CONCLUSIONS ET REMARQUES SUR CE COMMANDEMENT
Afin de fixer davantage l'attention sur cette question si importante du secret, je citerai un passage des écrits du D"" Newman, par lequel nous terminerons nos instructions sur ce commandement.
« Un point plus difficile est de savoir quand il faut accepter une confidence, si le devoir n'y oblige pas. Supposons qu'un homme veut garder l'anonyme à propos d'un livre dont il est l'auteur, et qu'on lui pose franchement une question à ce sujet. Ici, je ferai une question préalable : A-t-on le droit de publier ce qu'on n'ose pas avouer? Il est nécessaire d'avoir étudié la portée et les conséquences d'un tel principe avant de l'affirmer. Bien sûrement, pour ma part, je ne suis point partisan d'un écrit rigoureusement anonyme. Ensuite, supposé qu'un auteur vous ait confié le secret à propos d'un ouvrage, — nombre de personnes ne se feraient aucun scrupule de répondre par une négation formelle aux questions impertinentes qu'on leur ferait à ce sujet. J'ai entendu un homme, fort en vue en ce temps à Oxford, soutenir énergiquement, comme s'il ne pouvait envisager la chose autrement que si un ami lui avait confié sous le sceau du secret, qu'il était l'auteur d'un livre, et qu'une tierce personne lui demandât si son ami n'était pas (comme il léserait en réalité) l'auteur de ce livre, il devrait, sans aucun scrupule, répondre qu'il ne le savait pas. Il avait une sorte de devoir à remplir
à l'égard de l'auteur ; il n'en avait aucun envers le quémandeur. L'auteur avait sur lui un droit. Mais ici encore, je désire qu'une certaine latitude soit laissée par la société, comme dans les cas où elle autorise les expressions : « Monsieur n'y est pas », et « Pas coupable » pour me permettre de dire ce qui n'est évidemment pas vrai. Enfin, ici, je poserai encore la question préalable : Ai-je quelque droit d'accepter une telle confidence } — (Pourquoi pas ? ) Ai-je droit de faire une telle promesse, (naturellement) ; et, si c'est une promesse illicite, m'oblige-t-elle dès l'instant que je ne peux la garder qu'en disant un mensonge? Je n'essaie pas de donner une solution à ces questions difficiles ; mais elles demandent à être examinées soigneusement. » ^
L'auteur de l'ouvrage Le Decalogue, loi du chrétien, parlant du côté positif de ce commandement: la sincérité , s'exprime ainsi :
« L'Apôtre nous donne ce précepte : « En vous éloignant de tout mensonge, que chacun parle à son prochain dans la vérité. » 2 Certaines difficultés, il faut l'admettre, entourent la question : Qu'est-ce que la vérité ? Cependant, malgré tout ce que les sophistes peuvent dire de contraire, la réponse à une autre question estassez simple : Qu'est-ce que la sincérité ? ou en d'autres termes plus clairs. Qui est sincère? Voici la réponse directe : « Celui qui vit sans tache, et qui pratique la justice ; qui parle la vérité dans son cœur; qui n'a point usé de tromperie dans ses paroles. » 3 Celui qui laisse toujours parler ses lèvres comme pense son cœur ; celui qui, en
1 Apologie^ note 9.
2 Eph. IV. 23.
3 Ps. XIV. 2, 3.
théologie, en science, en littérature, dans les arts, en affaires, dans la société, dans sa famille, dans toutes ses facultés, en tout dans sa vie, aime la vérité, cherche la vérité, et a confiance dans la vérité.
« 11 y a plus de dix-huit siècles que Pilate posait cette question à notre Sauveur: Qu est-ce que la vérité? ^ Pendant le long cours de ces siècles, le monde répète toujours la question ; et aujourd'hui, des questions de ce genre se font avec plus d'orgueil et d'arrogance que jamais. Cependant, au-dessus de toutes les clameurs discordantes des amis, des prétendus amis, dominant les cris bruyants de défiance des ennemis à visage découvert, une voix retentit toujours, pure, calme et nette : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. » ^