DONT LE CHRIST A PARLÉ
AVEC PLUS d'insistance ET PLUS DE DÉTAILS
Nous voici à la fin du Decalogue, de cette loi que Dieu a d'abord imprimée en caractères indélébiles dans le cœur de Thomme, qu'il a plus tard gravée sur des tables de pierre, solennellement promulguée au Mont Sinaï, et que notre Divin Sauveur, lumière et sagesse de Dieu, a enfin renouvelée, complétée et inscrite dans le livre des Evangiles. Afin de pénétrer plus profondément notre âme de la sanction que le Christ a donné à cette loi, voyons encore une fois les
préceptes qu'il s'est plu à commenter et à expliquer avec de plus amples détails :
Le second commandement. — Et moi, je vous dis de ne point jurer du tout, ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu : ni par la terre, parce qu'elle sert d'escabeau à ses pieds ; ni par Jérusalem, parce que c'est la ville du grand Roi. Vous ne jurerez pas non plus par votre tête, parce que vous ne pouvez en rendre un seul cheveu blanc ou noir. Mais contentez-vous de dire : Cela est ; ou : Cela n'est pas. Ce qui se dit de plus, vient du mal. » ^
Le troisième commandement. — Répondant aux Pharisiens^ qui faisaient un crime à ses disciples d'avoir cueilli des épis de blé le jour du sabbat : « Il leur dit : Le sabbat a été fait pour l'homme, et non pas l'homme pour le sabbat. C'est pourquoi le Fils de l'Homme est maître du sabbat même. » ^
Le quatrième commandement. — « Car Moïse a dit : Honorez votre père et votre mère ; et : Que celui qui dira des paroles outrageuses à son père ou à sa mère soit puni de mort. Vous, au contraire, vous dîtes : Si un homme dit à son père ou à sa mère : Corban (c'est-à-dire toute offrande que je fais à Dieu de mon bien) tournera à votre profit, en ce cas vous ne lui permettez plus de rien faire pour assister son père ou sa mère. Et ainsi vous rendrez inutile le commandement de Dieu par votre tradition, que vous-même avez établie. » 3
Le cinquième commandement. — Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Vous ne tuerez point ; et quiconque tuera, méritera d'être condamné par le jugement. Mais moi,
1 S. Mat. V. 34-37.
2 S. Marc. 11. 27, 28.
3 S. Marc. vu. 10-13.
je vous dis, que quiconque se mettra en colère contre son frère, méritera d'être condamné par le jugement ; que celui qui dira à son frère: Raca, méritera d'être condamné par le conseil ; et que celui qui lui dira : Vous êtes un fou, méritera d'être condamné au feu de l'enfer. » ^
Le sixième commandement. — « Mais moi je vous dis que quiconque regardera une femme avec un désir pour elle a déjà commis l'adultère dans son cœur. » =
2. CHAQUE COMMANDEMENT EST UNE PLUS GRANDE FAVEUR ET UN PRÉCIEUX BIENFAIT DE DIEU ENVERS L'HOMME
Les explications et les instructions que j'ai données sur les divers commandements, sont, je le sais, loin d'être parfaites. Elles peuvent néanmoins nous faire saisir les deux conclusions que l'abbé P. D. Hauterive tire de Mgr Gousset.
La première, c'est que chacun de ces commandements est une faveur et un bienfait de Dieu, faveur et bienfait qu'il nous a accordés gratuitement. Lors même que les hommes se tyranniseraient les uns les autres, qu'ils se haïraient, s'égorgeraient mutuellement, se raviraient leur honneur, leurs biens, leur réputation réciproque. Dieu n'en serait pas moins heureux en lui-même. Sa félicité est essentielle à son être, et ne dépend point de nous. Mais il a pris notre cause en mains. Il veut défendre nos intérêts, nos personnes, et ceux qui nous sont chers. Il a disposé en notre faveur de son autorité toute-puissante, et il a dit aux méchants : « Tout ce que vous ferez au plus petit de mes enfants, je le regarderai
1 S. Mat. V. 21, 12.
2 Ibid. v. 28.
comme fait à moi-même. Si vous échappez aux lois humaines^ vous n'écliapperez pas à ma justice. » Cette promesse porte avec elle une sécurité, une garantie d'ordre, de justice, de loyauté, de charité, et de paix parmi les hommes.
