LIVRE II
MUTUALISTES
Dans ce chapitre nous réunissons des animaux qui vivent les uns sur les autres, sans être ni parasites ni commensaux : plusieurs d’entre eux se remorquent, d’autres se rendent des services mutuels, d’autres s’exploitent, d’autres se prêtent un abri et enfin il en existe qui ont entre eux des liens sympathiques qui les rapprochent toujours les uns des autres. On les confond habituellement avec les parasites ou les commensaux, Plusieurs insectes s’installent dans la fourrure des mammifères, ou dans le duvet des oiseaux, pour enlever aux poils et aux plumes les pellicules et les débris épidermoïdaux qui les encombrent. En même temps qu’ils entretiennent la toilette de leur hôte, ils lui sont d’une grande utilité sous le rapport hygiénique. Ceux qui vivent dans l’eau ont d’autres gardiens ; au lieu d’insectes nous voyons une quantité de crustacés s’établir sur les x^oissons et, si ce ne sont jilus des plaques d’épiderme qui les gênent, ce sont des mucosités qui se renouvellent sans cesse pour garantir la peau de l’action incessante de l’eau. Nous en trouvons beaucoup à la surface des écailles ci d’autres qui restent blottis au fond des cana i\ m t queux. Nous
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avons réuni seulement quelques exemples, mais il y en a un certain nombre qui figurent encore ailleurs et qui devront forcément prendre place ici.
Les insectes connus depuis longtemps sous le nom de Ricins et auxquels on a donné encore diverses autres dénominations, méritent de figurer au premier rang dans ce groupe. Ils ont de tout temps embarrassé les entomologistes, on voulait toujours voir en eux des parasites à côté des acaridcs et des poux. On sait cependant depuis longtemps qu’ils n’ont pas de trompe pour sucer, et qu’ils portent deux petites dents écailleuses qui leur servent plutôt à mordre. Depuis longtemps aussi l’examen de leur estomac a fait connaître qu’au lieu de sang il ne renferme que des débris de peau. C’est ce qui avait engagé quelques entomologistes à les placer dans le même ordre que les sauterelles, c’est-à-dire à en faire des Orthoptères. Lyonet en a figuré plusieurs qu’il a étudiés avec le soin qu’il savait mettre à ses travaux anatomiques et en 1818 un professeur de Gœttinguo, Nitzsch, en avait réuni un nombre si considérable qu’il aurait fallu plusieurs jours pour visiter sa collection ; il avait commencé la publication de son catalogue mais il n’a pas eu le temps de l’achever. Plusieurs autres entomologistes et anatomistes s’en sont occupés depuis. Nous devons la description de plusieurs centaines d’espèces à M. Denny. Dans ces derniers temps, M. F. Rudow a fait connaître un grand nombre d’espèces qu’il a recueillies sur des peaux d’oiseaux provenant du Japon, d’Australie, d’Afrique et des deux Amériques. Le professeur Grube de Breslau a publié la description des insectes et des acarides du voyage de Middendorf en Sibérie. Ces descriptions se rapportent surtout à des Philoptères d’oiseaux, des Pediculina de mammifères, une puce de Mustela sibérien et un acaride de Lemrnus. Tout récemment un naturaliste américain, M. Packard, qui a entrepris l’étude de tant de sujets différents, a publié dans Y American natu rnlist la description accompagnée d’une figure de Menopon picicola , trouvé sur le Picoïdes arcticus au Lower Geyser Basin , Wyoming Territory, de Goniodes Merriamanus , de
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Tétrao Richardsoni, do Goniodes mephitidis, trouvés sur un Mephitis de Fire-ITolc Basin, Wyoming Tcrritory, de Nirmus buteonivorus , d’un Buteo Swainsonii , et de Docophorus Syrnii , de Syrnium nebulosum. Un grand nombre de ces insectes vivent entre les plumes des oiseaux et on peut d’autant plus facilement les observer, qu’ils se détachent après la mort de leur hôte. On les retrouve aisément sur les peaux d’oiseaux préparés pour les musées. Les Ricins forment une famille sous le nom de Ricin idés et cette famille se partage en deux, les Liothéidés et les Plililopt ridés.
