ECCL. XXIV
simple mouvement de la concupiscence, également dirigé vers le bien ou vers le mal, que défendent ces commandements ; c'est le plaisir goûté dans le désir criminel, qu'on appelle « la concupiscence de la chair » et T « aliment du péché, » et qui est toujours coupable quand il entraîne Tassentiment de la volonté. Est donc uniquement défendu, ce que l'Apôtre appelle « la concupiscence de la chair » — c'est-à-dire, le mouvement des désirs vicieux qui dépassent les limites que Dieu a prescrites. » ^
14. MOYENS DE SE PRÉSERVER CONTRE LES PECHES DE PENSÉE ET REMÈDES CONTRE LA CONCUPISCENCE
11 nous reste à dire un mot des moyens de nous préserver des péchés de pensée, et des remèdes contre la concupiscence coupable.
Les remèdes spéciaux contre la concupiscence peuvent être classés suivant les causes de ce mal. Ecartez les causes autant que possible. On peut les écarter (i) en éloignant les objets dangereux et en évitant les occasions périlleuses. (2) En veillant sur son imagination, principalement en appliquant son esprit à d'autres considérations. (3) En domptant ses passions et ses mauvais penchants par le renoncement à soi-même et la mortification.
M»'" Hay donne et explique les moyens suivants :
(1) Vigilance active et constante sur le cœur afin de n'y rien laisser pénétrer de mal à notre insu : « Appliquez-vous avec tout le soin possible à la garde de votre cœur, parce qu'il est la source de la vie. » =
1 Cat. Conc. Trid., /// îoco.
2 Prov. IV. 23.
(2) Opposition énergique pour rejeter toute mauvaise pensée au premier aperçu, comme on secoue une étincelle de feu qui tombe sur ses vêtements.
(3) Direction immédiate de nos pensées vers Jésus-Christ sur la Croix, humbles et ferventes prières pour implorer son assistance contre les mauvaises pensées si elles semblent s'obstiner.
(4) Mépris à Tégard de ces pensées, renoncement et déplaisir, et accomplissement d'actes des vertus contraires.
(5) Mais le moyen le plus efficace de se préserver contre ces mauvaises pensées, c'est de marcher en la présence de Dieu, d'occuper notre esprit, autant que faire se peut, à des choses bonnes et pieuses, qui dissiperont les imaginations coupables, et nous mériteront les plus précieux secours de Dieu. « Mon fils, dit-il, donnez-moi votre cœur, et que vos yeux s'attachent à mes voies. * Ayez confiance en Dieu de tout votre cœur, et ne vous appuyez point sur votre prudence. Pensez à lui dans toutes vos voies, et il conduira lui-même vos pas. » 2
15. l'enseignement sur la moralité de nos pensées et de nos affections
Je voudrais terminer les explications de ces deux préceptes par quelques citations des lettres du pieux et savant Balmez. On y verra un exemple et une preuve de la doctrine contenue dans le cours de mes instructions :
« Eh bien ! oui, dans les profondeurs de l'âme humaine, il y a un principe d'activité qui se développe par l'exercice des
1 PrOV. XXIII. 26.
2 Ibid. m. 5, 6.
différentes facultés : rintelligence, la volonté, l'imagination, le cœur demandent un aliment à dévorer. Tant que Thomme vit, ses facultés vivent avec lui. C'est en vain qu'il tenterait de les étouffer. Ce qu'il doit faire, c'est les modérer et les diriger, soumettre aux plus nobles celles qui le sont moins, et prendre garde que le développement et l'énergie des premières ne permettent point aux autres de franchir les limites que leur assignent la raison et la morale. Satisfaire ses mauvais penchants et se laisser aller à ses instincts dangereux, loin de produire un soulagement salutaire ne ferait que soulever dans le cœur des orages et des tempêtes, et y éteindre tout contrôle disciplinaire...
