QUAND LE MENSONGE N'EST QUE PÉCHÉ VÉNIEL ET QUAND IL EST MORTEL
Bien que les mensonges soient si sévèrement condamnés dans la sainte Ecriture, nous ne devons pas en conclure que
tous les mensonges sont des péchés mortels. Il nous faut donc voir quelle sorte de péché ils peuvent être.
Selon saint Thomas, un mensonge officieux et un mensonge /c;^'^//.v peuvent n'être que véniels de leur nature; la raison en est qu'un mensonge de ce genre n'a pas pour but de faire tort à quelqu'un; il n'en résulte non plus aucun préjudice sérieux pour la vie sociale.
Un mensonge malicieux est mortel de sa nature, parce qu'il est contraire à la charité, par laquelle une âme vit unie à Dieu. Il peut cependant n'être que véniel, par suite du consentement imparfait de la volonté, ou de la légèreté du tort causé au prochain.
Les mensonges joyeux et les mensonges officieux, bien que réellement coupables en soi, parce qu'ils- sont opposés à la vérité et formellement défendus par la parole de Dieu, ne sont pas un mal grave au point de rompre notre paix avec Dieu ; et, par conséquent, ne sont que des péchés véniels.
Un mensonge est mortellement coupable, lorsque, outre qu'il est contraire à la vérité, il est encore opposé à l'une de ces vérités qui sont nécessaires au salut, telles que la foi, l'espérance, la charité, la justice et la religion, et qu'il est accompagné de scandale ou confirmé par un serment. D'où il suit que tout mensonge affectant une vérité révélée par Jésus-Christ est un péché mortel, et est contraire à la foi.
En conséquence, lorsque l'Ecriture déclare que tous les mensonges sont des péchés, et qu'il est question de péchés mortels ou d'exclusion du royaume de Dieu, nous devons l'entendre des mensonges malicieux. Les autres, c'est-à-dire les mensonges officieux et joyeux, n'excluent pas du royaume de Dieu, par eux-mêmes, mais en ce sens seulement qu'ils
6l8 LES COMMANDEMENTS
disposent à des fautes plus graves; parce qu'ils ne sont que véniels de leur nature et ne donnent pas la mort à l'âme.
8. LES MENSONGES MALICIEUX EMPRUNTENT LEUR MALICE DU PRÉJUDICE QU'ILS CAUSENT
Tous les mensonges malicieux ne sont pas du mêmegenre^ parce qu'ils prennent leur malice du tort qu'ils causent ; ainsi, un mensonge qui blesse la réputation du prochain est contraire à la justice, et revêt la malice de l'injustice qui y est attachée. Un mensonge sur un point de doctrine, comme, par exemple, annoncer de faux miracles, exposer de fausses reliques, fausser la vie des saints, serait contraire à la religion, et aurait la malice d'un péché contre la religion. Nous pouvons donc conclure qu'en aucun cas il n'est permis de dire même un mensonge véniel pour arriver à un bien quelconque.
9. POUR AUCUN MOTIF IL n'est PERMIS DE DIRE MEME LE MOINDRE MENSONGE
« Il ne saurait jamais être permis de faire une chose mauvaise en elle-même, et quel que soit le bien qu'on se propose, il ne peut changer la nature d'une chose intrinsèquement mauvaise ; autrement, il n'y aurait pas de crime qui ne trouverait une excuse. De plus, en aucun cas, il ne saurait être permis de faire une chose que la loi naturelle ou la loi positive de Dieu défend dans tous les cas sans exception. Enfin, saint Paul déclare expressément que nous ne devons pas faire le mal pour que le bien arrive. ^ Et il l'affirme en parlant de
I Rom. III. 8.
procurer la gloire de Dieu par un mensonge, proclamant que c'est une calonjnie contre les Chrétiens de dire qu'ils soutiennent qu'on peut faire le mal pour procurer le bien. S'appuyant sur ces raisons, l'Eglise catholique a constamment défendu cette doctrine, à savoir, que, en aucun cas, pour aucun motif, quelque bon qu'il puisse être, pas même pour sauver le monde de la ruine, il ne saurait jamais être permis de dire même le plus petit mensonge. » ... «Une fin honnête ne peut en aucune façon excuser le moindre mensonge ; et avancer ou soutenir qu'on peut sans faute avoir recours parfois à de pieuses fraudes, selon l'expression fort impropre de certains, n'est pas autre chose qu'un blasphème... Dire un mensonge quel qu'il soit, même sur le point le moins important de la religion, est toujours mentir en matière grave; et, comme l'enseignent les théologiens catholiques, ne peut être excusé de péché mortel... Les hommes de bien peuvent parfois être trop crédules dans des choses où n'apparaît rien de mal. Disons même que plus une personne a de répulsion pour la fraude, moins elle est ordinairement disposée à la soupçonner chez les autres. Mais aucun homme droit ne peut excuser et approuver une fraude manifeste pour quelque dessein que ce soit. » Ainsi parle le pieux et savant Alban Butler dans son Introduction à la Vie des Saints^ page 18^ édition de Dublin, 1779.
Le Huitième Commandement (suite
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