DIFFÉRENTES ESPÈCES DE PÉCHÉS INTÉRIEURS
Pour expliquer plus particulièrement la doctrine touchant les péchés intérieurs, il nous faut adopter la division de ces péchés en trois catégories :
(i) La délectation morose^ ou la libre complaisance que l'on met dans une pensée mauvaise, qui se présente à l'imagination, mais sans qu'on ait le désir de faire la chose : complaisance volontaire dans un objet illicite qui peut être contraire à la charité, à la pureté ou à toute autre vertu.
(2) La joie ou le plaisir, qui est une approbation délibérée d'une action coupable faite par nous-mêmes ou par d'autres, et par laquelle la volonté éprouve une satisfaction du mal accompli. Cette joie ou ce plaisir a pour objet le passé.
(3) Le désir qui est un acte de la volonté disposée à faire ou à obtenir quelque chose de mauvais et de coupable. On le dit efficace, s'il contient la résolution absolue de faire la chose ; inefficace, s'il n'y a qu'un consentement conditionnel ;
I Voy. Balmez, Civilisation Européenne.
par exemple : Je volerais si je pouvais ; ou, je violerais le sixième commandement, si je ne craignais pas de m'attirer du déshonneur. La délectation morose^ porte sur l'objet tel qu'il se présente hic et mine à l'esprit. La joie et le désir, sur l'objet dans les circonstances où il a eu lieu, ou bien dans lesquelles il aura lieu.
Un désir du mal, même inefficace, est réellement un péché qui revêt la culpabilité de l'objet désiré et des circonstances qui l'accompagnent. Il est évident que désirer absolument ou conditionnellement une chose qui est déshonnête et mauvais de faire, c'est se rendre coupable d'une faute. Un tel désir prend sa malice de l'objet désiré et contient aussi la malice des circonstances parce que celles-ci sont également comprises dans un désir de ce genre. D'où il suit que dans le désir d'un péché d'impureté, les circonstances de la personne, si elle est mariée ou non, parente ou liée par un vœu de chasteté, doivent être déclarées au tribunal de la pénitence.
La jouissance et le plaisir éprouvés au sujet d'un péché déjà commis sont également un péché, du même genre ou de la même espèce que l'action mauvaise elle-même, avec ses circonstances, comme je l'ai dit pour le péché de désir^ parce que la jouissance éprouvée à la considération d'une faute passée équivaut à son approbation. Conséquemment, lorsque nous nous confessons d'une faute de ce genre, il faut déclarer les circonstances qui peuvent changer la nature du péché, et qui sont relatives à la personne ou à la chose, objet de la jouissance coupable. A cette sorte de plaisir, se rattachent les paroles qu'on dit pour se vanter d'un péché commis, et le regret de n'avoir pas commis telle ou telle faute, la peine ressentie au sujet d'une bonne action qu'on a
faite. Ce qu'on appelle délectation morose est certainement une faute, et de la même espèce que la chose mauvaise sur laquelle s'arrête l'esprit pour y goûter une certaine jouissance. La raison en est qu'il est contraire à la droite raison et à la loi de Dieu de permettre à la volonté de s'arrêter et de prendre plaisir à une chose qui est désagréable à Dieu. De plus, la' délectation délibérée dans une chose coupable démontre une affection pour cette chose ; or, une affection ou une inclination de ce genre est mauvaise, selon les paroles du prophète, parlant du peuple d'Israël : « Ils sont devenus abominables, comme les choses qu'ils ont aimées. » ^
Cette délectation, d'après plusieurs théologiens, ne prend pas la malice des circonstances de son objet, et de ce qui peut accompagner la mauvaise action, qui est l'objet de la pensée, parce que, une simple délectation ne tend pas à l'objet commeexistant réellement, mais s'y arrête uniquement en tant qu'il existe dans l'esprit ou dans Fimagination.