‹ Les commandements expliqués d'après la doctrine et les enseignements de l'Eglise catholiqueChapitre 385 sur 409 · QUELQUES FORMES PARTICULIÈRES DU PÉCHÉ DE DÉTRACTION · texte numérisé non relu

QUELQUES FORMES PARTICULIÈRES DU PÉCHÉ DE DÉTRACTION

Après cette explication des différents moyens de commettre le péché de diffamation, tels que les exposent les théologiens,

je crois à propos, pour rinstruction des Chrétiens, de relater certaines formes particulières de ce péché qui font d'autant plus de mal qu'elles entretiennent dans l'esprit d'un très grand nombre, de mauvaises dispositions de la méfiance et des préjugés.

(i) La première catégorie de personnes sur lesquelles je voudrais appeler l'attention, est celle des personnes « curieuses et brouillonnes » qui se mêlent sans cesse des affaires des autres. Saint Paul en parle en ces termes: « Car nous apprenons qu'il y a parmi vous quelques gens inquiets, qui ne travaillent point, mais qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas. » ï Dans une autre épître, il dit de certaines femmes: « Mais de plus elles deviennent fainéantes ; elles s'accoutument à courir par les maisons, et elles ne sont pas seulement fainéantes, mais aussi causeuses et curieuses, s'entretenant de choses dont elles ne devraient point parler. » ^

« Ces bavardes occasionnent fréquemment plus que des inquiétudes dans la société. Leur conduite a sans contredit un côté ridicule, et si la vie elle-même n'était pas une chose aussi sérieuse, nous pourrions nous permettre de rire de leurs sottises. Mais je veux exposer un autre côté du tableau. Supposez une de ces personnes qui, comme les Athéniens 3 n'ont rien autre à faire qu'à dire ou à apprendre quelque chose de nouveau, après une journée passée à s'enquérir et à jaser, — qui est venu ici et qui est allé là-bas, qu'a dit celui-ci et qu'à répondu celui-là, et ainsi de suite, — supposez qu'on dise à cette personne de s'asseoir et d'écrire tout

1 II Thess. m. II,

2 I TiM. V. 13.

3 Act. XVII. 21.

ce qu'elle a dit et entendu; le côté ridicule de cet écrit, j'en suis sûr, serait curieusement opposé à ce que cette personne voudrait réellement avoir accompli, si elle pensait que son rapport devant contenir les mêmes paroles que celui fait aussi par l'Ange, dût être gardé jusqu'au jugement comme mémoire de sa journée. »

(2) « Mais il y a des affairés plus dangereux encore que ces bavards fainéants: ce sont ceux qui travaillent^ il est vrai, mais qui travaillent de travers, qui se croient obligés de constamment s'immiscer dans les aff"aires des autres, et qui, par leur ingérence malfaisante, par des paroles qui sont d'un sans-gêne effrayant, font tout ce qu'ils peuvent pour détruire une œuvre qu'ils n'ont pas assez d'esprit pour comprendre, et pas assez de cœur pour encourager. Saint Paul leur donne cet avertissement: « Nous vous exhortons à vous étudier à vivre en repos; à vous appliquer chacun à ce que vous avez à faire ; et à travailler de vos propres mains, ainsi que nous vous l'avons ordonné. » ^

(^) « l^Q franc-parler est une autre manière habituelle de violer ce commandement. Il n'est pas rare d'entendre des vantardsdire:« Je suis absolument un franc-parleur; je dis aux gens ce que je pense; » et, forts de ce droit qu'ils s'arrogent et de leur prétendue vertu, ils se posent sans cesse en réformateurs et en censeurs autorisés de la morale, puis, drapés dans cette haute fonction dont ils se croient capables, ils disent en effet ce qu'ils pensent, quand le taire et savoir tenir leur langue vaudrait beaucoup mieux pour eux et pour la société. Etre franc-parleur n'est pas une preuve qu'on a la franchise ni les qualités nécessaires pour porter un jugement

I I ThESS. IV. II.

droit sur la conduite des autres, et, en serait-il ainsi, qui leur a donné autorité pour juger leur prochain? » ^

Il est une autre espèce de détraction sur laquelle je désire appeler l'attention d'une façon toute particulière, parce qu'elle est un mal fort répandu en Angleterre. J'en parlerai en employant les paroles d'un auteur auquel j'ai déjà emprunté les extraits précédents, M. R. Tudor, B. A. J'ajouterai quelques mots sur la conduite particulière de cet écrivain avant de le quitter.