Un fait fondamental, constamment observé, c'est que l'activité de nos facultés prend son expansion dans un principe commun, et que l'augmentation d'énergie dans l'une d'elles en amène généralement une diminution dans les autres. Il n'est pas possible d'avoir la même intensité d'activité dans plusieurs sens, et c'est ce qui a donné lieu à l'axiome de l'école : Pluribus intentus, minor est ad singula sensns. Quand les facultés animales prennent un grand développement, les facultés intellectuelles et morales en subissent un contre coup qui les affaiblit. Et, au contraire, lorsque la partie supérieure de l'homme, son intelligence et sa volonté, se développent avec une puissante énergie, ses passions diminuent et perdent leur empire sur sa conduite. Les grands penseurs se sont presque toujours distingués par leur peu de cas des plaisirs de la vie ; et ceux qui étaient adonnés à la sensualité se sont rarement fait remarquer par l'élévation de leurs pensées. Si un homme est dominé par les passions brutales, il perd cette délicatesse de sentiments qui rend sensibles les beautés ineffables du monde moral, et
même du monde physique. L'exercice continue des sentiments d'une exquise pureté, qui échappant à Taction de la sensibilité commune, semblent toucher aux régions d'un monde idéal, est opposé aux développements des passions grossières qui souillent l'àme de leur fange impure.
« Vous avez déjà saisi la portée de ces observations...
<^ L'imagination demande des spectacles pour s'égayer; au cœur, il faut des objets qui excitent son amour. S'il ne les trouve pas dans les sphères de la vertu, il les cherchera dans celles du vice, et la flamme qui n'est point dirigée vers Dieu se tournera vers la créature. Pensez-vous qu'un cœur comme celui de sainte Thérèse pouvait vivre sans aimer? S'il n'avait pas été consumé par les plus pures flammes de l'amour divin, il aurait été embrasé par le feu impur des affections terrestres. Au lieu d'un ange excitant l'admiration des infidèles eux-mêmes, qui ont eu le bonheur de lire quelques-unes de ses pages admirables, peut-être aurionsnous à déplorer les désordres d'une femme dangereuse, confiant ses passions au papier en caractères de feu.
« Chateaubriand, en parlant de saint Jérôme, a dit avec une profonde vérité : Cette âme de feu exigeait Rome ou le désert. A combien d'âmes ne pourrait pas s'appliquer le sentiment de l'illustre et poétique écrivain ? Q.u'aurait fait le grand cœur de saint Bernard avec sa sensibilité, s'il n'avait pas trouvé un aliment inépuisable dans les choses divines ? De quoi se serait entretenue cette activité sans bornes qui suffisait aux occupations si variées du religieux, du conseiller des rois et des papes, qui était à la tête du mouvement européen précipitant l'Occident sur l'Orient, de quoi se serait-elle entretenue^ si, dès ses premières années, elle
n'avait pas trouvé son aliment dans un objet infini, — dans Dieu?
« Tous les hommes ne ressemblent pas à saint Jérôme et à saint Bernard ; mais tous ont besoin d'être occupés et d'aimer. S'ils ne sont pas occupés dans le bien, ils le seront dans le mal ; la paresse n'est généralement pas autre chose que la pratique du vice. Si on n'aime pas le bien, on aimera le mal. Si notre cœur ne brûle pas de la flamme qui purifie, il brûlera de la flamme qui souille. » *
I Balmez, Lettres à un sceptique, xxiv.
1. Coup d'œil sur les commandements dont le Christ a parlé avec plus
d'insistance et plus de détails.
2. Chaque commandement est une grande faveur et un précieux bienfait
de Dieu envers l'homme.
3. La religion et le Decalogue sont absolument nécessaires à la société-
Rien ne peut remplacer le Decalogue.
4. Conclusion et réflexions sur la conscience intérieure, selon les,paroles
de l'éminent prêtre et philosophe espag.iol Balmez.