‹ Les commensaux et les parasites dans le règne animalChapitre 6 sur 48 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

. . . En plongeant si bas dans la vie, je croyais y rencontrer les fatalités physiques, et j’y trouve la justice, l’immortalité, l’espérance.

Michelet, l’Insecte.

Le parasite est celui qui fait profession de vivre aux dépens de son voisin, et dont toute l’industrie consiste à l’exploiter avec économie, sans mettre sa vie en danger. C’est un pauvre qui a besoin de secours pour ne pas mourir sur la voie publique, mais qui pratique le précepte de ne pas tuer la poule pour avoir les œufs. On voit qu’il se distingue essentiellement du commensal qui est simplement un compagnon de table. Le carnassier tue sa proie pour s’en repaître; le parasite ne la tue pas, il profite au contraire de tous les avantages dont jouit l’hôte auquel il s’impose.

La limite qui sépare le carnassier du parasite est ordinairement bien tranchée ; toutefois , la larve d’ichneumon qui mange sa nourrice, lambeau par lambeau, tient autant du carnassier que du parasite; il en est de meme de certains animaux qui profitent du bien-être de leur amphitryon mais lui

rendent en revanche de précieux services. Ainsi ceux qui vivent du produit des sécrétions ou qui débarrassent l’économie des matériaux inutiles en échange de l’hospitalité qu’ils reçoivent, ne sont pas de vrais parasites. Ces services sont meme de nature fort différente , et les soins qu’ils se rendent parfois entre eux ne sont pas sans analogie avec les soins médicaux.

Chaque animal a ses parasites propres qui viennent toujours de l’extérieur. A quelques exceptions près, c’est par la pâture ou par la boisson qu’ils s’introduisent. Pour connaître leur origine, le naturaliste doit donc avant tout étudier les aliments, c’est-à-dire la proie ou la plante qui forme le menu habituel de l’hôte qui les loge.

Cependant le carnassier ne se contente pas en général d’une seule proie : tel animal vorace dévore tout ce qui lui tombe sous la dent; tel autre, plus gourmet que gourmand, choisit avec discernement. Mais au milieu de ce repas varié, il y a toujours une espèce quelconque qui fait la base du menu habituel, et c’est cette espèce qu’il s’agit de découvrir, si l’on veut poursuivre leur filiation ou leurs métamorphoses ; c’est elle qui transporte le parasite à sa nouvelle destination. La souris est destinée au chat et le lapin au chien ; de même chaque herbivore est destiné à un carnassier, sinon plus grand ou plus fort, du moins plus habile. Il est d’une grande importance de discerner l’animal qui doit introduire le nouveau venu dans la place. Quand on le connaît, on n’a qu’à le charger de l’hôte étranger, qu’il doit tôt ou tard introduire chez son amphitryon accoutumé.

Pour connaître ces populations sédentaires et vagabondes, il faut , non-seulement les étudier aux diverses époques de l’année et dans toutes les conditions de leur vie accidentée, mais il faut encore les suivre, dès leur sortie de l’œuf, jusqu’à leur évolution complète en observant de près tout ce qui se rattache à la reproduction. Dans la bouse de vache, à côté des élégants Piloboius , vivent des phalanges d’anguillules nées dans la panse, qui se tordent et se replient comme des serpents microscopiques et ne demandent pas le moindre secours à

l’organe qui les héberge. Leur éclosion a lieu dans l’intérieur de l’estomac, tout comme elle s’effectuerait dans la prairie. Ces anguillules n'ont évidemment que l’apparence do parasites, et il se pourrait qu’elles rendissent quelque service dans l’un ou l’autre organe qu'ils parcourent. Il en est de meme encore de ceux qui vivent des fèces des autres ou qui , logés dans le rectum, guettent une proie attirée par l’odeur. Ceux-là, les derniers surtout, sont plus près des commensaux que des parasites. Les animaux dépendant complètement de leur voisin, incapables de se substanter eux-mêmes, nourris exclusivement aux dépens des autres, tels sont les parasites véritables. On croit généralement que les parasites sont des êtres exceptionnels exigeant une place à part dans la hiérarchie animale et ne connaissant du monde que l'organe qui les abrite. — C’est une erreur! Il y a peu d’animaux, quelque sédentaires qu’ils soient, qui ne vagabondent à une époque quelconque de leur vie, et il n’est même pas rare d’en voir qui vivent alternativement en grands seigneurs et en mendiants. Plusieurs d’entre eux ne méritent leur inscription sur la liste des pauvres, que pendant leur enfance ou aux approches de l’âge adulte , car ils ne réclament des secours qu’à la fin de leur carrière; ils sont même fort nombreux et plus d’un change si complètement de toilette qu’il en devient méconnaissable. Trouvant, chez leur voisin , la table et le logement, il se dépouille de son attirail de pêche et de course , s’arrange de son mieux sur l’organe qu’il a choisi, et, débarrassé de son bagage de la vie de relation, il ne conserve que les organes sexuels.

Quant au rang que les parasites occupent dans l’échelle des êtres, on peut dire qu’il n’existe pas de classe de parasites, et les vers ne se distinguent sous ce rapport que par un plus grand nombre d’espèces soumises à ce régime. Toutes les classes parmi les animaux sans vertèbres renferment des parasites.

C’est aussi une erreur de croire que l’espèce entière, c’est-àdire les jeunes comme les vieux, les mâles comme les femelles, sont toujours parasites; souvent la femelle, seule chargée des soins de la famille, ne peut suffire aux nécessités de la vie et

réclame le vivre et le couvert, pendant que le mâle continue la vie nomade. Il en résulte que la femelle endosse seule l’accoutrement du pauvre et, par un développement' récurrent, prend parfois des formes si singulières que le mâle ne lui ressemble plus. On ne peut pas dire que les femelles forment le beau sexe dans ce groupe, puisque souvent elles sont si monstrueuses de forme et de taille que leur physionomie n’a plus rien de commun avec un animal achevé ; leur corps se dépouille de tous ses organes extérieurs et il ne reste souvent qu’une peau sous forme d’outre sans aucun caractère propre.

Ce qui est plus étonnant encore c’est de rencontrer des mâles qui, dans les conditions que nous venons d’exposer, viennent réclamer des secours auprès de leur propre femelle, de manière que celle-ci doit pourvoir à tout et l’animal charitable qui lui vient en aide , prend toute la famille à sa charge. Les secours sont du reste fort bien organisés dans tout ce monde inférieur : on trouve des voisins qui servent de crèche pour les indigents à la sortie de l’œuf, d’autres d’hospice pour les infirmes adultes ou pour les femelles et même certains jouent le rôle d’hôtellerie pour tout le monde, ou de lieu d’asile pour quelques privilégiés. Il y a peu d’animaux, s’il en existe, qui n’aient leurs parasites propres. De tous les poissons de nos côtes, nous n’en avons trouvé qu’un seul qui n’en connut pas ; encore faudraitil voir si ce même poisson, en d’autres parages, n’a pas ses pauvres comme tous les autres.

Ainsi il n’y a pour ainsi dire pas un animal qui soit indemne sous ce rapport, et l’homme lui-même accorde régulièrement l’hospitalité à plusieurs d’entre eux. Nous en nourrissons de notre sang et de notre chair ; il y en a qui se logent à la surface de la peau , d’autres dans l’intérieur des organes ; les uns s’établissent de préférence chez les enfants, les autres chez les adultes. Le nom seul de quelques-uns fait frémir, tandis que d’autres vivent paisiblement dans quelque crypte, sans que nous nous doutions de leur présence. — Qui ne nourrit pas quelques Acarns , du genre Simone a , dans l’aile du nez ? En somme, l’homme donne asile à quelques

douzaines de parasites, et la présence des plus redoutables d’entre eux constitue, dans certains pays, un état de santé qui est envié . Les Abyssiniens ne se regardent comme bien portants que quand ils nourrissent un ou plusieurs vers solitaires. Parmi les animaux auxquels l’homme prête involontairement secours, nous pouvons citer d’abord : quatre différents Ccstodes ou vers solitaires, qui vivent dans l’intestin ; trois ou quatre Distomes qui logent dans le foie, dans l’intestin ou dans le sang ; neuf ou dix Nématodes qui habitent les voies digestives ou la chair. Il y a aussi quelques jeunes Cestodcs du nom de Cysticerques, d’Echinocoques, d’IIydatides ou d’Acéphalocystes , qui trouvent en lui une crèche pour les abriter pendant la vie. Ceux-là choisissent toujours des orgaues clos comme le globe de l’œil, les ventricules du cerveau, le cœur ou le tissu conjonctif. Nous fournissons ensuite le vivre à trois ou quatre espèces de poux, à un cimex, à une puce et à deux acarides , sans parler de certains organismes inférieurs qui grouillent dans le tartre des 4dents ou dans les mucosités des membranes muqueuses.