Parmi les nombreuses divisions génériques, une des plus intéressantes a été désignée sous le nom de Trichodectes : elle comprend une vingtaine d’espèces, dont une vit sur le chien, une autre sur le chat, une autre encore sur le bœuf, en un mot on découvre une espèce distincte sur chaque mammifère domestique. On a déjà parlé de la phtiriasis du chat occasionnée par l’abondance des ricins. Le Trichodecte du chien a particulièrement attiré l’attention des naturalistes dans ces derniers temps. Voici à quel propos :
Il n’y a pas de Ténia plus commun chez le chien que le Ténia cucumerina. Mais d’où vient-il? comment est-il introduit? — C’était encore une énigme il y a quelques années, à l’époque où je faisais l’autopsie do chiens infestés de Ténia serrata, au Muséum d’Histoire naturelle de Paris. A côté des Ténia serrata , dont je faisais connaître d’avance le nombre et l’âge, puisque je les avais plantés, se trouvaient dans l’intestin d’un d’entre eux des Ténia cucumerina. Mes chiens n’avaient cependant pris que du lait et des cysticerques jiysif ormes. Y avait-il des cysticerques de diverses espèces dans le péritoine du lapin ? Le voile est tiré aujourd’hui. Le chien héberge comme nous venons de le dire un Ricin connu sous le nom de Trichodecte et c’est dans ce Trichodecte que se loge le scolex, on pourrait meme dire la larve du Ténia cucumerina. Or les jeunes chiens surtout se lèchent constamment les poils et c’est par cette opération qu’ils s’introduisent le jeune Ténia. C’est par un procédé semblable que le cheval
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s’introduit les œufs d’œstre qui vont éclore dans son estomac.
Beaucoup de ces Ricins vivent abondamment sur des oiseaux et se multiplient rapidement. Le Liothe pâle vit sur le coq, le Liothe stramineum sur le dindon, le Philoptere falciforme
sur le paon , le Philoptere claviforme sur le pigeon. Il est à remarquer que chaque oiseau peut nourrir plusieurs espèces différentes. La fig. 2 représente le ricin de l’aigle de mer appelé Pygargue.
Les poissons hébergent des crustacés à la place des ricins, et le nombre n’en est pas moins considérable que sur les mammifères et les oiseaux, ces crustacés ont embarrassé plus d’une fois les naturalistes, par la raison que l’on ne pouvait voir en eux que des parasites. Ils vivent du produit des sécrétions cutanées et, s’ils entretiennent, comme les ricins, la toilette de leur hôte, ils ne sont pas moins utiles qu’eux sous le rapport hygiénique; car ils empêchent l’encombrement des produits cutanés. Au nombre de ces crustacés, nous devons citer les Caliges et les Argules qui ne deviennent jamais obèses, les Ancées et probablement d’autres genres. Au lieu de ces formes disgracieuses et insolites des vrais parasites, tous conservent, avec leurs outils de pêche et de voyage , leur physionomie propre et élégante. Les sexes mêmes ne diffèrent que par la taille. Ils restent pendant toute la vie ce qu’ils sont au début : c’est-à-dire , charmants de forme, à corselet finement pincé, à pattes nombreuses et délicates, aussi gracieux dans leurs mouvements qu’élégants pendant le repos. La plupart des poissons osseux logent des Caliges à la surface de la peau. Ils s’accrochent à l’aide de puissantes amarres, mais sans faire le sacrifice de leur liberté. On les appelle communément poux de poissons. Les pêcheurs, en revenant de la pêche du Nord, trouvent ordinairement leur
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vivier plein de cette gracieuse vermine. On peut dire que les Caligcs sont communs partout et que chaque espèce a ses Caligcs propres. Les poissons plagiostomcs, malgré la dureté de leur peau, en nourrissent; ils se multiplient si rapidement parfois qu’ils recouvrent leur hôte comme s’ils devaient remplacer les écailles. La morue héberge une charmante espèce d’une fort belle taille qui, à son tour, sert de gîte à VUdonelle. Elle est toujours attachée aux ovisacs et remplit sans doute le meme rôle que les Histriobdelles, de manière que nous aurions les Caliges pour entretenir la toilette des morues, puis des Udonellcs pour entretenir la toilette des Caliges.
