certains s'érigeant en jury et portant un verdict, est « la folie accidentelle.» On ne rencontre pas toujours dans ces jugements l'honnêteté et la charité : car il faut nous rappeler qu'il y a une charité qu'on doit aux vivants, non moins qu'à la mémoire des morts. Il y a de très-nombreux cas de « folie accidentelle ; » il ne semble point loyal ni charitable d'associer ces cas aux suicides volontaires ; comme, d'ailleurs il ne serait point charitable de citer comme exemples Achitophel qui, dans son orgueil froissé, se pendit, parce que son avis n'avait pas été pris en considération ; ^ ni Judas l'Iscariote, qui se pendit de désespoir. Il ne serait point charitable non plus de confondre dans notre verdict des cas, comme on en voit parfois, c'est-à-dire, de bons chrétiens, affligés de maladies héréditaires, et qui, sous le poids écrasant des illusions qu'elles leur causent, ou pour d'autres motifs, se laissent aller jusqu'au suicide.
De nos jours, il y a une tendance à dire que le suicide est par lui-même une preuve de folie, et que la victime n'est point responsable. Si vous poussez ce raisonnement trop
I II Rois xvii. 23.
loin, VOUS en arriverez finalement à la justification de tous les crimes.