(4) « De toutes les manières de mal parler, et de montrer de faux airs envers le prochain, aucune n'est plus atroce, et peut-être aussi, aucune n'est plus commune, que la détraction sectaire, que le mensonge religieux de parti pris.

« Il en est qui, pourvu qu'ils puissent assurer le triomphe d'un parti, triomphe, que plusieurs, sans aucun doute, à leur point de vue, croient de bonne foi être celui de la vérité, ne se font point scrupule de mal interpréter les actes de leurs concurrents et de leur en attribuer de mauvais. Ils ne craignent pas de noircir le caractère privé de leurs adversaires, — même à l'aide des plus odieuses calomnies et d'une persécution à mort, — et ceux-ci, cependant, bien que n'étant pas de leur opinion, sont les disciples du même Maître et Sauveur. De telles gens doivent croire, nous voulons l'admettre, qu'ils servent avantageusement la cause du Christ par une conduite pareille, où ils n'y persévéreraient pas. Cependant, il est difficile de comprendre comment ils peuvent supposer qu'il est possible de servir celui qui est amour \ par la haine et la méchanceté, par les rivalités et la guerre; comment ils peuvent s'imaginer qu'il est possible, en compagnie de diffamateurs, de suivre celui qui est la vérité; et

I Le Decalogue: Loi du Chretien.

comment ils peuvent oublier que la colère de l'homme ruine la justice de Dieu. »

« Détracteur, au nom du Christ, contemple ton œuvre: le monde bouleversé, le troupeau du Christ dispersé, décimé et détruit! »

Or, ce que j'ai maintenant à faire observer, c'est que le même auteur de ces paroles^ exactement dans la même lecture, à quelques pages plus loin de son livre, falsifie et tronque l'enseignement moral de l'église de Rome. Pour servir ses desseins, il n'emprunte pas ses citations à des livres de théologie approuvés, ni à quelque autorité catholique, mais à un ouvrage réimprimé par un journal protestant de l'époque, reproduit par \e Mémorial Chrétien. Toutes les citations qu'il donne sont de grossières falsifications de l'enseignement catholique. Elles sont tout autant de calomnies formelles, non pas seulement contre un homme, mais contre les saints, contre les docteurs, les théologiens et les prêtres de l'Eglise catholique. L'une de ces citations est l'attaque la plus fausse et la plus inqualifiable contre les cours de justice d'Espagne, de Rome et de Naples; et elle est fausse du commencement à la fin. Notre auteur ne se contente point de donner des citations et des extraits, il va jusqu'à les confirmer par l'expression de son propre jugement qu'il donne en ces termes : « Rome, pour justifier son système, a mis le sceau de la justification sur les mensonges de tout degré et de tout genre. Elle a commencé par confondre une politique humaine avec la cause de Dieu. Elle a fini par prononcer le divorce entre la morale et la religion. » Tel est l'homme qui a écrit d'ailleurs un volume si utile et si instructif sur le Decalogue, qui a condamné dans les termes les plus énergiques toute espèce de mensonges et de

