RELIQUES RECUEILLIES ET VENEREES DES PROTESTANTS
Q.ue Tusage catholique de vénérer les reliques des saints soit critiqué par les Protestants Anglais, c'est tout simplement une inconséquence inexplicable. Ils ensevelissent les restes des grands hommes avec pompe et respect. Ils leur élèvent des monuments. Tout ce qui leur a appartenu est vénéré comme des reliques, — leurs lits, leurs sièges, leurs manuscrits, leurs cannes, etc. Or^ si, pour des motifs purement naturels, ces marques d'honneur sont légitimes et louables, à combien plus forte raison, pour des motifs religieux ne peut-on pas donner ces mêmes marques et ces mêmes témoignages d'honneur et de vénération aux reliques des saints!
Citons quelques faits montrant les reliques vénérées par les Protestants: « Il (Bunyan) fut enseveli à Bunhill Fields, et l'endroit où il repose est encore entouré par les Non-conformistes de sentiments qui semblent peu en harmonie avec l'esprit rigide de leur théologie. Plusieurs Puritains, pour lesquels le respect que les Catholiques Romains montrent aux reliques et aux tombeaux des saints semble un enfantillage
I D"^ RocH. Hierurgia, note, p. 403.
et un crime, ont demandé, dit-on, au moment de rendre le dernier soupir, que leur cercueil fût mis aussi près que possible de celui de Fauteur des « Progrès du Pèlerin. » ^
Un fragment du rocher sur lequel débarqua le libérateur; (Guillaume I.II, abordant àTorbay), en quittant son bateau, est soigneusement conservé ; et on le montre comme un objet de vénération publique au centre de ce quai si mouvementé. ^
Le fauteuil de Gustave Vasa s'est vendu 58,000 florins ; le manteau de Nelson, 150 livres; celui de Charles XII, 22,000 livres. Une dent de Nelson a été payée 730 livres. La canne de Voltaire a été achetée 500 francs ; un habit de Rousseau, 959 francs. On a donné 200 guinées de la perruque de Sterne, et 1920 francs du chapeau de Napoléon. 3
h'Athenœum, journal hebdomadaire, 16 juillet 1870, donne le compte-rendu de la vente des reliques de Charles Dickens, le célèbre romancier. Il n'y avait que des articles de peu de valeur, si ce n'est comme souvenirs: ils furent vendus à des prix fantastiques. Une paire de chandeliers, 8 guinées ; deux petites tasses, 16 livres; un écran à main, en plumes, apporté d'Amérique, 4 guinées et demie; un petit chandelier à huit branches, 40 livres; une boite à enveloppes, 9 guinées; un encrier, 12 livres ; un presse-papier, 7 guinées; une cave à liqueurs française, des bouteilles, etc., 202 guinées. Les 118 lots réalisèrent la somme de 9,414 livres 6 pence.
« Tout ce que les Protestants peuvent avancer en faveur de cette coutume d'honorer et de conserver des souvenirs
1 Macaui-ay, Hist. d'Angleterre.
2 Ibid. Hist. d'Angl. c. ix.
3 Vie de saint Thomas, par le Rév. Père R. B. Vaughan, vol. I., p. 109.
des morts illustres, orateurs ou poètes, généraux ou hommes d'état, les Catholiques pourront, à bien plus forte raison, le dire pour la défense du culte qu'ils rendent aux reliques des Saints. » ^
5. AUTHENTICITÉ DES RELIQUES, ET DOCTRINE DE l'ÉGLISE SUR CE POINT, APPUYÉE PAR l'EXEMPLE DE LA SAINTE TUNIQUE DE TREVES.
L'authenticité des reliques et les conclusions à tirer de la doctrine de l'Eglise, peuvent trouver un argument en leur faveur dans l'exemple de la sainte Tunique de Trêves, qui fut offerte à la vénération des fidèles, et visitée par des pèlerins de toutes les parties du monde catholique, en 1891. Au sujet de ce pieux concours, nous citons un extrait de la lettre pastorale que l'évéque de Trêves publia à cette époque:
« Vous me demanderez peut-être, mes frères, si la vénération de la sainte relique que possède notre Cathédrale repose sur des faits; si nous devons la reconnaître comme la vraie tunique sans couture que porta Notre-Seigneur Jésus- Christ sur la terre. Je crois de mon devoir de répondre à cette question selon ma connaissance et en toute conscience. Avant tout, il faut nous rappeler qu'il n'est ici nullement question d'un article de foi. Il est vrai qu'un Catholique, à moins que sa foi n'ait fait naufrage, ne peut pas le moins du monde révoquer en doute que nous devons vénérer les reliques de notre Sauveur et des Saints, et que nous les vénérons avec raison. Mais quand il s'agit de l'authenticité
I Hierurgia, in loco.
de telle ou telle relique en particulier, chacun est parfaitement libre de former son opinion sur des preuves solides et raisonnables. Un Catholique qui, témérairement et sans de graves raisons, met en doute ou rejette l'authenticité d'une certaine relique, peut paraître arrogant ou irrespectueux ; mais ne peut pas être, pour ce fait, regardé comme errant dans la foi. L'authenticité d'une relique, comme tout autre fait historique, se fonde et se prouve sur le témoignage de l'homme. L'authenticité d'aucune relique^ serait-elle la plus éminente de la plus ancienne église du christianisme, ne tombe sous aucun précepte de la foi catholique. » L'évéque rapporte alors le décret du Concile de Trente, qui défend rigoureusement la vénération publique ou l'exposition d'une relique, tant que son authenticité n'a pas été garantie par une décision reposant sur le témoignage d'hommes pieux et savants. Il montre ensuite comment cette condition existe abondamment dans le cas en question, d'après les constantes traditions du siège episcopal, et le témoignage des plus saints et des plus éclairés de ses prédécesseurs.