Il y a des animaux qui hébergent peu de monde, à côté d’autres qui sont toujours remplis d’un nombreux personnel; et ce ne sont pas toujours, comme nous venons de le dire, ceux qui en logent le plus qui se portent le moins bien. Nous pouvons citer à l’appui de cette assertion un poisson connu de tout le monde , le turbot, que l’on ne recherche pas moins que la bécasse , quoique l’un et l’autre aient toujours les intestins littéralement obstrués par des vers solitaires et par leurs œufs. Nous n’en avons jamais ouvert un seul, grand ou petit, maigre ou gras, qui n’eût son intestin plein de vers cestoïdes. Ils sont si nombreux qu’ils forment un bouchon que l’on dirait fait exprès pour oblitérer le passage du pylore.

Quelques auteurs citent des cas remarquables d’abondance de parasites. Nathusius parle d’une cigogne noire qui logeait vingt-quatre Filaria lobata dans le poumon, seize Syngamus trachealis dans la trachée-artère, au-delà de cent Spiroptei'a alata entre les membranes de l’estomac, plusieurs centaines de

Holostomum excavatum dans l’intestin grêle, une centaine de Distoma < ferox dans le gros intestin, vingt-deux Distoma Mans dans l’oesophage et un Distoma ecMnatum dans l’intestin grêle. En dépit de cette affluence de locataires, l’oiseau ne paraissait pas du tout incommodé. Krause , de Belgrade, cite un cheval de deux ans , qui contenait plus de 500 Ascarides mégalocéphales , 190 Oxyures cumula , 214 Strongles armés , plusieurs millions de Strongles tétr acanthes , 69 Tœnia per foliata , 287 Filaria papillosa et 6 Cysticerques. Que l’on songe à la quantité d’œufs qu’un seul ver renferme , et l’on comprendra que peu d’animaux échappent à leur envahissement. On a compté jusqu’à 60 millions d’œufs dans un seul nématode, et dans un seul ver solitaire , ou plutôt dans une colonie , jusqu’à un milliard d’œufs. Les animaux même, qui vivent en parasites, en hébergent d’autres à leur tour. On trouve des parasites sur des parasites, comme nous trouvons des commensaux sur des commensaux. Presque tous les auteurs en fournissent des exemples : les uns chez les larves d’ichneumon, les autres chez des lernéens, et nous avons plus d’une fois rencontré des nématodes chez divers crustacés , attachés encore à leur hôte.

Pour bien connaître le mobilier vivant d’un animal, surtout d’un poisson , il est nécessaire de le visiter dans son jeune âge; les fèces sont les Kj'okkenmodclings de l’estomac, c’est par eux que l’on doit apprécier le menu de chacun. Cette étude de la pâture présentera un jour beaucoup d’intérêt, non-seulement sous le rapport scientifique, mais aussi sous le rapport de l’industrie de la pêche.

Il y a des animaux qui s’infestent à tout âge et en toute saison ; d’autres en jdIus grand nombre ne s’infestent que dans le jeune âge et font, au début de la vie, leur récolte pour le restant de leurs jours. La plupart des parasites, surtout ceux des poissons, s’introduisent déjà avec la première nourriture. Dès leur éclosion, les jeunes raies, comme les jeunes turbots, sont déjà farcis des vers qui encombrent plus tard les organes digestifs. L’estomac de chacun de ces poissons est semblable à

un filtre qui laisse passer tout ce qui est pâture, mais arrête au passage, et sans rien altérer, tout ce qui est vivant. En visitant l’estomac et en observant la pâture à scs divers degrés de digestion, on voit distinctement les vers sortir de leur loge, se vautrant dans ce que les physiologistes appellent chyle , et choisir ensuite, à leur convenance , le lieu et la place où ils doivent s’épanouir complètement. Au bout de quelques jours le poisson peut avaler une innombrable quantité de petits animaux, et si chacun d’eux introduit quelques vers, on comprend qu’en fort peu de temps l’intestin finit par être littéralement rempli.

Il n’y a aucun organe qui soit à l’abri de renvahissement des parasites, ni le cerveau, ni l’oreille, ni l’oeil, ni le coeur, ni le sang, ni le poumon, ni la moelle épinière, ni les nerfs, ni les muscles , ni même les os. On a trouvé des cysticerques dans l’intérieur des ventricules du cerveau, du globe de l’œil, dans le cœur et dans l’épaisseur des os, comme dans la moelle épinière. Chaque ver a même son organe de prédilection, et s’il n’a pas la chance de l’atteindre pour s’y épanouir, il périra plutôt que d’émigrer dans une loge qui n’est pas la sienne. Tel ver habite les voies digestives, soit à l’entrée, soit à la sortie; tel autre occupe les fosses nasales, le foie ou les reins. On peut même répartir les parasites, d’après les organes qu’ils choisissent, en deux grandes catégories : ceux qui habitent un hôte provisoire s’installent presque toujours dans un organe clos, dans les muscles, dans le cœur ou dans les ventricules du cerveau; ceux, au contraire, qui sont arrivés à leur destination et qui, contrairement aux précédents, ont de la famille, occupent l’estomac avec les dépendances des voies digestives, le poumon, les fosses nasales, les reins, en un mot, tous les organes qui sont en communication directe avec l’extérieur, afin de laisser une issue à la progéniture. La famille n’est jamais séquestrée. Le sang même n’est pas à l’abri, mais il n’y a guère que des animaux en migration qui s’y logent. En Égypte, le docteur Bilharz a signalé un distome dans le

sang de l’homme ( Distoma hœmatobium ) ; depuis longtemps on connaît le strongle du cheval, qui produit de graves accidents dans les vaisseaux (Strongylus armatus) ; le strongle du dauphin et du marsouin (Strongylus inf Lexus) , la filaire du chien (Filaria papillosa) ; on en trouve également dans le sang de plusieurs oiseaux, de reptiles, de batraciens et de poissons, de manière qu’il n’y a pas une classe de vertébrés qui échappe.

Il en existe qui, tout en réclamant, comme les sangsues, des secours à leur voisin, se contentent de saisir leurs vivres au passage et ne s’attachent que momentanément à l’hôte qu’ils dépouillent ; ils conservent leurs engins de pêche ou de chasse avec leurs organes de locomotion. Ces parasites, qui ne se logent jamais sur l’hôte qui les nourrit, n’ont pas plus tôt sucé le sang ou dévoré la chair, qu’ils reprennent leur vie indépendante. Ils ne se déforment pas et n’endossent pas, comme ceux qui réclament le logement, un costume spécial. La gloutonnerie n’est pas chez eux le seul mobile de l’existence : ils n’oublient pas ce qu’ils doivent au monde et conservent une toilette qui leur permet en tout temps de s’y présenter de nouveau.

Les parasites sont répartis dans diverses régions du globe, choisissent leurs places et observent , comme tout ce qui a vie, les lois de la distribution géographique ; tous n’habitent pas le règne animal. Certains vont demander du secours au règne végétal. Plusieurs insectes déposent leurs œufs dans des graines ou des fruits, et la progéniture, au moment de l’éclosion, trouve une pâture abondante dans la sève ou dans la farine en réserve pour la jeune plante; d’autres entrent en une sorte de léthargie pendant que la graine se dessèche et reprennent de l’activité chaque fois qu’on leur donne un peu d’humidité. La femelle d’un insecte coléoptère dépose ses œufs dans la noisette, et à mesure que celle-ci croît, la jeune larve dévore le fruit. Quand on nous la sert à table, elle ne renferme souvent plus que la peau et les déjections de la larve. Un charançon s’établit de la même manière dans les cé-

réales, et, tout petit qu’il est, il peut produire des calamités eu se multipliant dans les greniers. Il y a morne des vers qui sc logent dans certaines graminées et se dessèchent complètement avec l’enveloppe qui les loge, sans cesser de vivre. La vie est suspendue jusqu’au jour où la graine est convenablement ramollie dans la terre ou dans l’eau.

