TOUT MENSONGE EST DE SA PROPRE NATURE UN PÉCHÉ
Tout mensonge est de sa propre nature un péché, parce qu'il est contraire à la vérité, et, dès lors, contraire à Dieu qui est la vérité même ; il est aussi une injure au prochain qu'il trompe. Saint Thomas dit qu'il est contraire à la nature et au bon sens que quelqu'un exprime par des paroles des choses différentes de celles qu'il pense. Le mensonge, s'il était jamais permis, serait une calamité publique ; la confiance dans les paroles de nos semblables n'aurait plus de raison d'être, et ce serait un mal funeste à la société. Platon et Origène se sont trompés, comme se trompent ceux qui suivent leur doctrine, c'est-à-dire, ceux qui soutiennent que, dans une nécessité grave et urgente, il est permis de mentir, faisant usage du mensonge comme d'un remède, parce que le mensonge est intrinsèquement mauvais, et dès lors, ne saurait jamais être permis, pas même pour éviter la mort ou pour sauver un empire.
Sur l'autorité du D'" Newman, ^ je cite l'opinion de quelques moralistes anglais sur cette question du mensonge. De grands auteurs anglais, Jérémy Taylor, Milton, Paley, Johnson, appartenant à des écoles différentes affirment clairement que, dans certaines circonstances extraordinaires, il
I Apologie : Etat de mon ànie depuis iS^y.
LE HUITIÈME COMMANDEMENT 6ll
est permis de mentir. Taylor dit : « Mentir par charité, pour sauver la vie d'un homme, la vie d'un ami, d'un époux, d'un prince, d'un personnage d'une grande utilité publique, est une pratique qui n'a pas seulement été en usage dans tous les temps, mais encore commandée par des hommes d'une grande réputation de sagesse et de bonté. Qui hésiterait, au prix d'un mensonge inoffensif, à arracher la vie de son père des mains d'un persécuteur ou d'un tyran?» De son côté, Milton s'exprime ainsi : « Quel est celui qui, jouissant de son bon sens, nierait que ce sont ceux, que nous avons les meilleures raisons de prendre en considération, que nous devons parfois tromper, comme les enfants, les aliénés, les malades, les personnes ivres, des ennemis, des hommes qui sont dans l'erreur, des voleurs ? Je le demande, quel est le commandement qui défend le mensonge ? Le neuvième^ (notre huitième), me direz-vous. Alors, si mon mensonge ne fait aucun tort à mon prochain, il n'est certainement pas défendu. » Paley écrit : « 11 y a des mensonges qui ne sont pas mensonges, — c'est-à-dire, qui ne sont pas coupables. » Johnson : « La règle générale est qu'on ne doit jamais violer la vérité. Il peut toutefois se rencontrer des exceptions ; par exemple, si un assassin vous demande quel chemin a suivi un homme. »
Pour réfuter ces auteurs, je ne puis donner l'enseignement catholique d'une manière meilleure et plus claire, qu'en citant tout au long le Catéchisme du Concile de Trente. Là, comme le dit le D^ Newsman, nous trouvons les notions suivantes sur le devoir que nous impose la vérité.
6l2 LES COMMANDEMENTS