RÉPONSE AUX OBJECTIONS
Ce qui précède est déjà une réponse aux objections qui se présenteront à l'esprit de plusieurs, et qu'on soulève ordinairement contre les enseignements que nous venons de donnera propos de la fuite des occasions dangereuses. Qu'il me soit permis, à ce sujet, de citer encore une fois, l'essai sur La Morale.
« Que penser des jeunes médecins et des jeunes prêtres ? Ne doivent-ils pas répondre à l'appel du devoir, aller partout et dans toute sorte de compagnie ? Ne sont-ils pas tenus de rendre service à toute espèce de personnes, qu'elles soient bonnes ou mauvaises ? Et même, la connaissance dit monde n'est-elle pas pour eux la science la plus importante ? Comment parvenir à connaître le monde, si l'on s'enferme dans sa chambre, si l'on ne va jamais nulle part^ si l'on ne fréquente que la société de gens respectables et vertueux? Eh bien ! à tout cela voici ma réponse : Naturellement, à l'appel du devoir, vous devez aller partout. Vous auriez grandement tort de limiter vos services aux personnes vertueuses, dè^ lors que le publicain et le pécheur les réclament aussi. Donc, quand le devoir vous appellera, vous irez; mais vous n'irez pas avant. Le libertinage, la sotte curiosité, l'amour des émotions étranges, les folles imaginations, tout cela, certes, n'est pas le devoir. Et si ces choses, ou Tune d'elles seulement sont l'unique motif que vous ayez de vous jeter volontairement dans la tentation que votre devoir serait de fuir, alors, bien certainement, vous êtes sans excuse, votre conduite est coupable, votre acte n'est que folie.
« Le devoir appelle le soldat à la gueule du canon. Les maladies, les épidémies repoussantes et contagieuses, plus
redoutables, sans contredit, qu'aucune phase de bataille^ doivent être affrontées par le médecin et par le prêtre : c'est leur devoir. Ceux qui reculeraient devant la tâche qu'ils se sont imposée ; ceux qui fuieraient à la voix du devoir, quel qu'il soit; ceux-là ne seraient que des êtres absolument méprisables : leur lâcheté ne mérite pas qu'on s'y arrête plus longtemps. Mais, alors, si le devoir, — le devoir envers Dieu et envers le prochain, — ne nous appelle pas, oui, alors, notre devoir est de ne pas aller dans un endroit où se présentera une forte tentation de péché : y aller sans raison, sans nécessité, c'est se rendre coupable. Venons-en à la connaissance du monde ! N'ayez pas peur de n'être jamais obligé de vous trouver en face de faits honteux, et de n'avoir pas assez souvent à vous trouver en présence d'actes désagréables et licencieux, sans vous mettre à les rechercher volontairement quand ce n'est point utile. Nous sommes entourés d'iniquités de tout genre, et nous ne pouvons pas échapper à leur contact. Mais vous iriez de propos délibéré à rencontre de la tentation, dans un endroit où heureusement — ex hypothesiy vous n'avez rien à faire ? Quelle absurdité que votre prétexte de chercher à connaître Le monde ! Le foyer des théâtres, les salles d'auberges mal famées, les bruyantes tavernes, les servantes faibles et légères, les jeunes filles livrées à elles-mêmes, les lectures immorales, les chants déshonnêtes, les vils comptes-rendus des tribunaux, les peintures immodestes, les propos malsains, les cris assourdissants de la nuit, les danses échevelées et les scènes de débauche, rien de tout cela nest le monde ; il n'est rien en tout cela que des jeunes gens au cœur inflammable et sans expérience soient obligés de connaître ou d'étudier. »