‹ Les commandements expliqués d'après la doctrine et les enseignements de l'Eglise catholiqueChapitre 313 sur 409 · RÉPONSE AUX OBJECTIONS CONTRE LA PRATIQUE DE LA CHASTETÉ · texte numérisé non relu

RÉPONSE AUX OBJECTIONS CONTRE LA PRATIQUE DE LA CHASTETÉ

Il reste encore une ou deux objections, sorte de théories qu'on allègue pour justifier la conduite de ceux qui hésitent à embrasser un genre de vie vertueux et honnête. On pourrait appeler la première, « la théorie de la gourme, » et qui est très bien décrite par un auteur auquel j'ai déjà fait plusieurs emprunts. Elle consiste dans la plaisante illusion qu'on aime à se faire : «On a bien le temps de s'assagir et de se calmer plus tard; la jeunesse est le temps des jouissances, le temps de la joie et des extravagances^, » comme si, vraiment ! être ioyeux, extravagant, débauché, pécheur, vicieux, et être heureux, étaient tout autant d'expressions synonymes; et comme si on n'avait à cet âge, qu'à « jeter sa gourme, ou le premier feu de sa jeunesse. »

Notre auteur, en réponse à cette théorie, fait valoir quatre considérations qui 'montrent l'extrême absurdité de pareils sentiments pour excuser la sensualité.

(i) D'abord : la sensualité, qu'on s'y livre jeune, dans l'âge mûr ou dans la vieillesse, est toujours coupable ; et, conséquemment, en aucune circonstance, à aucun âge, ne deviendra le vice de quiconque veut être fidèle à la sainte volonté et aux commandements de Dieu.

(2) En second lieu : pendant qu'il va jeter sa gourme et le premier feu de sa jeunesse, ce transgresseur volontaire, ce criminel de propos délibéré, peut contracter pour le péché un goût tel, qu'il ne lui sera sans contredit pas si facile ni si agréable qu'il semble le supposer, d'en secouer le joug, lorsqu'il jugera bon ou nécessaire de revenir à une meilleure voie.

(3) En troisième lieu : il peut se faire que, non seulement il se soit dégradé et avili lui-même ; mais encore (épouvantable réflexion !) qu'il trouve aussi, à sa grande douleur et à sa profonde surprise, qu'il a été un moyen de corruption pour le caractère et de ruine pour les bons principes des autres, de ceux qui ont été assez malheureux pour se laisser influencer et pervertir par ses mauvais exemples, et qui ont été plus ou moins associés aux scènes de ses vices précoces.

(4) Qiiatrièmement enfin : supposons que ce jeune homme qui, selon l'hypothèse, sacrifie aussi facilement sa conscience et son estime personnelle à l'empire de ses passions, qui renvoie, bien réfléchi, « à plus tard, plus tard encore, et toujours à plus tard, » de tourner une autre feuille du livre de sa vie ; supposons qu'il vienne à mourir subitement, d'une maladie de cœur, si vous voulez, d'une chute dans l'eau où il se noie, d'un accident de chemin de fer, « emporté en plein épanouissement de son vice ; » — eh bien ! alors, qu'arrivera-t-il ? Je le demande, qu'arrivera-t-il ?

« Ou supposons que ce jeune homme ne meurt pas ainsi subitement et tout d'un coup ; mais qu'il est frappé à Timproviste d'une maladie douloureuse qui l'étend sans forces sur son lit, une fièvre typhoïde, le typhus, la petite vérole, la scarlatine, ou quelqu'autre maladie plus douloureuse encore, où l'on est obligé d'avoir recours au bistouri du chirurgien, qui, très vraisemblablement, sera impuissant à rendre la santé au malheureux patient : dans ce cas, je le demande, lui sera-t-il possible de recueillir ses pensées, de devenir religieux, d'avoir un repentir sincère pour la première fois de sa vie, quand la voix dure et menaçante de la mort l'appelle ? Q.uel est celui qui est capable de réfléchir sérieusement sur le passé, de porter des regards résignés, l'esprit en prière, vers

ravenir, lorsque, torturé par les spasmes et la tête en feu, il n'a guère conscience que de sa faiblesse, de ses souffrances et de Tagonie qui étreint et tord son corps épuisé ; ou bien encore, pour laisser notre imagination faire un pas de plus, lorsqu'il sera dans un état d'affaissement et de prostration, incapable de tout mouvement du corps et de l'àme ? Bref, ne peut-il pas venir un moment où, toute vigueur physique et morale ayant disparu, il est« trop tard pour s'amender ? »

Recueillez et gravez donc profondément dans votre cœur, afin qu'elle soit constamment le principe actif et modérateur de votre conduite, pendant toute votre vie, la morale de la parabole des vierges folles :

« Il est tard, bien tard, trop tard ! Voici la nuit sombre et froide !