Nous avons vu que chaque parasite a son hôte : il faudrait un mot particulier pour le désigner. Mais cela ne veut pas dire que, s’il ne trouve pas sa demeure, il doit périr. Il peut vivre quelque temps aux dépens d’un voisin et passer pour son parasite. Des naturalistes s’y sont parfois trompés. C’est

ainsi que l’on a cru au passage du Schistocéphale des Epinoches dans l’intestin de certains oiseaux qui les mangent et dans lesquels ils ne se trouvent qu’accidentcllement. Les Ligules des Cyprins, trouvées dans l’intestin du cormoran ou duharle, ne sont pas, à notre avis du moins, des vers propres à ces oiseaux. Ce sont des vers étrangers qui doivent ou émigrer de nouveau, ou mourir. On a trouvé des Acarus vivants sur l’homme, qui étaient originaires de mammifères et d’oiseaux, causaient des prurigo et même des accidents, sans que ces parasites puissent être regardés comme propres à notre espèce. On pourrait en citer d’autres exemples. Qui ne s’est impatienté contre la puce, qui abandonne pour un instant le chien, son hôte naturel?

Parmi ces parasites libres, certains ne s’attaquent pas à une espèce déterminée et mériteraient bien le titre de parasites cosmopolites. C’est ainsi que nous voyons Y Ascaride lombricoïde , si commun chez les enfants, sc loger également chez le bœuf, ou le cheval, l ane ou le cochon. Le Distoma hepaticum , qui est bien le parasite propre du mouton, à en juger par son abondance dans cet animal, peut s’égarer dans le foie de l’homme ou dans celui du lièvre, du lapin, de l’écureuil, du cheval, de l’âne, du cochon, du bœuf, du cerf, du chevreuil et de diverses antilopes. Il est à remarquer que tous ces animaux sont à régime végétal. En buvant l’eau qui renferme des cercaires de cette espèce, ils s’infestent de ce singulier locataire. Le grand ôchi-

norhvnque (E. Gigas) a été trouvé dans le chien, le cochon, peut-être dans les phoques, et on cite des cas où il s’est même égaré dans l’homme. Le Gordius aquaticus paraît vivre et se développer dans le corps de différentes espèces d’insectes ; et parmi les parasites articulés, on rencontre YIxodes ricinus , appelé communément Tique , sur le chien, le mouton, le chevreuil et le hérisson et l’on cite des exemples de sa présence chez l’homme. On s’est depuis longtemps convaincu, dans les ménageries et les jardins zoologiques, que YAcarus du chameau pouvait donner la gale à l’homme.

D’après ce que nous venons de dire, il y a pour plusieurs parasites une étude à faire, afin de déterminer l'hôte propre de chacun d’eux, quoique parfois des parasites se trompent de chemin et s’introduisent chez le voisin, mais ils ne peuvent y vivre que peu de temps. On connaît des cas où des larves de mouches ont pénétré accidentellement chez l’homme par la bouche ou par les narines. On a vu des reptiles vivre un certain temps dans l’estomac. Un physiologiste allemand, Berthold, professeur de l’Université de Gottingue, a fait le relevé de tous ceux qui ont été trouvés dans des circonstances pareilles, et leur nombre est assez grand : il a écrit un mémoire sur le séjour des reptiles vivants dans l’homme. A propos du séjour des reptiles dans l’homme, ce naturaliste cite le fait d’un garçon de douze ans, qui, en 1699, après de vives douleurs, rendit par l’anus, à la suite de divers médicaments, près de 164 cloportes , 4 scolopendres , 2 papillons vivants , 2 vers semblables à des fourmis, 32 chenilles brunes de différentes grandeurs et un insecte coléoptère. Ces animaux vécurent de trois à douze jours. Ce n’est pas tout : deux mois après, le même enfant rendit 4 grenouilles, puis quelques crapauds et 21 lézards, et l’on vit apparaître par moments au fond de sa bouche un serpent vivant ! Heureusement pour la science, on ne voit plus aujourd’hui des faits semblables sérieusement consignés dans les livres.

La taille des parasites est très-variable : Boerhaave fait mention d’un bothricocéphale de trois cents aunes de longueur ; à

P Académie de Copenhague, il a été question d’un ver solitaire (Tœnia solium) de huit cents aunes. On a vu des strongles femelles de 2 décimètres à 1 mètre, dit Dujardin ; des Gorclius de 270 millimètres. Nous avons signalé un ver de poisson, qui vit enroulé comme une pelote sur lui-même, et qui mesure, lorsqu’il est déroulé, plus d’un mètre de longueur. Les parasites présentent une extraordinaire variété de formes, et les différences entre les sexes pour la taille comme pour la physionomie sont plus grandes que dans aucun autre groupe d’animaux. Le mâle de 1 ’Uropitrus paradoxus, de l’uruhudu Brésil, a la forme ordinaire du ver arrondi et long, tandis que la femelle ressemble à une pelote sans la moindre analogie avec les autres vers de l’ordre. Les Lernéens ont également des femelles excessivement variées de taille et d’aspect, tandis que les mâles en général se ressemblent par les caractères extérieurs. Ce qui n’est pas moins singulier, c’est que des vers hermaphrodites se réunissent quelquefois par couples, que l’un des deux semble faire seulement fonction de femelle et prend seul de l’embonpoint ( Distoma Okenii , Bilhartzia). Il arrive même que la réunion est si complète que l’espèce semble formée de deux individus accolés l’un à l’autre. Les Diplozoon nous en offrent un curieux exemple. Les branchies des brèmes sont communément infestées de ces derniers vers. Rien n’est plus étrange que de voir ainsi tous les individus unis deux par deux, complètement soudés, conservant chacun leur bouche et leur canal digestif et produisant des œufs qui donneront naissance à des individus isolés. On voit des mâles se fondre si complètement dans leurs femelles, même sous le rapport anatomique, qu’ils ne représentent plus qu’un fragment d’appareil. Le mâle des Syngames s’efface si bien que, compare aux autres mâles de son ordre, ii n’est plus qu’un testicule vivant sur la femelle.

Un organe infesté de vers doit-il, par le seul fait de leur présence, être considéré comme malade ? Nous n’hésitons pas à dire qu’aussi longtemps que ces hôtes ne causent pas de désordres, il n’y a pas d’état pathologique. L’enfant qui a des ascarides lombricoïdes dans l’estomac n’est pas un enfant

malade. Les animaux à l’état sauvage ont tous et toujours leurs parasites ; ils les perdent rapidement quand ils sont en captivité. Les Abyssiniens ne se traitent pas quand ils ont le Tœnia ; au contraire , ils se portent mieux. Ne voyons-nous pas la médecine prescrire l’application de sangsues et, par conséquent, appeler à son secours l’action parasitaire de certains animaux ? Cette action, loin d’être une cause de maladie, est donc plutôt un remède, et personne ne peut prévoir tout ce que la science est en droit d’attendre de l’action salutaire de certains vers parasites sur l’économie. Il y a, si nous ne nous trompons, bien des découvertes ménagées aux observateurs, dans cet ordre d’investigations.

Mais ici, comme en toutes choses, les excès sont nuisibles. Certains organismes, en se développant outre mesure, peuvent rompre l’harmonie nécessaire entre les parasites et l’hôte qu’ils fréquentent. On a reconnu, dans ces dernières années, que plusieurs affections morbides, comme la maladie des pommes de terre et de la vigne, n’ont pour origine que le développement anormal de certains êtres microscopiques, cachés dans l’organisme. Il est reconnu qu’en Egypte, un distome se développe dans le sang, et occasionne une maladie fort grave, que n’ont guère connue les médecins. En Islande , un cestode cause la mort du tiers de la population, des vers se développent dans l’œil et peuvent faire perdre la vue, le Cœnure du mouton cause le tournis et devient mortel pour l’animal qui l’héberge, la chlorose observée en Égypte et au Brésil doit être attribuée, paraît-il, à un développement trop considérable d’un ver nématode qui vit dans l’intestin grêle et que les naturalistes connaissent sous le nom de Dochmius duodenale, enfin les trichines ont mis l’Europe en émoi, et la trichinose était un instant plus redoutée que le choléra. Malgré tous ces accidents, nous pensons que l’animal doté de ses parasites ordinaires, loin d’être malade se trouve dans un état physiologique normal.

