‹ Les commandements expliqués d'après la doctrine et les enseignements de l'Eglise catholiqueChapitre 406 sur 409 · SI ELLES SONT BIEN ORDONNÉES · texte numérisé non relu

SI ELLES SONT BIEN ORDONNÉES

Ces commandements, qui défendent la concupiscence coupable, ne doivent donc pas être pris dans ce sens qu'ils condamnent les affections humaines comme viles en ellesmêmes. Elles peuvent en effet être absolument saintes et sacrées. C'est parce qu'elles sont saintes et sacrées que leur profanation est si coupable. Les commandements ne disent pas: Vous n'encouragerez aucun désir, aucune espérance et aucun amour dans votre cœur. Au contrair.e, toutes les affections de l'esprit et du cœur sont bonnes, si on ne les pervertit point. Toutes peuvent contribuer à la vertu et à la sainteté. Bien plus d'âmes sont conquises à Dieu et gardées dans le chemin de la vertu et de la sainteté par les affections du cœur que par la logique de l'intelligence. Nous pouvons prendre comme exemple l'affection prépondérante du cœur, la plus forte, celle de l'amour, — même de l'amour humain, quand il n'est pas illicite et désordonné, mais subordonné à l'amour de Dieu, — et quand il se présente entouré de toutes les bonnes qualités que lui attribuent les romanciers et les poètes.

On a dit que quand cette passion prend naissance chez un homme ou chez une femme, l'âme passe, pour ainsi dire, à une vie nouvelle, et éprouve des sentiments tels qu'elles les aurait si elle commençait seulement à vivre. Dans la pleine atmosphère qui enveloppe sa vie relativement à une autre personne, Tàme prend pour la première fois conscience de sa vraie existence, et se découvre des capacités qu'elle n'avait

point jusque-là soupçonnées. On nous a dit parfois de ne point nous moquer de ce qu'on appelle les illusions des jeunes amants; que leurs imaginations sont probablement beaucoup plus vraies que les appréciations si sévères de ces hommes dont le cœur a grandi dans une froideur prosaïque: qu'ils ne s'aveuglent pas sur leurs défauts mutuels, mais que leur amour les rend d'une clairvoyance telle qu'ils perçoivent l'un dans l'autre, non seulement les vertus présentes mais toutes les possibilités latentes de la vertu. Cette clairvoyance, dit-on, est ce qui remplit ces heures ensoleilléesd'un bonheur si étrange et si complet. Un écrivain s'écrie: « Ne me dites pas que de telles expériences sont des folies et des illusions. Quelle est, après tout, la plus vraie et la plus profonde estime d'un homme, de celle qui repose sur ses imperfections et ses faiblesses présentes, ou de celle qui les pénètre et ne voit en elles que l'idée divine de l'homme, la glorieuse énergie, la vérité incorruptible, la pureté sans tache, le dévouement sincère et désintéressé qui sont en lui ? » Puis, il continue : « Bien loin de regarder ces jeunes extravagances de l'affection, s'il faut les appeler ainsi, comme une folie dont on doit sourire, et n'ayant pour point d'appui que des illusions dont il faudrait se débarrasser ou qu'il faudrait oublier le plus vite possible, je pense que la seule chose regrettable, c'est qu'une telle folie ne dure pas beaucoup plus longtemps, et que tout ce qui tient du roman et de la poésie dans ces jeunes épanchements, disparaisse aussitôt que sont passés les jours de se faire la cour. » Tant cela sonne très bien aux oreilles, et peut être très vrai. Mais nous ne devons pas nous laisser entraîner par ces idées au point d'oublier le principe chrétien de la répression, qu'exprime si bien le pieux Balmez, en répondant à cette question: Quel plan faut-il adopter pour

réprimer la passion, la contenir dans de justes limites et lui empêcher d'être une source de misères pour les individus, et de troubles pour la société ? « La règle invariable du Catholicisme, dans la morale qu'il enseigne, aussi bien que dans les institutions qu'il établit, c'est la répression. Le Catholicisme ne permet pas un désir illicite. Il déclare coupable aux yeux de Dieu, même un regard qui est accompagné d'une pensée impure. Pourquoi cette sévérité? Pour deux raisons: à cause de la moralité intrinsèque qu'il y a dans cette défense, et aussi à cause de la haute sagesse qu'il y a à étoufifer le mal dès son origine.

Il est inconstestablement plus facile d'empêcher un homme de consentir à de mauvais désirs que de l'empêcher de les satisfaire, quand il les a une fois laissé pénétrer dans son cœur enflammé. Il y a une profonde raison d'assurer la tranquillité de l'âme, en ne lui permettant point de rester, comme Tantale, avec de l'eau à portée de ses lèvres brûlantes. Quid vis videre quo d non licet habere? (Pourquoi désirez-vous voir ce qu'il vous est défendu déposséder?) Telle est la sage observation de l'auteur de 1' « Imitation de Jésus-Christ », qui résume ainsi en peu de mots toute la prudence contenue dans la sainte sévérité de l'enseignement chrétien. » ^

Les affections bien réglées dans une âme fidèle et aimante, peuvent être la source de nombreux avantages et de grands bienfaits. C'est ce qu'indique clairement, dans son langage sévère, le Catéchisme du Concile de Trente, où il parle de la concupiscence bien ordonnée et maintenue dans des bornes convenables :

« Avant tout, elle nous porte à supplier Dieu par de ferventes prières, à lui demander humblement ces choses qui

I Balmez, Civilisation Européenne.

sont l'objet de nos plus ardents désirs. La prière est Tinterprêté de nos désirs. Si cette concupiscence bien ordonnée n'existait pas en nous, les Chrétiens n'adresseraient pas si souvent leurs prières au distributeur de tous les dons. Elle nous donne également une plus haute idée de la valeur des dons de Dieu. La jouissance que nous éprouvons à la réalisation de nos désirs, le prix que nous attachons aux choses convoitées, sont proportionnées à l'intensité de ces désirs. Et la satisfaction que nous procure ainsi l'objet désiré, sert encore à augmenter notre ferveur et notre gratitude envers Dieu. Si donc il est parfois permis de désirer, on accordera sans peine que toute espèce de concupiscence n'est pas défendue. Saint Paul, il est vrai, dit que la «concupiscence est le péché, » ï ; mais ces paroles doivent s'entendre dans le même sens que celle de Moïse ^ que cite l'Apôtre, sens qui nous est donné par le même Apôtre, dans son Epitre aux Galates où il l'appelle « la concupiscence de la chair. » « Conduisez-vous selon l'esprit, et vous n'accomplirez point les désirs de la chair. » 3 La concupiscence naturelle bien ordonnée et qui ne dépasse point les limites convenables, n'est point défendue. Encore moins l'est ce désir spirituel de Tâme vertueuse, qui nous porte vers les choses opposées à la chair, et auquel nous exhortent les saintes Ecritures : « Ayez donc un désir ardent pour mes paroles 4 Venez à moi, vous tous qui me désirez avec ardeur. » 5 Ce n'est donc pas le

1 Rom. vu. 20.

2 ExoD. XX. 17.

3 Gal. V. 16.

4 Sag. VI. 12.

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