OPINION DE M^' HAY SUR CETTE QUESTION
Monseigneur Hay, répondant à la question : Quand on a de fortes preuves, est-il permis de juger une personne comme coupable? s'exprime ainsi : « Il est permis de juger sur des preuves quand elles sont fondées, et quand on a entendu la
personne accusée présenter sa défense. Mais ce qui paraît de fortes preuves, n'est bien souvent, après sérieux examen» que mensonges, surtout quand on a entendu la défense. L'orgueilleux Pharisien croyait avoir des preuves pour condamner le publicain comme pécheur, et cependant c'était un Saint. L'autre Pharisien croyait Marie-Madeleine une grande pécheresse ; et cependant, elle aussi, à ce moment, était une Sainte. Il jugeait aussi que notre Sauveur pourrait bien n'être pas un propliète, parce qu'il permettait à cette femme prétendue pécheresse de le toucher; et, cependant, comme il se trompait grossièrement! Le maître de Joseph accepta l'accusation de sa femme comme une preuve de culpabilité, surtout quand elle lui montra le manteau de Joseph, et pourtant Joseph était innocent. L'accusation et le témoignage de deux vieillards furent jugés des preuves suffisantes de la culpabilité de Suzanne; et pourtant rien n'était plus faux... Ces exemples et d'autres semblables montrent quel peu de confiance on doit ajouter aux apparences,quelque convaincantes qu'elles puissent paraître ; et, conséquemment, combien nous devons être prudents pour ne jamais croire notre prochain coupable, sans un examen approfondi, et sans avoir entendu ce qu'il a à dire pour sa propre défense. La perversité du monde est si grande, il est vrai, que les jugements qui reposent sur les preuves même les plus légères, et qui sont au préjudice du prochain, ne sont que trop souvent exacts; mais il vaut infiniment mieux juger favorablement un millier de personnes qui en sont indignes, que de mal juger une seule qui ne le mérite pas. Dans le premier cas, nous n'exposons le salut de notre âme à aucun risque ; — bien plus, nous faisons un acte de cette charité qui ne pense pas le mal. Tandis que dans le cas contraire, nous chargeons notre âme
d'un péché grave ; et, dans lous les cas où nous nous laissons aller à des jugements téméraires, nous nous exposons^ en outre de la faute commise, à nous tromper.