A considérer ces animaux parasites en général, on croirait que la ténacité de la vie est très-faible et qu’il ne faut, chez eux, que le plus léger dérangement pour les tuer. Il n’en est

pas ainsi, au contraire. Il y en a qui se dessèchent complètement et reviennent à la vie chaque fois qu’on les mouille, et les œufs de quelques-uns résistent aux plus violents réactifs. On a vu des œufs conservés depuis des années dans l’alcool, dans l’acide chromiquc et dans d’autres agents qui détruisent partout ailleurs la vie, donner naissance à des embryons aussitôt qu’on les a placés dans de l’eau pure ou dans la terre humide.

Il y a quelques années, on n’avait aucune idée des transmigrations des animaux. Comme nous l’avons dit ailleurs, si, il y a un demi-siècle, Abildgard a expérimenté sur des vers de poissons qu’il avait fait avaler à des canards, ces expériences n’avaient donné aucun résultat et formaient plutôt un obstacle aux progrès ultérieurs qu’un acheminement vers la vérité. On avait vu des vers de poisson vivre dans des oiseaux ; mais ces vers n’étaient là que comme parasites étrangers. Les ligules vivaient quelques jours dans les liarles, mais elles ne s’y maintenaient pas.

Notre grand initiateur au monde des parasites, O. Sicbold, était arrivé aussi à un résultat qui ne pouvait aboutir. Ayant observé avec sa sagacité habituelle que le cysticerquc de la souris est le meme ver qui vit dans le chat, il avait écrit que les œufs de ce Tœnia s’étaient égarés dans la souris, que les jeunes vers y étaient devenus malades, et que, dans le chat seul, ce ver pouvait se développer sainement et complètement. C’était une plante perdue sur un sol où elle ne pouvait vivre et encore moins fleurir. Qu’il me soit permis de dire de quelle manière nous sommes arrivé à la connaissance de la transmigration des

vers.

J’avais commencé l’étude des Tétrarhynques enkystés dans le péritoine des gades en 1837. Dix ans plus tard, peu de temps après une visite que me fit mon savant ami, M. Kôlliker, je dœ couvris que ce monde parasitaire ne menait pas une vie aussi monotone qu’il en avait l’air. Je m’assurai par des dissections de poissons, que les tétrarhynques, ces prétendus déshérités de la nature, savent aussi varier leurs plaisirs ; qu’au lieu de

passer la vie entière dans une prison cellulaire, ils changent de milieu à un certain âge et passent leurs vieux jours dans des habitations plus spacieuses. J’avais vu les Tétrarhvnques agamos habiter des kystes du péritoine dans les gades et j’avais rencontré les mêmes Tétrarhynques complètement développés et sexués dans l’intestin spiral des poissons voraces qui sont généralement connus sous le nom de Squales ou de Requins. O’est ce qui me faisait écrire à l’Académie de Bruxelles, à la séance du 13 janvier 1849, que l’ordre des vers vésiculaires , admis par tous les helminthologistes , devait être supprimé.

On a commencé à comprendre ces vers le jour où l’on a cessé de regarder ces cysticerques comme des individus malades. Siebold avait pris la crèche pour l’hôpital, et au lieu de voir dans le eysticerque un jeune animal plein de vie et d’avenir, il le considéra comme un podagre prêt à rendre le dernier soupir.

Les poissons m’avaient mis sur la voie : j’avais suivi de près certains vers très-caractéristiques qui vivaient sous une forme simple dans certains poissons, et qui, passant avec leur hôte dans l’estomac d’un autre, achevaient dans celui-ci leur toilette et leur évolution. J’avais assisté à tous leurs changements de forme depuis le berceau jusqu’à la tombe, en les poursuivant de poissons en poissons, ou plutôt d’estomac en estomac. En effet ces parasites sont perpétuellement en voyage et changent constamment d’hôte, et en même temps de vêtements et d’allures, de sorte que souvent, au terme du voyage, ils ne conservent plus que des haillons informes pour loger leurs œufs ou leur progéniture.

Ce qui ajoute encore à la difficulté de les reconnaître, c’est que souvent les jeunes sont enveloppés d’un maillot qui leur permet de vagabonder librement ; puis d’une robe simple en rapport avec la loge qui les abrite, et en dernier lieu, d’une robe de noce qui cache les œufs et l’appareil qui les produit. La nymphe dans son état virginal n’a aucun des attributs de la maternité future. C’est dans cette catégorie que nous trouvons

les distonies si communs dans toutes les classes du règne animal. Ce n’est pas tout; souvent, sous ces formes diverses, les jeunes font déjà des petits, qui ne ressemblent en rien aux autres, et ne se forment meme pas delà meme manière. Au sortir du maillot, ils engendrent par gemmation et sans concours de sexes, tandis que ceux qui naissent de gemmes engendrent par voie sexuelle. C’est ainsi que la fille ne ressemble pas à sa mère, mais à sa grand’mère. On a désigné ce phénomène par le nom de génération alternante et nous l’avons appelé cligenèse.

Mais tous les parasites ne ressemblent pas à ces distomes qui changent plusieurs fois d’hôte et de costume. Nous en trouvons que la mère dépose avec soin dans l’intérieur d’un voisin et qui passent toute leur première jeunesse dans les viscères d’une mère étrangère. Tels sont les Ichncumons, charmants insectes ailés, qui glissent perfidement leurs oeufs dans le corps d’une chenille vivante, dont les entrailles servent à la fois de berceau et de pâture. La jeune larve dévore successivement organe par organe, en commençant par les moins importants, et les derniers servent à la formation des derniers instruments de l’insecte ailé ! Plus malheureux sont ceux qui sont fixés depuis leur jeunesse et passent l’âge mûr sous les verroux de leur hôte ; ils ne participent en aucune manière au grand banquet de la vie, à moins de ne voir dans ce banquet que le plaisir de la table et de l’amour. Nous trouvons aussi quelques parasites qui occupent dans le môme animal des organes différents et qui sont diversement sexués d’après le milieu qu’ils habitent. Nous en connaissons enfin qui sont hermaphrodites dans le rectum ou dans la terre humide, et dont les petits, à sexes séparés, vivent en parasites dans les poumons.

Les parasites ne se reproduisent généralement pas dans l’animal qu’ils hantent. Ils respectent le foyer qui les héberge, et leur progéniture ne se développe pas à côté d’eux. Les œufs sont évacués avec les fèces et semés au loin pour de nouveaux hôtes.

VAN 13ENEDEN.

Les parasites se partagent en plusieurs catégories :

On pourrait réunir dans une première catégorie un certain nombre d’animaux qui, sans être parasites véritables, demandent un abri, et soit par misère, soit par infirmité, ont besoin de cet abri pour vivre.

Dans une seconde, on placerait ceux qui passent la nuit à la belle étoile et qui n’ont besoin pour vivre que du superflu de leur voisin ; ils sont pleins d’égards pour la peau de leur hôte et l’exploitent avec parcimonie. On en trouve aussi qui ne sauraient vivre sans secours, mais ils le payent par un service quelconque. Souvent même ils s’associent avec leur hôte et vivent avec lui sur un pied de parfaite égalité ; à côté d’eux on observe des associations dans lesquelles l’égalité n’est aucunement reconnue, où des prolétaires et même des esclaves exercent les travaux dédaignés par les grands.

Dans une dernière catégorie nous rangerons les parasites véritables, qui prennent le logement et la nourriture. Et encore nous trouvons trois subdivisions distinctes :

La première renferme ceux qui voyagent d’hôtel en hôtel avant d’arriver à leur destination ; aujourd’hui ils logent dans une crevette, demain dans un goujon, puis dans quelque carnassier, comme la perche ou le brochet : ce sont des parasites nomades qui ne s’arrêtent et ne songent à la vie de famille que lorsqu’ils ont trouvé l’hôte auquel ils sont destinés.

