‹ Les commandements expliqués d'après la doctrine et les enseignements de l'Eglise catholiqueChapitre 46 sur 409 · LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

LA PRIÈRE

Nous n'avons à parler ici de la prière qu'en général et d'une façon sommaire : ce n'est pas le lieu de faire un traité complet sur la prière. Suivant l'ordre de saint Thomas^ nous considérerons la ;^<^///ré? ^^ la prière^ sa nécessite^ ses effets, et ses conditions, puis enfin, pour qni, et qui nous devons prier.

(i) La prière, d'après Benoît XIV, peut être définie : Une élévation de l'âme à Dieu, ou une conversation avec Dieu. On distingue la prière mentale et vocale, la méditation et la contemplation. Il y a aussi la prière publique et privée, et enfin, la prière de louange, de reconnaissance et de demande.

Pour bien comprendre la prière, il est nécessaire d'expliquer les parties qui la composent.

(2) La prière a ses parties essentielles et ses parties intégrales. Ses parties essentielles sont l'élévation de l'âme à Dieu, et la demande que saint Paul désigne par les noms de prière et de supplication. ^ Si une demande n'accompagne

I I. TiM. II.

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pas rélévation de Tâme à Dieu, la prière sera sans efficacité,* sans goût et sans fruit. Cet exercice ou cet acte ne sera qu'une sorte d'étude ou de spéculation, plutôt qu'une prière proprement dite. Saint Isidore dit: « Orarc est petere sicnt exorare est impetrare\ » prier est demander, comme supplier • est impétrer, — demander avec ardeur.

Les parties intégrales de la prière sont: (i) La supplication^ par laquelle nous demandons pardon de nos péchés, et, par une sorte de protestation, exposons, pour ainsi dire, un droit à Dieu, en raison de sa bonté, qui nous permet de le faire. (2) La reconnaissance, par laquelle nous exposons à Dieu notre gratitude pour les grâces reçues, et qui nous dispose à recevoir de nouvelles faveurs. A la reconnaissance, on peut joindre (3) la prière de louanges. Si nous réunissons tous ces éléments, nous avons la définition complète de la prière, telle qu'elle est contenue dans le Catéchisme : « La prière est un acte par lequel nous élevons notre âme et notre cœur à Dieu, en pensant à lui, en l'adorant, en le louant, en le remerciant et lui demandant toutes ses bénédictions pour l'âme et pour le corps. »

La prière est un acte de F intelligence, parce que l'homme, par la prière, ordonne ou dispose les choses, en exprimant à Dieu son désir de voir telle ou telle chose s'accomplir. Elle procède cependant, d'une manière éloignée, de la volonté^ qui désire obtenir quelque chose de Dieu, et incline l'intelligence à le demander. Elle est un acte de religion, parce que, comme dit saint Thomas, par la prière, Ihomme offre à Dieu un témoignage de respect, en ce qu'il se soumet à lui et reconnaît, en le priant, qu'il a besoin de lui comme le Maître de tout bien.

(3) Nécessité de la prière. — A tous les adultes la prière est nécessaire pour le salut, (i) Elle est certainement nécessaire de nécessité de précepte, ordonnée et par la loi naturelle et par la loi divine. (2) Elle est aussi nécessaire de nécessité de moyen, parce qu'elle est un moyen sans lequel nous ne pouvons pas obtenir quelque chose qui est indispensable pour notre salut. Ce précepte de la prière oblige de lui-même souvent pendant la vie. Les théologiens ne s'accordent pas pour dire combien il oblige souvent^ surtout sous peine de faute grave. Il oblige par accident, ou indirectement, en vertu d'un autre précepte, dont l'accomplissement est impossible sans le secours de la prière, comme, par exemple, pour surmonter une grave tentation. Sur la nécessité de la prière, le pieux Cardinal Bona écrit les paroles suivantes, dans son traité sur les principes d'une vie chrétienne: « La nécessité de la prière est telle, qu'il est de foi que personne, sans elle, ne peut parvenir au salut éternel. Car qui peut suivre la vocation que Dieu lui a donnée s'il n'est assisté par le don de la grâce r Et qui peut mériter ce secours sans la prière? C'est pour cela que l'Ecriture nous enseigne que nous devons prier toujours et sans cesse, parce que toujours et en tout, nous avons besoin de la grâce de Dieu. Et on peut dire qu'il prie toujours celui qui, jamais, dans un jour, ne laisse passer les heures de la prière. »