On a donné le nom d ’Argules à des crustacés qui ressemblent aux Caliges par la taille et le genre de vie, et qui fréquentent principalement les poissons d’eau douce. Un naturaliste suédois,
M. Thorcll, a récemment écrit leur histoire. L 'Argulus foliaceus est le nom de l’espèce la plus anciennement connue et c’est en meme temps la plus répandue.
On la trouve sur nos brochets, nos carpes, nos épinochcs et sur la plupart des poissons de rivière. Dans sa monographie, M.Thorell mentionne douze espèces d’argulcs véritables et quatre espèces dont il fait le genre Gyropeltis. On en trouve quatre en Europe, dont deux sur des poissons de mer
De grandeur naturelle.
Fig. 3. — Caligulus elegans, femeile.
et deux sur des poissons fluviatiles. Tout récemment le pro-
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fesseur Leydig a fait connaître encore une espèce nouvelle sur le Phoxinus levis. On rencontre des Argules sur les poissons des Indes, comme sur des poissons d’Afrique et des deux Amériques. Comme les Caliges, ces animaux abandonnent spontanément leur hôte pour aller faire la toilette d’un autre.
Un autre animal qui a été pris pour un Lernéen , mérite de prendre place à côté des Caliges, du moins par son genre de vie; nous voulons parler de ce singulier être que Leydig a decouvert en 1850 en Italie, en étudiant les canaux muqueux d’un Corvina, à Cagliari, et auquel il a donné le nom de Sjjhœrosoma. A en juger par la figure et quelques détails, ce Sphœrosoma dont on pourrait changer le nom en Leydigia , appartient, si nous ne nous trompons, au même groupe que les Histriobdella. Nous sommes persuadés que la première occasion confirmera l’exactitude de ce rapprochement par l’étude des embryons. Si nous n’avions pas étudié tout le développement des Histriobdella, plus d’un naturaliste aurait vu en eux des Lernéens, comme cela est arrivé au Congrès des naturalistes allemands à Carlsruhe.
Si nous voyons beaucoup de ces crustacés mener joyeuse vie dans leur jeune âge, il y en a aussi qui semblent faire des économies et s’émancipent dans leurs vieux jours. MM. Hesse et Spence Bâte ont dévoilé dans ces dernières années le secret de ces existences.
Les naturalistes avaient reconnu quelques crustacés sous le nom d 'Ancées et quelques autres sous le nom de Praniza , vivant les uns et les autres sur des poissons, mais avec des outils fort différents pour se livrer à la pêche et à la nage. Curieux de connaître la vie des Praniza, M. Hesse les observa dans un petit aquarium, et il s’aperçut que les pièces de la bouche étaient tout d’un coup transformées en mandibules formidables qui les faisaient ressembler à des Ancées. Comme il était arrivé déjà dans d’autres groupes que l’on avait pris pour des animaux différents le même crustacé aux diverses époques de son évolution, le naturaliste de Brest eut dos soupçons sur leur identité et constata bientôt, par des observations directes, qu’il
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no s’ôtait pas trompe. Les Praniza deviennent donc des Ancces et vivent sons leur première forme sur les poissons, à la manière des Caliges et des Argules. On ne peut rien voir de plus curieux que ces crustacés qui sont à cheval sur le dos ou les flancs des poissons et y prennent toutes les attitudes possibles.