Quelquefois le parasite est conduit dans un train contraire, et, ne pouvant rebrousser chemin, il reste dans une gare sans correspondance. Il est condamné à mourir dans une salle d’at- Nente.

Enfin nous avons la subdivision des parasites parvenus, arrivés à leur destination et ne s’occupant plus que des joies de la famille.

Nous en trouvons ainsi qui sont véritablement chez eux, et d’autres qui sont en route, tantôt sur le bon chemin, tantôt égarés et perdus sur un hôte étranger. Les premiers sont des parasites autochthones ,. les autres sont des étrangers. On peut dire que chaque espèce animale a ses parasites propres et qui

peuvent vivre seulement dans des animaux qui ont plus ou moins d’affinité avec leur hôte véritable. Ainsi l’Ascaris mystax, l’hôto du chat domestique, vit dans différentes espèces de Felis, tandis que le renard, si voisin en apparence du loup et du chien, ne nourrit jamais le Tænia serrata , si commun dans ce dernier carnassier.

Le mémo hôte n’héberge pas toujours les memes Vers dans les diverses régions du globe qu’il habite. Ceci s’entend des parasites de l’homme ou des animaux domestiques. Ainsi le grand et large ver solitaire de l’homme, que les naturalistes appellent Bolhriocêphale , se trouve seulement en Russie, en Pologne et en Suisse. Un petit ver solitaire, Tænia nanti, ne s’observe qu’en Abyssinie ; Y Anchylostome n’est connu jusqu’à présent que dans le midi de l'Europe et le nord de l’Afrique ; le Filaire de Médine, à l’ouest et à l’est de l’Afrique ;

le Bilharzia, ver si redoutable, n’a été signalé qu’en Egypte. Il y a aussi des insectes parasites qui sont redoutables pour l'homme, comme la Chique (Pulex yenetrans ), qui ne sont heureusement connus que dans certains pays. Quelques-uns sont cependant devenus cosmopolites, parce que l’homme les a introduits partout où il s’est installé.

Les mammifères à régime végétal ont des tænia sans couronne de crochets, et l’homme, d’après scs dents, ne devrait nourrir que le Tænia mediocanellata. Nous trouvons dans un travail du docteur Cauvet sur le tænia algérien, que c’est le Tænia inerme , c’est-à-dire sans crochets, qui est l’espèce commune en Algérie. Sur quatorze tænia qu’il a eu l’occasion .d’examiner, il n’y avait pas un seul Tænia solium. J’ai dit depuis longtemps que cette espèce doit être moins répandue que le tænia sans crochets. Le Tænia solium provient du cysticerque du cochon, l’autre du cysticerque du bœuf, et le docteur Cauvet s’est assuré que ce dernier, à l’état de cysticerque, est déjà privé de sa couronne.

On trouve des genres et des espèces fossiles perdus dans toutes les classes du règne organique. En est-il de meme des vers et des animaux d’autres classes qui ne sont connus

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qu’à l’état de parasites ? Les Ichthyosaures et les Plésiosaures avaient-ils des vers dans leur cæcum spiral comme les poissons plagiostomes, qui leur ressemblent tant par le tube digestif ? Nous n’en doutons pas, et nous aurions voulu en donner une démonstration. A cet effet, nous avons recueilli des coprolithes de ces reptiles, mais nous n’avons pas réussi jusqu’à présent à faire des coupes assez minces et assez transparentes pour découvrir les œufs ou les crochets de leurs vers cestoïdes.

Il n’y a pas longtemps, les partisans de la génération spontanée trouvaient dans la classe des vers leur principal argument pour leur vieille hypothèse, et c’est même après la publication de mon mémoire sur les vers intestinaux que la question , qui semblait oubliée , a été reprise par Pouchet. Aujourd’hui, on semble avoir abandonné les parasites qui se reproduisent, en définitive, comme tous les autres animaux, pour se rejeter sur les Infusoires, le dernier retranchement qui restait aux partisans de la génération spontanée, et d’où M. Pasteur les a scientifiquement délogés. Il est évident pour tous ceux qui mettent les faits au-dessus des hypothèses et des préjugés, que la génération spontanée, tout comme la transformation des espèces, n’existe pas, du moins à ne considérer que l’époque actuelle. Nous sortons du domaine de la science si nous allons puiser nos armes dans les époques antérieures. Un fait, pour être reçu, doit pouvoir être vérifié.

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Cette première catégorie de parasites comprend tous ceux qui ne sont pas séquestrés et qui vivent aux dépens des autres, sans perdre les attributs et les avantages de la vie vagabonde ; ils sont aussi libres que le vautour ou le faucon qui poursuit sa proie. Nous ne comprendrons toutefois parmi eux, ni le milan parasite, de Daudin, arrachant des mains du voyageur, le lambeau de chair qu’il prépare en plein air, ni le petit Pluvier d’Egypte, entretenant le râtelier du Crocodile ; l’un est un véritable pirate, un voleur de grand chemin; le Pluvier, au contraire , un voisin complaisant , un serviteur qui rend de véritables services. Nous sommes plus en droit de regarder comme parasites les Vampires (Phyllostomcs), ces intrépides chauves-souris de l’Amérique méridionale, qui s’abattent suite voyageur ou les botes endormis, et leur tirent du sang à l’aide des papilles aiguisées de leur langue. Ces animaux sont des sangsues ailées qui donnent une saignée en passant. Nous rangeons parmi les parasites libres, la plupart des sangsues, quelques insectes et un certain nombre d’arachnides, de crustacés et d’infusoires.

Comme nous avons signalé des commensaux libres, nous avons des parasites libres, qui exploitent leur hôte avec sagesse et économie, ne lui demandent que son sang et lui rendent parfois de véritables services. Plusieurs de ces animaux, commensaux et parasites, n’ont encore qu’une place provisoire et ne seront définitivement jugés qu’après de nouvelles observations. Il n’est pas toujours aussi facile qu’on le pense, de qualifier exactement les rapports de certains animaux entre eux. Il y a plus d’une indiscrétion à commettre avant de connaître les motifs qui font agir ce monde inférieur. C’est parmi les parasites libres que se trouvent ces organismes , qu’on appelle communément vermine, et qui semblent devoir contaminer d’autant plus facilement leurs voisins, qu’ils échappent plus facilement à la vue. Pour le naturaliste, cette vermine, quoi qu’en dise le nom, n’offre pas plus de répugnance que les autres œuvres de la création, et saint Augustin ne l’excluait pas de sa pensée lorsqu’il s’écriait : Magnus in magnis , maximus in minimis.

Les sangsues boivent le sang de leur victime, et quand elles en sont gorgées jusqu’aux lèvres, elles se laissent choir, mettant des semaines ou des mois à faire leur sieste. Prenant leurs repas à de très-longs intervalles, il leur est inutile de rester attablées ; ce n’est pas sans raison d’ailleurs qu’elles conservent généralement leurs moyens de locomotion, pour s’en servir après leur lente digestion. Comme les annélides, elles ne changent point de forme et, comme elles ne s’attachent que temporairement à un hôte, les naturalistes n’ont pas cru devoir les placer parmi les Vers parasites ou les Helminthes. Cependant, si l’on passe des sangsues supérieures à celles qui vivent aux dépens des poissons, des crustacés et surtout des mollusques, nous voyons que le besoin du logement se développe insensiblement, et que les dernières sont, par leur forme comme par leur organisation et leur genre de vie , aussi dépendantes que la plupart des Helminthes. Ainsi nous voyons des hirudinées sur des Mya (mollusques acéphales), incapables de se déplacer, collées sur les parois du ventre de leur hôte, et

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vivant tranquillement à scs dépens. On les appelle des Malicobdelles , et elles sont si maltraitées par la nature que 1 on a dû se livrer à des investigations minutieuses pour reconnaître leur parenté.