(4) Effets de la prière. — Les effets de la prière, communs à toutes les autres bonnes œuvres, sont d'impétrer, de mériter et de satisfaire ; mais avec cette différence, que l'impétration qui est implicite dans les autres bonnes œuvres, est explicite dans la prière. L'effet propre et particulier de la prière est une certaine réfection spirituelle de l'âme, une

consolation spirituelle, qui, cependant, ne se produit pas toujours.

Le Cardinal Bona, dans son traité sur les principes d'une vie chrétienne, nous dit comment, dans la prière, toutes les vertus sont mises en pratique : « Avant tout la foi ; — personne ne prierait, s'il ne croyait que Dieu est présent pour entendre la prière de ceux qui Tmvoquent, qu'il est prêt et disposé à nous accorder nos demandes, si elles sont justes. — L espérance Qsi aussi mise en pratique, puisque, pour prier, il faut que nous ayons une très grande confiance en la puissance et en la miséricorde de Dieu. — La charité est excitée dans l'âme par la bonté de Dieu qui nous presse de l'aimer par dessus toutes choses. — Par la prière, nous apprenons à accomplir toute justice^ et à peser toute chose au poids de la prudence du juste. — La force est mise en activité, parce que celui qui prie se détermine à servir fermement Dieu, à souffrir toutes les adversités et toutes les épreuves pour son amour. Viennent aussi des actes de tempérance, en ce sens que celui qui prie est incliné à concevoir du dégoût pour toutes les jouissances terrestres et corporelles, et jouit des délices du ciel. Ainsi en est-il des autres vertus. Celui qui prie, pratique donc un grand nombre de vertus.

(5) Conditions de la prière impétratoire. — Quatre conditions sont requises pour que les demandes de la prière soient efficaces:

(i) Il faut que la prière soit faite avec piété ; — c'est-à-dire avec une pieuse affection de l'âme et une foi vive : c'est par la foi qu'on arrive à la connaissance de la miséricorde et de la toute-puissance de Dieu, desquelles s'obtiennent les effets de la prière. Elle doit être aussi accompagnée de l'espérance

et de la charité. « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et il vous sera accordé. » ^

(ii) Elle doit être persévérante : « Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. » =

(iii) Ce que nous demandons doit être nécessaire, ou incontestablement utile au salut. Il est permis de demander les choses exclusivement spirituelles; quant aux biens temporels, on peut les demander sous la condition expresse ou implicite qu'ils sont avantageux pour notre salut: « Et ce qui nous donne de la confiance en Dieu c'est qu'il nous exauce en tout ce que nous lui demandons qui est conforme à sa volonté. » 3

(iv) Il faut prier pour soi-même :« Si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous l'accordera. » 4 Saint Augustin dit : « Tous les Saints sont écoutés pour eux-mêmes ; ils ne le sont pas infailliblement pour les autres. Il arrive souvent que la prière offerte pour un autre n'est pas efficace, même quand elle est dite avec piété et persévérance et pour des faveurs spirituelles, par suite d'un empêchement de la part de celui pour qui l'on prie. Il peut être en état de péché, et nullement disposé à se repentir. » Saint Alphonse remarque sur le même point: « Il est absolument certain que les prières des autres sont très utiles aux pécheurs et très agréables à Dieu. Dieu s'est plaint de ses serviteurs, parce qu'ilsnégligent de recommanderles pécheurs à sa miséricorde.

1 s. J. XV. 7.

2 S. Mat. XXIV. 13.

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