— Il est tard, bien tard, trop tard ! Mais nous pouvons encore entrer.

— Trop tard, trop tard! Vous ne pouvez plus entrer. — Nous n'avions point de feu; nous en avons un profond regret. — En l'apprenant, l'Epoux voudra bien se laisser attendrir. — Trop tard, trop tard ! Vous ne pouvez plus entrer.

Point de feu : si tard ! Que sombre et froide est la nuit ! — Oh ! laissez-nous entrer, que nous trouvions de la lumière ! — Trop tard, trop tard ! Vous ne pouvez plus entrer. — Ne nous a-t-on pas dit que l'Epoux est si plein de mansuétude? — Oh ! laissez-nous entrer, quoique tard, que nous baisions ses pieds! — Non, non, trop tard ! Vous ne pouvez plus entrer. » i

8. IL EST FAUX d'affirmer QUE TOUS LES JEUNES GENS NE RESPECTENT PAS PRATIQUEMENT LA MORALE

Je noterai encore un ou deux de ces prétextes aussi faux et aussi malséants que ceux qui précèdent, mais qu'on avance

I Tennyson : Guinevere.

néanmoins fréquemment pour couvrir les intentions les plus perverses. Par exemple, cette fausseté que « tous les jeunes gens franchissent les limites des bonnes mœurs ; » que ceux qui sont restés pendant leur jeunesse purs et chastes, ne sont que «des faquins, des poules-mouillées, des efféminées, des serins,» des hommes qui n'ont jamais été que « des clampins, » pour parler le jargon des dévergondés. Bien loin de là : nombreux sont ceux qui peuvent tourner leurs regards vers d'anciennes connaissances, vers ces hommes qui, pendant leur jeune âge, ont mené une vie chaste et pure, constamment à l'abri des vices grossiers, apanage de la dissipation ; et ce sont eux, d'après les paroles de M&'' Hime « qui ont été les premiers dans nos Universités à l'époque dont je parle,... qui se sont faits remarquer comme supérieurs à la grande majorité de leurs camarades d'étude, sous tous les rapports, — au physique aussi bien qu'au point de vue moral et intellectuel.

« Ils ont été remarquables par leurs brillants succès aux examens les plus difficiles et les plus critiques, autant que par la convenance et la fermeté de leur conduite. Ils étaient aussi distingués parmi tous les autres par leur étonnante habileté dans un jeu de raquettes, au gymnase, à la chasse, à la balle, dans une partie de natation, au cricket et dans tous les sports. »

« Non, je le répète, tous les jeunes gens ne tombent pas. Et, parmi ceux qui dédaignent courageusement d'abaisser l'empire de leur conscience et de leur estime personnelle à celui de leurs passions, vous trouverez, je le redis encore, comme vous pourriez naturellement vous y attendre, non seulement les élèves les plus laborieux et les plus remarquables de nos Universités; mais aussi les plus habiles joueurs

de balle, de paume, les plus forts cavaliers et les lutteurs les plus irrésistibles. Dans leurs rangs, vous rencontrerez vos compagnons les plus aimables et les plus charmants, vos amis les plus francs et les plus sûrs. »

Les remarques et les arguments qui précèdent suffiront pour répondre à tout ce qu'on peut alléguer contre une vie chaste et pure, la meilleure, incontestablement, et la plus heureuse pour tous, jeunes et vieux. Il reste toutefois une autre forme que prend le faux prétexte, en s'appuyant sur l'exemple de ceux qui furent déréglés et vicieux, dans leurs jeunes années, et qui, plus tard, s'étant calmés, sont parvenus à une paisible et respectable position dans la vie. Cette nouvelle excuse est formulée ainsi par T.auteur déjà si souvent cité : « Mais voyez donc ce vieillard, Monsieur Un Tel ! C'est effrayant comme il a été dissolu dans sa jeunesse ; et cela n'empêche pas qu'il est aujourd'hui un des hommes les meilleurs, les plus heureux et les plus respectés que je connaisse ! »

Page 1