Les sangsues les plus connues sont celles qui attaquent l’homme et les mammifères, mais on en trouve sur d autres vertébrés et particulièrement sur les poissons. Leur organi-

qu’elles exploitent, c’est-à-dire, que plus leur liôte est simple, plus leur organisation est inférieure. Le mollusque héberge ainsi des hirudinées bien moins élevées que le poisson et surtout le mammifère.

Les vampires se servent des papilles de la langue et des dents qui agissent comme autant de lancettes; les sangsues appliquent leurs lèvres dentelées, scient l’épiderme et, la bouche appliquée sur un réseau capillaire, sucent, puis tombent ivres de sang.

Nous représentons ici les différentes formes qu’affecte successivement la peau après la morsure d’une sangsue (fig. 4).

La figure 5 (1 et 2) représente les mâchoires : 1, les mâchoires en place; 2, une mâchoire isolée pour montrer son bord libre qui est découpé comme une scie.

La figure 6 montre une sangsue avec la coupe de son tube digestif; les lettres d, d, indiquent les diverses cavités de l’estomac qui se remplissent successivement. On voit en avant la ventouse antérieure avec la bouche , en arrière la ventouse postérieure avec l’anus. Sur le côté des estomacs on aperçoit les traces des glandes de la peau.

On trouve une très-grande variété dans le genre de vie de ces hirudinées, et, si on en rencontre parfois de sobres et de délicats, la plupart sont d’une voracité dont on se fait difficilement une idée. On connaît une sangsue au Sénégal, qui tire une •quantité de sang égale au poids de son corps. Il y a des hirudinées qui dévorent des Lombrics entiers. Heureusement, les .grandes espèces ne sont pas les plus voraces; on pourrait se trouver peu à l’aise devant des sangsues pareilles à celle que

Blainville a décrite sous le nom de Pontobclella loevis et qui il ont pas moins d un pied et demi de longueur. On croit généralement que toutes les sangsues sont aquatiques : c’est une er-

Fig. 4. — Différentes formes de la piqûre d’une sangsue.

Fig. 5. — 1, ventouse ouverte, a mâchoires; 2, une des mâchoires grossie.

Fig. 6. — Sangsue ouverte : a, ventouse antérieure, b, ventouse postérieure, c, anus,.. d, estomacs, œ, œsophage, i, intestin, s, glandes de la peau.

reur. Dans les régions chaudes de l’ancien et du nouveau monde, vivent, au milieu des broussailles, des sangsues qui attaquent le voyageur, aussi bien que le cheval qui le porte et les sucent très-souvent l’un comme l’autre, sans qu’ils s’en doutent.

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HofFmeister fait lo récit suivant au sujet de petites sangsues de l’ile de Ceylan : Il s’était amusé un soir à recueillir des insectes phosphorescents qui voltigeaient autour de lui en quantité considérable ; en entrant ensuite dans une chambre éclairée, il s’aperçut qu’il y avait des stries de sang sur ses jambes, depuis le haut jusqu’en bas. C’était l’effet de la morsure des sangsues. Ces botes me firent, dit-il, une pénible impression dont le souvenir fut plus tard horrible. Cette meme sangsue, qui porte le nom de HirucLo tagalla ou Ceylanica , vit dans les broussailles et dans les bois aux îles Philippines. Là aussi, elle attaque les chevaux aussi bien que l’homme. On a signalé également sa présence sur la chaîne de l’Himalaya, à 1 1 ,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Le Japon et le Chili possèdent aussi des sangsues terrestres. La Cylicobdella lombricoïdes est une sangsue aveugle qui a ôté trouvée au Brésil, dans la terre humide, par Fr. Muller.

Les sangsues aquatiques sont toutefois plus connues, et, à part quelques exceptions , les accidents qu’elles produisent sont peu à redouter. En Algérie, il n’est pas rare, disent les médecins militaires, de voir des soldats avaler, en buvant de l’eau de source, de petites sangsues, qui peuvent causer des accidents. Nous trouvons, dans des rapports officiels, que les soldats français eurent souvent à souffrir, pendant les cam-

pagnes d’Egypte et d’Algérie, d’une sangsue aquatique (Ilœmopis vorax ), qui envahit la bouche ou les fosses nasales, et ne respecte pas plus l’homme que les chevaux, les chameaux et les bœufs. La sangsue découverte par le I)r Guyon sous les paupières et dans les fosses nasales du Iléron crabicr à la Martinique , est probablement un monostomo et non une hirudinée. On a signalé aussi des hirudinées sur les Reptiles et les Batraciens. M. Baird en a fait connaître une qui vit sur les Tortues marines sous le nom de Eubranchella. ( E . Branchiata.) Say en a vu également une sur un Chélonien et d’autres sur des Tritons et des Grenouilles. Mais c’est surtout sur les poissons que ces vers sont communs, et on ne peut refuser la qualification de vrais parasites à la plupart d’entre eux.

Nous en avons décrit toute une série qui hantent les poissons marins, surtout le bar, le loup de mer, le flétan, la barbue et différents gades. A. E. Verrilz a publié l’année dernière la description de plusieurs espèces d’Hirudinées américaines, parmi lesquelles nous en voyons deux qui habitent un poisson (F undulus pisculentus) du West-River, près New-Haven. On trouve aussi une grande et belle espèce sur les Raies, et que l’on connaît sous le nom de Pontobdelle. Un naturaliste tort habile, M. Vaillant, en a fait dernièrement l’objet de ses études. M. Baird a fait connaître, en 1869, quatre nouvelles Pontobdclles, une de la côte d’Afrique, deux du détroit de Magellan et une d’Australie, provenant d’un Rhinobate. Mais les plus intéressants, sous tous les rapports, sont les Branchel lions qui hantent les poissons électriques connus sous le nom de Torpilles et qui ne craignent pas de choisir une batterie électrique pour séjour. Ces branchellions s’attachent toujours, paraît-il, à la face inférieure du corps, et non aux branchies, comme on l’a cru, et ils se distinguent de tous leurs congénères, par des houppes de filaments, le long des flancs, que l’on a comparés à des branchies lymphatiques. Plusieurs naturalistes distingués ont jugé ces curieux vers dignes de leur attention, et en ont fait l’objet d’observations intéressantes. Un des plus beaux mémoires sur ce sujet est celui de M. A. de Quatrefages. Ce que nous pouvons signaler ici sur leur genre de vie, c’est que ni Leydig ni de Quatrefages n’ont trouvé de globules de sang dans leur cavité digestive. Les branchellions se nourrissent de produits muqueux de la sécrétion de la peau et, au lieu de parasites, nous nous trouvons en présence de vers payant largement la place qu’ils occupent chez leur hôte, en entretenant la propreté de sa peau. Ils doivent être rangés plutôt parmi les animaux qui rendent des services, c’est-à-dire, parmi les mutualistes.

Dans les eaux douces d’Europe, une petite hirudinée charmante de forme et de couleurs, se fixe sur les Carpes, les Tanches et d’autres Cyprinoïdes; c’est la Piscicole géomètre, qui vit également sur le Siluî'us alanis. On la trouve nar*

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lois en si grand nombre, qu’elle forme autour des branchies, une espèce do moisissure vivante, qui finit par faire périr Je poisson. 11 y a différentes sangsues qui hantent des animaux sans vertèbres : Rang a fait mention d’une petite hirudinéc du Sénégal , vivant en parasite dans l’appareil respiratoire d’une Anodonte; Gay a découvert au Chili une hirudinôc dans la poche pulmonaire d’une Auricule, et une autre

sur 1 s branchies d’une Ecrevisse (Branchiobdella Chilensis). M. Blanchard a mentionné une Malacobdclle dans les branchies de la Venus exoleta; et l’on sait, depuis le siècle dernier, que la Mya truncata de nos côtes loge également une Malacobdclle toujours couchée sur le pied de l’animal. C’est l’hirudinéc dont nous avons parlé plus haut, et qui fait la transition aux Trématocles.

A côté des Hirudinéos on trouve des vers de fort petite taille, transparents, hérissés de lames et de piquants de toutes les formes et qui sont excessivement répandus partout dans l’eau douce. On les a désignés sous le nom de Naïs. Leur transparence est si complète que l’on peut voir fonctionner tous leurs organes à travers l’épaisseur de la peau. — Ils ont été l’objet de plusieurs travaux remarquables.