détractions, et qui a écrit, dans le même chapitre, ces mots : « Détracteur, au nom du Christ, contemple donc ton œuvrele monde bouleversé, le troupeau du Christ dispersé, etc. » Il est un argument contre lui-même, et il faut lui appliquer ses propres paroles. Les voici, entremêlées de citations de l'Ecriture: «On avait coutume de dire: «Voyez comme ces Chrétiens s'aiment entre eux! » Aujourd'hui, il serait plus vrai de dire: « Voyez comme ces Chrétiens se détestent ! Q,ui croyez-vous responsable de cette insulte ? Quoi donc ! Voudriez-vous que nous abandonnions nos principes ? demanderez-vous, (Oui, s'ils sont faux et mauvais.) Jamais ! Mais vous ne devez pas tourner la vérité en mensonge ; vous ne devez pas vous servir de votre liberté pour créer un abîme de méchanceté. Le monde que nous avons à conquérir, croyez-moi, est un juge fort habile des motifs ; il peut tout au moins découvrir la différence qu'il y a entre l'esprit égoïste de parti, et l'esprit de Jésus-Christ, car il y a entre l'un et l'autre aussi loin que de l'orient à l'occident. Le monde sera conquis par l'amour des frères entre eux, il ne le sera point par les emportements des fanatiques. «C'est en cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres. » ^ L'amour a conquis le monde à la première prédication de l'évangile ; les rivalités, la lutte et la colère régnent aujourd'hui parmi les Chrétiens au point d'étouffer le monde : « Mais celui qui hait son frère est dans les ténèbres ; il marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va, parce que les ténèbres l'ont aveuglé. » ^ Comment ceux qui marchent dans les ténèbres conduiront-ils les autres à la

1 S. Jean. xiii. 35.

2 I S. Jean. 11. 11.

lumière ? Car, « si la lumière qui est en vous n'est que ténèbres, combien seront grandes les ténèbres mêmes ! » ^ Et encore : « Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans la fosse ? » ^

Il est nécessaire de dire un mot d'un autre écrivain bien connu pour prévenir les lecteurs Chrétiens. Je veux parler du D*" Littledale, qui, dans son ouvrage intitulé : « Raisons manifestes de ne pas s'affilier à l'Eglise de Rome, » a été convaincu de critique déloyale et d'erreurs volontaires relatives à l'enseignement de l'Eglise catholique. Le Père Ryder, dans son « Introduction à la Controverse catholique, » dit de cet auteur : « Tout ce que j'ai la prétention de prouver, c'est que le D' Littledale a affirmé à maintes reprises la chose qui n'est pas, et qui est d'une évidence à lui crever les yeux ; c'est encore que, dans nombre de cas, il a osé porter les imputations les plus graves contre l'honneur d'un adversaire. » Cette accusation, le Père Ryder la prouve au-delà de toute ombre de doute. C'est pourquoi j'ajoute avec lui « qu'une société chrétienne, qu'un individu honnête, n'a pas plus de droits à défendre les élucubrations de controverse d'un pareil auteur, qu'une maison de commerce n'en aurait à recommander comme caissier quelqu'un qu'elle voudrait croire agir honnêtement, mais qu'elle sait pertinemment n'être qu'un voleur. »

Un autre genre de ce système de détraction et de calomnie rencontre tolérance et encouragement chez un trop grand nombre de personnes en Angleterre. C'est celui qui consiste à calomnier les Sœurs, les couvents et les maisons religieuses

1 S. Mat. VI. 23.

2 S. Luc. VI. 39.

en général, — et cela par des gens que des preuves incontestables ont nombre de fois montrés absolument indignes de tout crédit. Ce genre de mensonges devient plus ardent quand une Ligue Protestante peut s'adjoindre quelques moines ou quelques religieuses qui ont perdu leur vocation, et qui, parfois aussi, ayant abandonné tout respect d'euxmêmes, ne veulent pas attendre ou prendre la peine d'obtenir une dispense légitime de leurs vœux, mais préfèrent se poser aux yeux du monde, en nonnes échappées ou en moines ayant jeté le froc aux orties. Ils prennent la peine de se sauver quand personne ne songe à leur fermer la porte ordinaire, dès qu'ils manifestent l'intention de s'en aller, et alors, ils se mettent à publier devant le monde les prétendus crimes des religieux. On peut leur appliquer les paroles du D' Newman contre Achilli : Ils sont un argument contre eux-mêmes, et cet argument ne va pas plus loin qu'eux. Ils sont un argument, et un argument très fort qui prouve que des moines peuvent tomber, et que des religieuses peuvent rompre leurs vœux, mais l'argument se borne à eux seuls, et la logique ne permet point qu'on l'étende à d'autres.

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