MALICE ET CULPABILITÉ DES ACTES INTÉRIEURS
Ces principes peuvent nous apprendre quelles sont la malice et la culpabilité des actes intérieurs, lorsque la volonté consent à des pensées et à des désirs illicites.
Tout ce qu'il y a péché à faire ou à dire, est pareillement un péché si l'on y pense avec consentement. Notre Sauveur dit : « C'est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les fornications, les larcins, les faux témoignages, les blasphèmes. Ce sont là les choses qui
souillent rtiomme. » ^ C'est-à-dire, ces divers péchés ont leur siège, à proprement parler, dans le cœur, et leur malice consiste précisément dans le consentement de la volonté.
Dès que ce consentement est donné, le péché est aussitôt commis devant Dieu, et l'âme en est souillée. C'est pourquoi notre Sauveur dit encore : « Je vous dis que quiconque regarde une femme avec un désir pour elle, a déjà commis l'adultère dans son cœur. » * Et ces paroles de l'Ecriture : « Les pensées mauvaises sont en abomination au Seigneur.» 3 Ailleurs: « Les pensées corrompues séparent de Dieu.» 4 Le péché des anges ne fut qu'un péché de pensée ; et, en vérité, la plupart des péchés les plus graves que commettent les hommes sont des péchés de pensée, accomplis dans le cœur, tels que l'orgueil, l'envie, la haine dont les actions mauvaises ne sont que les conséquences.
7. PÉCHÉS DE PENSÉE ET DE DESIR PLUS DANGEREUX POUR L'AME QUE LES PÉCHÉS EXTÉRIEURS
Ces péchés intérieurs de pensée et de désir sont beaucoup plus dangereux pour l'âme que les fautes extérieures d'action, (i) Parce que, d'abord, ils se commettent avec une bien plus grande facilité. Un péché d'action n'est pas toujours si facile à commettre. Il faut le temps, le lieu, l'occasion et les circonstances propices ; on considère les effets et les conséquences. Tandis que pour commettre un péché de pensée, on ne rencontre aucun obstacle et aucune difficulté. On peut le
1 S. Mat. XV. 19, 20.
2 S. Mat. V. 28.
3 PrOV. XV. 26.
4 Sag. I. I.
commettre en un instant, en tout lieu ; et il n'en résulte aucun déshonneur et nul embarras.
(2) Puis, les péchés de pensée et de désir sont plus dangereux en raison de la facilité avec laquelle ils peuvent se multiplier. Une personne pourra commettre plus de péchés de pensée en un jour, que d'action en un an. Pour une faute extérieure, contre la charité, si vous voulez, cent péchés de haine et de vengeance seront commis dans le cœur. Nous pouvons donc nous rendre compte de l'état épouvantable des pécheurs d'habitude, si nous considérons quelle est l'activité de l'esprit humain. Si nous ne l'occupons pas de réflexions sages, il en trouvera sûrement de mauvaises, et se livrera à des pensées et à des désirs déshonnêtes, impurs et impies.
(3) Enfin, une autre réflexion nous fera saisir le grand danger des péchés intérieurs, et combien ils sont à redouter; je veux parler de la difficulté de les connaître et de les discerner. Lorsqu'il s'agit de fautes extérieures^ comme la calomnie, le blasphème, le sacrilège, le vol, etc., on peut aisément les reconnaître, car leur énormité inspire l'horreur. Mais il n'est pas aussi facile de reconnaître la gravité des péchés intérieurs : ils sont commis par l'esprit ; et, par-là, ils échappent à l'observation. Ils peuvent donc aisément échapper aussi à l'examen et à la confession. Parfois, dans des fautes réelles, on ne verra que des tentations; et dès lors, ce sont les maladies les plus difficiles à guérir : c'est exactement comme les maladies intérieures du corps, qui sont les plus dangereuses, parce qu'elles sont secrètes et inconnues.
La facilité, la multiplicité et l'ignorance de ces péchés sont les trois circonstances qui les rendent plus dangereux pour l'âme que les actes extérieurs ; et la conséquence de ces trois caractères, c'est que l'habitude du péché peut se contracter
bien plus facilement. Cette habitude donne puissance sur nous au démon, qui, au moment de la mort, lorsque nous ne pourrons plus pécher par action, remportera sans obstacle la victoire finale, cause de notre perte éternelle.
Toutefois, en traitant ce sujet, nous devons bien établir que les mauvaises pensées et les mauvais désirs volontaires sont seuls coupables.