Ils vivent librement entre les feuilles de Lcmna ou d’autres plantes aquatiques; mais il y a une espèce, moins bien partagée que les autres, qui réclame le secours des Limnées et vit à leurs dépens. — C’est à cause de cette espèce, dont on a fait le genre Chœtogaster , que nous les citons ici. Leurs longues soies sont de véritables hallebardes qu’ils dirigent avec une rare habileté pendant l’attaque comme pendant la défense.

Parmi les parasites libres se trouvent plusieurs animaux articulés fort importants, que le naturaliste, pas plus que 1(3 médecin, n’est en droit de négliger. Quelques-uns pullulent avec une rapidité effrayante sur la peau qui les héberge et leur nom seul suffit à inspirer du dégoût, sinon de l’horreur; d’autres vivent comme les sangsues aux dépens de divers animaux, sans cependant les habiter. Il y en a même plusieurs qui ont

suivi leur hôte partout et que l’on redoute non sans raison. — De ce nombre sont les Cousins, les Puces, les Poux, les Punaises et un grand nombre d’autres, parmi lesquels nous ne devons oublier ni les Acarides, ni ces singuliers parasites des Chauves-Souris, qui ne ressemblent pas mal à des araignées nageant au milieu des poils. Il y aurait des volumes à écrire sur l’organisation et les mœurs de ces parasites ; pour le naturaliste, cette engeance n’inspire pas plus de dégoût que le ver de terre de nos plates-bandes, ou les Salamandres des endroits marécageux. Chacun remplit son rôle selon sa conformation, et le plus abject en apparence n’est pas toujours le moins utile.

Nous choisirons au milieu de ces parasites quelques diptères parmi lesquels il y a plusieurs buveurs de sang. Ceux que l’on appelle communément mouches se divisent en deux groupes sous le nom de Nemoceres et de Brachycères ; plusieurs ne vivent que de sang et sont plus redoutables que le lion et le tigre; il y a plus d’une contrée où l’homme tient tête

à ces redoutables carnassiers, mais où il est complètement impuissant et sans armes contre ces insectes.

C’est dans les némocères que se trouvent les cousins ( Cidex pipiens) ces brillants enfants de l’air , à pattes grêles et déliées, à ailes membraneuses et délicates, dont la têtu porte des antennes plumeuses d’une rare élégance. Ils sont connus dans l’ancien comme dans le nouveau monde et, dans les pays méridionaux, on est obligé de se garantir contre leur atteinte nocturne par des moustiquaires. Aux Antilles ils portent le nom de maringouins et dans les pays chauds on ne les connaît guère que sous le nom de moustiques. Ils sont encore désignés sous les noms de Gnats , Miclges , Black- fîtes, Mosquitos, Zanzare, etc. d’après les localités; mais, comme on le pense bien, ces noms ne désignent pas toujours le même insecte. Les moustiques des colonies françaises sont

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souvent des Similies. A Madagascar et à Elle de France vit le cousin Bigaye.

Dans le détroit de Davis, au soixante-douzième degré, le docteur Dessels, à bord du Polaris , fut obligé d’interrompre ses observations à cause de ces insectes. On en a vu en grand nombre jusqu’au quatre-vingt et unième degré. Indépendamment des cousins on trouvait, à cette meme latitude, des Chi ronomus , des Corcthra et des Trichocera. Comme le docteur Bessels a pu sauver du Polaris quelques petites collections d’insectes, on saura bientôt le nom des espèces qui vivent à ces hautes latitudes. On prétend que les Esquimaux , les Lapons, s’enduisent la peau d’une couche de graisse, autant pour se soustraire à la piqûre des cousins que pour atténuer l'effet du froid.

« Le cousin est un fléau depuis juin jusqu’aux premières gelées, dit M. Thoulct, en parlant de son séjour parmi les Chippeways. Il rend le pays inhabitable, et l’on est tellement épuisé par ce supplice, qui ne cesse ni jour ni nuit, et par la perte de sang, suite de leurs piqûres, qu’on arrive à accomplir sa tâche quotidienne par habitude ; on ne peut plus ni parler ni penser. Quand les moustiques disparaissent, les Black-flics arrivent; le moustique pompe une goutte de sang et s’envole ; la mouche noire mord et taille une blessure qui saigne. »

De Saussure a signalé des rapports curieux qui existent au Mexique entre un oiseau, un mammifère et un insecte. Les taureaux s’enfoncent dans le limon, dit ce savant voyageur, pour se soustraire aux attaques des cousins, ne laissant à l’air que le bout des naseaux sur lequel s’établit un charmant oiseau, le Commandeur ; dans cette position le Commandeur guette au passage le Maringouin assez hardi pour fondre dans les narines du ruminant.

Les cousins sont parasites au même titre que les sangsues, puisqu’ils sucent comme elles le sang et se nourrissent aux dépens des autres. Il y a toutefois cette différence que les femelles seules sont avides de sang; à son défaut, elles

vivent comme les mâles du suc des fleurs. Une autre différence , c’est que ces insectes sont complètement innocents jusqu’à ce qu’ils aient des ailes, et, s’ils vivent pendant assez

longtemps, sous leur première forme, dans la terre humide ou dans l’eau, la durée de la vie comme insectes parfaits est de courte durée. Nous n’avons à nous inquiéter ni de ces larves mobiles qui pullulent dans les eaux stagnantes ni de ces chrysalides qui flottent immobiles dans leur sépulcre

lit

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naturel. Nous reproduisons ci-dessus la figure d’une larve de cousin. Les femelles seules percent la peau à l’aide d’une tarière dentelée au bout, sucent le sang et, avant de s’envoler, distillent un liquide vénéneux au fond de la plaie. Cette morsure paraît avoir un effet anesthésique qui se fait sentir seulement quelque temps après. — La petite région mordue paraît chloroformée.

Ces parasites paient par une méchanceté le secours qu’ils ont exigé.

A côté des cousins , qui appartiennent à la famille des Culicidés , se trouvent encore des Ceratopogon et surtout le Simulium molestum , connu dans l’Amérique du Nord sous le nom de black-flies , the tormenting black-flies of this country , disent les Américains. Certains Ncmocèrcs, connus sous le nom de Rhagio , font également fuir l’homme et les animaux; ils sont fort petits, s’introduissent dans les narines et aveuglent en s’introduisant dans les yeux des animaux. A côté de ces insectes nuisibles, nous en trouverons de dangereux pour la vie des animaux et qui sont un fléau véritable dans certains pays. — Les nombreux voyageurs qui explorent l’intérieur de l’Afrique, nous ont presque tous parlé d’une mouche qui s’attaque aux bètos de somme et les fait périr en quelques heures de temps; c’est le Tsetsé, Glossina morsitans. Plus d’une expédition a manqué par la présence de ce diptère. C’est lui qui obligea Green d’abandonner son plan de gagner Libédê en lui faisant perdre successivement toutes ses botes de somme et de trait. C’est surtout le cheval, le bœuf et le chien que cette terrible mouche attaque entre lo 22° et le 28° longitude et du 18° au 24° de latitude sud. Elle ne produit heureusement pas d’effet sur l’homme. Il y a une autre mouche au Mexique qui n’est pas sans danger pour l’homme ; elle est connue sous le nom de Musca hominivora, ou mieux Lucilie hominivore. Vorcammer, médecin militaire de l’armée belge, rapporte qu’un soldat a eu au Mexique la glotte enlevée, les piliers déchiquetés et le voile du palais échancré comme si un emporte-pièce avait été placé sur ces organes. Ce soldat avait

craché plus de deux cents larves de cette mouche. Nous donnons ci-jointe la figure do la larve et de la mouche. Il avait trouvé cet homme malade dans le Michoacan, à 1,866 mètres d’altitude, entre Mexico et Morelia.

Fig. 9. — Lucilie liominivore. Fig. 10. — Lucilie hominivore, larve.

Mon gendre le docteur Vanlair m’indique l’acide citrique ou le jus de citron comme un moyen efficace de détruire ces insectes. On en fait des injections dans les fosses nasales.