Les Pranizcs se fixent dans la bouche, et sur les branchies, comme sur la peau. O11 en trouve sur les squales comme sur les poissons osseux. Ils ne redoutent ni la chaleur ni la lumière et se tiennent fort bien sous des fucus humides en attendant le retour de la marée. Ils courent et nagent avec la même facilité. A l’état d’Ancéc, ils perdent leur agilité, et, sous cette forme, tout dénote en eux des habitudes sédentaires. Ils paraissent se loger de préférence dans des trous au fond desquels ils se défendent avec leurs puissantes mandibules. On a observé que la fécondation s’accomplit déjà, comme dans les Axolotls, avant l’évolution complète , mais la ponte des œufs ne se fait que lorsque l’animal affecte la forme d’Ancôe.
Nous ferons remarquer que ces changements de robe s’opèrent seulement chez les femelles; les mâles conservent leurs vêtements et leur liberté. Quelques naturalistes prétendent qu’il ne faut accepter les faits de métamorphoses de l’un ou de l’autre sexe, que sous bénéfice d’inventaire. Tout tend à faire croire cependant que M. liesse a fidèlement interprété les faits; mais il nous paraît probable que tout n’est pas connu dans l’histoire de ces étranges crustacés.
Les pêcheurs ont fait connaître depuis longtemps des poux de baleine, les Cyames des naturalistes dont nous avons déjà parlé à propos des commensaux libres. Ils vivent en liberté sur la peau de leur hôte et s’y multiplient avec une extrêmerapidité. Ces cyames ont une forme régulière, mais complètement différente des autres, et ils ont donné, comme les Ricins et les crustacés précédents, de grands embarras aux zoologistes systématiques. On est loin d’être définitivement fixé sur la place qu’ils doivent occuper. En tout cas, on peut les considérer comme des Caprella raccourcis. De même que chaque baleine a scs cirrhipèdes qui lui sont propres, chaque baleine
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a aussi ses cyames particuliers. Le professeur Lütken do Copenhague a fait connaître dix à onze espèces, toutes provenant de cétacés des deux hémisphères. Le prétendu cyame représenté, par le docteur Moncdero, comme vivant sur la haleine basque, est un pyenogonon.
Les Anilocrcs, les Nérociles, comme les cyames et d’autres genres, s’établissent sur le dos d’un poisson bon nageur. Jaloux de leur liberté , ils conservent leurs rames et leurs nageoires pour changer de convoi, quand l’envie leur en prend, et n’imitent pas les Bopyriens, qui vont s’installer dans l’étroite cavité branchiale de quelque crustacé décapode, et en y pénétrant se débarrassent de tout leur bagage de voyageur; il n’y a du reste pour eux aucun autre moyen de se caser ; leur sort est identifié à celui de leur hôte ; ils ne sauraient plus vivre sans lui. La femelle seule, il est vrai, aliène ainsi sa liberté ; elle se sacrifie , comme toujours, pour assurer le sort de sa famille, tandis que le mâle, loin de s’enfermer, conserve scs pattes, ses armes et sa liberté.
Les crustacés appelés Caprella ne sont peut-être pas aussi indépendants qu’ils en ont l’air et il n’est pas impossible que leur place soit parmi les crustacés qui nous occupent. On les trouve souvent sur le corps de cétacés, de chêloniens , à côté des Tanaïs , de poissons Plagiostomes ou au milieu de colonies de Sertulaires. Ils s’établissent aussi sur les bouées quand elles sont bien habitées, et nous en avons découvert en nombre prodigieux sur un morceau de câble qui avait reposé au fond de la mer et dont toute la surface foisonnait d’animaux de tout genre.
Nous pouvons citer encore ici les Pycnogonons, les Saphyrina, les Peltidies et les Hersities; ces crustacés se traînent souvent sur la peau de leurs congénères , mais sans jamais renoncer cà leur indépendance, et tous sont plus ou moins préposés à la toilette de leurs voisins.