3. LA RELIGION ET LE DECALOGUE SONT ABSOLUMENT NÉCESSAIRES A LA SOCIÉTÉ
La seconde conclusion que notre explication du Decalogue peut rendre intelligible et manifeste, c'est qu'ils sont vraiment aveugles ceux qui osent dire que la religion n'est qu'un hors-d'œuvre dans la société, une chose indifférente à son bien-être ; qu'on la pratique ou non, les affaires du monde n'en iront ni mieux ni plus mal. Des irréfléchis, qui jouissent des bienfaits du Christianisme sans en reconnaître la cause, essaient de supprimer le Decalogue, et ne veulent pas voir que la religion n'est point un hors-d'œuvre ou un pur accident dans la vie sociale. Faites disparaître le Decalogue, et Dieu ne sera plus qu'un nom dont on pourra impunément abuser. Et alors, vous lâchez le frein à toutes les passions, vous jetez toutes choses dans un affreux désordre. Faites disparaître le Decalogue, et il n'y a plus aucune base de la famille : la femme devient une esclave, l'enfant une victime, et le père un despote inconstant. Faites disparaître le Decalogue, et la société elle-même ne peut plus exister. La force ou le pouvoir deviendront la loi suprême. Vous aurez le despotisme, l'esclavage et l'anarchie ; votre vie, votre honneur, la vie et l'honneur de votre femme et de vos enfants, vos biens, votre réputation, rien de tout cela ne
pourra être préservé de l'assassin^ du corrupteur des mœurs, du voleur et du diffamateur.
Et vous ne pourrez pas dire que vous remplacerez le Decalogue. Par quoi ? Peut-être direz-vous que vous le remplacerez par l'instruction. Mais il est permis de vous répondre : Manquons-nous aujourd'hui d'instruction ? On dit qu'on peut apprendre en quatre ans autant que jadis en vingt années. Notre siècle s'appelle le siècle des lumières ; et, malgré cela, si les faits prouvent une chose, c'est que l'instruction sans la religion est propre, à un moment donné, à détruire la vie morale du monde bien plus que rien autre. Les Grecs et les Romains de l'antiquité ne manquaient ni d'instruction, ni d'éducation : jamais ils ne furent plus corrompus qu'au moment où ils étaient au faîte de la civilisation et de l'éducation. Leurs plus brillantes lumières furent étouffées par la jouissance des passions et par l'immoralité de leur vie. L'instruction donne des idées; elle ne donne pas la vertu : elle peut rendre les hommes prudents ; elle ne peut pas sans la religion en faire de bons citoyens.
D'autres diront peut-être qu'ils remplaceront le Decalogue par des systèmes de philosophie politique. Oui, répondronsnous, quelques-uns de ces systèmes de philosophie sont très beaux; mais quelle sanction leur donnez-vous? Nombreux sont les systèmes philosophiques, panacées infaillibles, que nous avons vus éclore depuis quatre-vingts ans, quel mal social ont-ils guéri? De quelle influence ont-ils été pour rendre Tobéissance plus régulière, le dévouement plus fidèle, la société plus morale et plus tranquille? Quel peuple ont-ils contribué à sauver?
D'autres encore indiqueront peut-être, pour mettre à la place du Decalogue, de nouvelles constitutions et de nouvelles
chartes. Il semble, sous ce rapport, qu'il ne nous reste plus rien à désirer. Depuis 1789, certains pays, comme la France, ont vu leur constitution changée plus de vingt fois ; la société a été soumise à toute espèce de traitement, et pourtant le mal persiste; la société se trouble de plus en plus, s'épuise et s'affaiblit davantage.
D'autres enfin allégueront qu'il faut substituer au Decalogue la législation humaine. Mais, si les lois sans la religion étaient capables de guérir les maux d'un peuple, d'affermir l'ordre social, certes, de tous les peuples, nous serions le plus parfait, le plus moral, le plus tranquille et le plus heureux, du passé, du présent et de l'avenir; car, les lois ne nous manquent pas ; nous en avons une collection abondante et plus que suffisante.
Il nous faut donc reconnaître que le Decalogue seul peut sauver la société, et la préserver des nombreux dangers qui la menacent. La raison en est évidente: la religion, dont le Decalogue fait partie essentielle, peut seule atteindre le cœur humain. Or, c'est dans le cœur humain que nous trouvons la source de tout mal; il vient tout de là. Toute législation qui n'atteint pas le cœur de l'homme est une législation impuissante. Aimez donc le Decalogue, observez-le avec ponctualité, si vous voulez le voir observer par les autres. A ce prix, nous aurons la paix et le bonheur. A la société comme à l'individu, nous pouvons dire : Hoc fac, et vives. (Faites cela et vous vivrez.) ^
I S. Luc. X. 28.