LA COUTUME DE SE SERVIR DE CRUCIFIX
Le plus ancien témoignage qui nous reste, d'une image de notre divin Sauveur attaché à la croix, nous est fourni par Lactance, (a. d. 306), ou quel qu'il soit, par l'auteur du poème : « De passione Domini, » dont le style porte le cachet incontestable du quatrième siècle. Le poète dit :
« Qui que vous soyez, vous qui cherchez la porte de ce temple, — Arrêtez vos pas, et avant de regarder à l'entour, — Oh ! fixez vos regards sur moi ! Sans aucune faute de ma part, — J'ai souffert ce
supplice pour vos péchés. — Voyez ces mains percées de clous cruels, — Ces membres distendus, ce corps baigné de sang. — Voyez où la lance a percé mon flanc meurtri, — Et voyez comme de la blessure s'échappe un flot de sang ; — Voyez comme mes pieds sont percés, et comme aussi — Le sang souille chacun de mes membres et jaillit de mon front. »
Ces paroles nous autorisent à conclure que, non seulement à l'époque où l'auteur les écrivait, il était d'usage d'avoir des crucifix et des images de notre Sauveur, qui ne différaient absolument en rien de ceux que nous avons aujourd'hui ; mais aussi qu'pn plaçait dans les églises ces représentations de notre Rédempteur crucifié.
Comme l'autel est l'emblème de la montagne du Calvaire, la croix portant la figure du Christ mort, s'élève au centre^ pour rappeler au souvenir que c'est Jésus-Christ, qui de son Précieux Sang, paya la rançon de nos péchés. «Car aucun autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés.» ^ Les sentiments religieux inspirés par la vue du crucifix, ne sauraient être mieux rendus que par les paroles de l'auteur de Hierurgia. « Ce front virginal du Christ entouré d'épines ; ces lèvres entr'ouvertes, non par la plainte, mais par le gémissement de supplications et de pardon pour ses bourreaux, au moment du dernier soupir ; cette sérénité de la douloureuse agonie; ces pieds et ces mains ensanglantés par de rudes clous ; ce sang coulant de son flanc percé ; et lorsque nous contemplons le Verbe fait chair^ ces soupirs de la voix calme et intime de la conscience qui nous dit avec amertume : Moi aussi, j'ai
I Act. IV. 12.
pris part au crucifiement de mon Dieu ! Oui, tout cela est d'une éloquence triste, silencieuse, mais puissante, qui parle au cœur du mondain le plus étourdi, et pénètre jusqu'à l'intelligence du philosophe savant, comme à celle de Thumble et illettré paysan.» ^
Je crois aussi très instructif de citer, du même auteur, la description de l'inconséquence du Protestantisme à propos de la vénération des images :
« Il est curieux d'observer l'entêtement du préjugé. Tels passages de la parole de Dieu, semblant porter condamnation de la coutume d'employer les images, étaient choisis avec empressement et gravés sur les murs de l'église, par ces personnes mêmes qui, immédiatement après, élevaient des statues de Moïse et d'Aaron portant les tables de la loi, de cette même loi, prétendait-on, qui proscrivait ces images. Et on enlevait les crucifix pour mettre à leur place les insignes de la royauté ; ou, en d'autres termes on renversait les emblèmes de Jésus et le signe de l'humilité, pour faire place au symbole d'un homme et à l'emblème de la grandeur mondaine. Jacques P"" fut si profondément choqué de cette inconséquence qu'il fit observer aux évêques Ecossais, qui s'opposaient à ce qu'il ornât de statues et de peintures sa chapelle d'Edimbourg: «Vous pouvez souffrir, leur dit-il, que des lions et des dragons (les supports des armes royales), et des démons (armoiries de la reine Elisabeth), soient représentés dans vos églises, et vous n'accordez pas la même faveur aux patriarches et aux prophètes. » Les Protestants peuvent discerner, en différents textes, une condamnation de la coutume catholique d'orner les églises de peintures et de
I Hierurgia. p. 549.
statues; et, en désaccord complet avec leurs propres principes, ils embellissent leurs livres de prières ordinaires d'un grand nombre d'images de saints. (On peut ajouter que, de nos jours, on voit des croix dorées sur leurs livres de chant, des croix rouges sur leurs bibles, des croix de bois sur leurs cheminées et sur les tables de. leurs salons, des croix d*or aux chaînes de montre des hommes, et des croix de jais suspendues au cou des dames.) Un écrivain moderne nous dit qu'il a en sa possession un livre de prières décoré d'un grand nombre de ces gravures. Il faut être doué d'un sens de pénétration et de logique bien rare, pour pouvoir distinguer que, c'est de l'idolâtrie, et contraire aux Ecritures, de parer d'images le temple dans lequel on prie, et qu'il est parfaitement inoffensif, — même utile — de le faire pour le livre dont on se sert pour prier. » ^