Nous réunirons dans une seconde section quelques animaux qui ont également été placés parmi les parasites, plutôt à cause de leur séjour chez leurs voisins, que pour leur véritable genre
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de vie. Si, dans les ménageries, il faut des gardiens pour faire la toilette des différentes hôtes, il en faut aussi pour entretenir la cage et au besoin enlever les ordures et les immondices. Divers animaux remplissent ce rôle. Le rectum des grenouilles est toujours littéralement plein d’Opalincs qui grouillent dans cette cavité, comme des fourmis dans leur fourmilière, et vivent sans doute du contenu de l’intestin.
Ces opalines sont de vrais infusoires qui n’attendent pas que les ordures soient déposées et que les eaux puissent se corrompre par leur présence, ils préviennent les accidents qui pourraient surgir, et s’y prennent à temps pour purger les eaux de ces déjections. On les a trouvées jusqu’à présent dans le rectum des grenouilles et dans des annélides divers, les Pachydriles , les Clitelis, les Lumbriculus et les Enchytrcus. Nous en avons vu également dans des Planaires et des Némertiens. Il n’y a pas de spectacle plus curieux pour celui qui commence à s’exercer aux observations microscopiques , que l’examen du contenu du rectum de ces Batraciens. Yan Leeuwenhoek connaissait il y a deux cents ans ces animalcules auxquels Bloch a donné plus tard le nom de Chaos intestinalis. 11 y a aussi quelques Rotateurs, les Albertia par exemple, qui méritent de prendre place ici et que Dujardin a décrits et nommés. Ils vivent dans l’intestin des lombrics et des limaces et dans les larves d’éphémères. Dujardin a signalé d’abord :
Y Albertia vermiculus; depuis lors M. Schulzc a fait connaître
Y Albertia du Naïs littoralis , et Radkewitz a reconnu dans le petit ver de terre de nos jardins, YEnchytreus vermicularis. Depuis longtemps , Siebold a dit avec raison que ces animaux ne sont pas parasites, puisqu’ils ne se nourrissent pas aux dépens de leur hôte.
Il y a un ver aux îles Philippines, d’après ce que m’a raconté M. Scmper, qui se loge dans l’intestin d’un poisson, la tête ordinairement penchée en dehors et qui guette les crustacés attirés par les déjections de son hôte ; mais quoiqu’il choisisse pour abri l’intestin d’un voisin, ce n’est pas un parasite.
Au dire des pêcheurs, et les visites de l’estomac le conlir-
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ment, le poisson Cyclopterus lumpus ne mange autre chose que les ordures des autres poissons. Aussi il n’est pas possible de compter le nombre de scolcx que renferme le contenu de l’estomac et des intestins. On connaît du reste depuis longtemps le goût de certains insectes qui ne savent vivre que dans les ordures de tel ou tel animal, et on a vu l’exemple d’un de ces insectes, trouvé à l’état fossile , qui a fait prédire la découverte des débris du mammifère encore inconnu dans ces contrées. Les larves de la mouche Scatophaga ster cor aria ne se repaissent que de matières stercoraires.
Il y a également des vers nématodes qui vivent dans ces conditions et qui se développent et se propagent dans les intestins comme au milieu de la terre humide. Les anguillules si abondantes dans la bouse de vache , s’y propagent ; elles ne sont pas des parasites et se rapprochent de ceux dont nous parlons dans ce chapitre.
Après ces gardiens qui sont préposés à l’entretien de la toilette, nous en trouvons dont la charge est moins étendue et les soins plus limités. Plusieurs animaux portent un trop grand nombre d’œufs pour qu’ils puissent arriver tous à terme, et ceux qui se décomposent faute de fécondation, ou qui meurent dans le cours de leur évolution , ont les soins d’un gardien particulier, chargé de faire disparaître à temps les œufs gâtés ou les embryons mal venus. C’est ainsi que les homards logent au milieu de leurs œufs un ver que nous avions pris d’abord pour une Serpule et qui , après un examen complet , est une vraie ITirudinée; nous lui avons donné le nom d’Histriobdellc. Elle est aussi singulière par sa conformation que par ses allures, et son genre de vie se rapproche des Pontobdclles des raies, dont nous parlerons plus loin. Voici dans quels termes nous annoncions sa découverte, il y a quelques années :
On sait que les homards portent, comme les écrevisses et la plupart des crustacés, les œufs sous le ventre, et que ces œufs restent appendus sous l’abdomen jusqu’après l’éclosion des embryons. Au milieu d’eux vit un animal d’une agilité extrême et qui est bien l’être le plus extraordinaire qui soit
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encore tombé sous les yeux d’un zoologiste. On peut dire sans exagération que c’est un ver bipède ou meme quadrupède. Que l’on se figure un clown de cirque le plus complètement disloqué possible , nous devrions dire entièrement désossé, faisant des tours de force et d’équilibre sur une montagne de boulets monstres qu’il s’évertue à escalader, posant un pied, sous forme de ventouse, sur un boulet, l’autre pied sur un autre boulet, balançant le corps ou le raidissant, se tordant sur lui-même ou se courbant comme une chenille arpenteuse, et on n’aura encore qu’une idée fort incomplète de toutes les attitudes qu’il prend et fait varier sans cesse. Son rang et ses affinités auraient pu être l’objet de longues discussions, si nous n’avions fait connaître en même temps son évolution et sa structure anatomique. Ce n’est ni un parasite ni un commensal : il ne vit pas aux dépens des homards, mais aux dépens d’un produit de ces crustacés , à peu près comme vivent les caliges et les argules. Le homard lui donne une place et le passager se nourrit aux dépens du chargement ; c’est-à-dire qu’il mange les œufs et les embryons qui meurent et dont la décomposition pourrait devenir fatale à l’hôte et à la progéniture. Ces histriobdelles ont la même charge que les vautours et les chacals, qui débarrassent la plaine des cadavres. Ce qui nous fait penser que c’est là leur véritable rôle, c’est qu’ils ont un appareil pour sucer l’œuf, et que nous n’avons trouvé dans leur canal digestif, aucun reste qui ressemble à un organisme véritable. On trouve les fèces, sous forme de boudins , échelonnés dans l’intestin.
Les crustacés nourrissent encore d’autres hirudinées. M. Leydig a signalé une Myzobdclle sur la Lupa diacantha. L’écrevisse lluviatile, commune dans tous les fleuves d’Europe, en nourrit même deux, Y Astacobdella rœselii , qui se tient sous l’abdomen et aux yeux, et l’ Astacobdella Ab ildgardi, qui se tient surtout sur les branchies. Deux astacohdelles sur la même écrevisse remplissent sans aucun doute un rôle différent. Nous oserions presque assurer a priori que l’espèce des branchies vit en parasite aux dépens du sang de l’hôte, tandis
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que l’autre, logée sous l’abdomen, joue le rôle de l’histriob* delle du homard.
Au milieu des œufs du crabe ordinaire de nos côtes (Cancer mœnas) on trouve communément un némertien qui joue probablement le même rôle. Il est logé de bonne heure dans une gaine assez solide qui est attachée aux appendices abdominaux. Nous avons pu facilement étudier les premières phases de son évolution. Nous lui avons donné le nom de Polia invo luta.
Ce némertien avait été observé à Messine et décrit avant nous sous le nom de Nemertescarcinophilos par Kôlliker et il vient d’être figuré et décrit de nouveau par M. Macintosh dans une monographie des annélides britanniques , publiée par les soins de la Ray Society. L’esturgeon paraît loger dans ses œufs un polype qui joue le même rôle. En effet, au congrès des naturalistes russes à Kiew, M. Owsjannikoff à fait connaître un animal, Accipenser ruthenus , qui vit dans les œufs du sterlet. Certains œufs , placés dans l’eau pendant quelques heures , montrent à l’extérieur d’abord des tentacules , puis toute une colonie , et chaque partie consiste en quatre individus qui ont une cavité digestive commune et ne sont pas sans ressemblance avec une hydre fendue longitudinalement en quatre. Chacun possède six tentacules, dont deux sont terminés par des corpuscules transparents, peut-être des Nématocystes ; la cavité digestive s’étend dans les bras comme chez les hydres ; la bouche n’est pas entre les tentacules , mais au pôle opposé. Ils ne sont pas tous logés dans les œufs , on en trouve aussi entre les œufs, d’après les dernières observations de M. Koch. Cet animal ne remplit-il pas dans l’œuf du sterlet le même rôle que l’histriobdelle dans l’œuf du homard ?
Les œufs de certains insectes sont attaqués par de tout petits Ichneumons, les Proctotrupidés ; ils les vident et s’installent ensuite dans la coque. M. Fabre a parlé d’un ver trouvé dans un œuf, dans son histoire des mœurs des Meloë.
M. Barthélémy a fait l’étude d’un ver nématode (Ascaroïdes limacis) qui habite en parasite dans l’œuf de la limace grise ;
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n’est-ce pas le ver ordinaire des limaces qui s’est introduit dans les œufs ?
Plusieurs animaux s’établissent sur leurs voisins, non pour les exploiter, mais pour profiter de leurs nageoires ; ils ne sont pas assez bien montes pour aller vite , ils enfourchent un bon coursier, s’établissent sur son dos et ne réclament de lui que le gîte sans les vivres. Mais il est souvent fort difficile de dire où le commensalisme finit et où le mutualisme commence; les cirrhipèdes par exemple s’établissent sur un morceau de bois flottant ou sur la coque d’un navire, sur un bloc de pierre ou sur un pieu d’estacade, sur un animal immobile comme sur un bon nageur.
Il y a une quarantaine d’années, Jacobson de Copenhague écrivit un mémoire intéressant pour démontrer que les jeunes bivalves que l’on trouve dans les branchies des Anodontes à certaine époque de l’année, sont des animaux parasites pour lesquels il proposa un nom nouveau. Or ces prétendus parasites ne sont que de jeunes Anodontes, qui, à l’aide d’une amarre fort longue qui naît au pied comme un byssus, s’attachent à leur mère ou à un poisson qui va les porter au loin.
Nous voyons des mollusques acéphales adultes comme les moules et les Pinna conserver des amarres sous le nom de byssus, pendant toute leur vie. 11 y a aussi parmi les Distomiens des vers qui, tout en étant hermaphrodites, s’unissent deux à deux et joignent cette particularité, que l’un s’accroît rapidement tandis que l’autre s’atrophie. Un distome d’Égypte, qui vit dans l’homme, nous offre un exemple de cette particularité ainsi que le Brama raii qui habite un poisson. Les caliges qui vivent sur la peau des poissons , sont amarrés dans le jeune âge à l’aide d’un byssus qui part du bord antérieur de leur carapace ; ils se mettent tout jeunes sous la protection d un voisin complaisant et se font conduire par lui.
La T ubulaire nouvelle, que nous avons dédiée à notre savant confrère Dumortier , s’implante souvent sur la carapace des arabes ordinaires et se fait voiturer comme les Echeneis ; la Tubulaire observée par Gwyn Jcffreys, près de l’œil de la
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Rossia papillifera , un mollusque céphalopode , appartient peut-être à la même espèce. Chaque colonie de campanulaire ou de sertulaire loge un monde de commensaux et de mutualistes ; et il y a enfin une quantité de crustacés et de polypes de -toutes les dimensions , qui servent de gîte à des Infusoires de tout genre. Les uns s’établissent sur la carapace ou les nageoires pour être voiturés, les autres sur une hranchie qui leur rend la vie plus facile et les dangers moins grands. Un amphipode très-répandu sur tout notre littoral, le Gammarus Marinus , a ordinairement ses appendices couverts de Vagi nicola cristallina.