Au Brésil, dans la province de Minas Geraes, on donne le nom de Berne à une mouche qui attaque l’homme et le bœuf depuis le mois de novembre jusqu’au mois de février. — Elle dépose, sans qu’on s’en aperçoive, ses œufs dans les lombes, les bras, les jambes ou meme le scrotum, et sa présence détermine bientôt de la rougeur, puis une démangeaison et du gonflement avec apparition de pus.

Parmi ces insectes buveurs de sang, il s’en trouve un qui est connu de tout le monde, c’est le Taon, Tabanus bovinus. — Heureusement il ne s’attaque guère qu’aux bœufs et aux chevaux. Nous reproduisons ici la figure de l’insecte, les pièces de la bouche et une antenne.

C’est dans ce meme ordre de diptères que se trouvent les mouches ordinaires , parmi lesquelles on distingue facilement les trois espèces que nous représentons ici et qui diffèrent autant par leurs caractères extérieurs que par leur genre de vie.

Une autre mouche s’attaque également aux bœufs et aux chevaux, quelquefois même à l’homme, l’Asile crabroniforme,

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dont les blessures font parfois jaillir le sang. Les martinets,

Fig. 11. — Taoa des bœufs.

Fig. 12. — Antenne du taon des bœufs.

ccs oiseaux crépusculaires, qui volent par bandes au-dessus

Fig. 14. — Mouche caruassièce. Fig. 15. — Mouche domestique.

logent habituellement une nombreuse vermine parmi laquelle

VAN BENEDENi 8

Fig. 13. — Mouche bleue.

des maisons, en décrivant des cercles et poussant des cris aigus,

on reconnaît une mouche assez grande qui a tout l’air d’une araignée, c’est YOrnithomya hirunclinis. Elle circule entre les plumes avec une désinvolture rare et n’est pas confinée sur le meme oiseau ; elle quitte son hôte pour s’établir sur un autre et se jette quelquefois sur l’homme pour sucer son sang. Il y a quelques années, ces insectes avaient pénétré au milieu de la nuit par les fenêtres ouvertes, dans une salle de l’hôpital militaire de Louvain, et le matin la peau de plusieurs malades et surtout les draps de lits, étaient couverts de taches de sang. Le médecin m’envoya quelques-uns de ces insectes, ne sachant trop d’où ils venaient ni s’ils étaient cause des accidents qui étaient survenus. Pendant la nuit, ces ornithomyes avaient quitté leurs hôtes pour s’abattre sur les soldats.

Il y a un de ces insectes, le Syrphe ceinturé, Syrphus balteatus, qui à l’état de larve saisit les pucerons du rosier et les suce avec une rare avidité. Mais cela n’est pas plus précisément du parasitisme, que ces plaies de blessés qui se couvrent de larves, comme on en a vu de tristes exemples pendant la guerre de Crimée. Ce sont des mouches qui déposent leurs œufs dans le pus , comme elles le font dans toute substance animale en décomposition. On dit même que ces insectes , trompés par l’odeur des fleurs de l’Arum , vont déposer leurs œufs sur le pistil de ces fleurs. On a donné le nom de Myasis à la présence de ces larves dans une plaie.

Tout le monde sait que les chauves-souris sont souvent littéralement couvertes de vermine. Parmi les divers parasites qui hantent ces petits mammifères, se trouve, outre les Acarides, un Pteroptus d’une agilité extrême, qui a l’air de nager entre les poils et offre l’aspect d’une petite araignée ou d’un crabe microscopique. Il y a peu de chauves-souris sur lesquelles on n’en trouve quelques-uns, et nous en avons vu quelquefois en telle abondance, qu’on n’aurait pu atteindre un poil sans en toucher. Cette espèce commune a été appelée Pferoptus vespertilionis. Elle est constamment en mouvement et

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se glisse entre les poils comme une taupe clans un terrain sablonneux.

A côté de ces Pteroptus, vit un parasite d’une taille de géant, qui se faufile entre les poils avec une dextérité non moins grande et porte le nom de Nyctéribie. Cet insecte a de longues pattes comme une araignée et plonge profondément dans la fourrure. Les Nyctéribics ne sont connues que sur les chauves-souris. Elles sont souvent associées sur ces animaux à des puces et à des Acarides. M. Westwood a fait leur monographie. Tout récemment, notre confrère, M. Plateau, en a fait connaître une espèce nouvelle dans les bulletins de l’Académie de Belgique.

Parmi les insectes que l’homme redoute avec beaucoup de raison et qui le poursuivent partout, se trouve un Hémiptère connu de tout le monde sous le nom de Punaise, Cimex lectularia. On prétend qu’avant l’incendie de Londres, en 1666, cet insecte était inconnu dans la capitale de la Grande- Bretagne. D’après quelques entomologistes, il a été introduit en Europe avec des bois venus d’Amérique. Il suffît de Fls' 16‘ ~ Punaise des hlsfaire mention ici des cimex ; leurs congénères sont généralement parasites de plantes et vivent de sève.

C’est à ce meme ordre d’insectes qu’appartient le singulier hémiptère de nos étangs, connu sous le nom de Notonectes. Il a des pattes pour nager et d’autres pattes pour courir et il nage avec rapidité le ventre en l’air. C’est un voisin dangereux pour tout ce qui a vie. Toujours avide de sang, il attaque les grands comme les petits, et suce le sang de sa victime jusqu’à la dernière goutte ; il faut le surveiller de près quand on le met dans un aquarium.

Les poux dont nous allons dire quelques mots et qui sont aussi des parasites libres se rattachent à une autre catégorie d’insectes. Leur bouche est formée d’un suçoir en gaine non articulée, armée à son sommet de crochets rétractiles, dont l’in-

térieur porte quatre soies. Ils ont les pieds grimpeurs, terminés par une pince avec laquelle ils saisissent les poils des animaux sur lesquels ils vivent; leurs œufs sont connus sous le nom de lentes. Nous représentons fig. 17, 18, 19 l’insecte complet, la tète , le suçoir et une patte plus fortement grossie.

Les poux éclosent au bout de cinq à six jours, et se reproduisent au bout de dix-huit jours. Leeuwenhoek a calculé que deux femelles peuvent devenir grand’mères de 10,000 poux en huit semaines de temps. Ils sont tous parasites de mammifères, et trois espèces vivent aux dépens de l’homme, le pou de la tète dont Swammerdam a donné une description détaillée dans son ouvrage intitulé Biblia naturæ. Le pou

du corps vit sur le corps des gens malpropres, et forme une espèce distincte ; enfin , la troisième espèce est le pou des malades , qui occasionne la maladie dite pédiculaire ou Phtiriasis. Anciennement ces insectes étaient beaucoup plus répandus qu’ils ne le sont

aujourd’hui. En 1825, le docteur Sichel en a publié une monographie, et en 1871 a paru dans la Gazette médicale un long article sur l’histoire de la Phtiriasis. On cite de grands personnages qui auraient succombé à leur invasion, mais ces observations datent d’une époque où l’on croyait à leur formation de toutes pièces. Il est en effet difficile d’admettre que l’on ait jamais vu, comme on l’a dit sérieusement, sortir les poux du corps de l’homme, comme une source qui sort de terre. Un médecin du xvie siècle, Amatus Lusitanus parle d’un grand seigneur portugais tellement couvert de poux, que deux de scs serviteurs n’étaient occupés qu’à les recueillir pour les porter à la mer. Andrew Murray a écrit un mémoire sur les poux des différentes races humaines.

On avait proposé le nom d’ Helminthiase pour la maladie des vers en général, et d’ Helminthiase téniacée ou lombricoïdicnne, d’après l’espèce qui avait fait son apparition. Ces

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parasites étaient censés s’etre 'formés spontanément, et leur présence constituait un état pathologique , deux erreurs qui ront été reconnues dans ces derniers temps et dont la médecine fait son profit.

Le Phtirius du pubis est une autre espece qui n’a été signalée que sur la race blanche et s’attache surtout aux poils des organes sexuels. Leur corps est plus large et plus court que celui des autres espèces. M. Grimm a publié dans les

Fig. 8. — Pou de la tôle ; 2, 3, suçoir. Fig. 19. — Pou de la lèle, patte.

Bulletins de l’Académie de Saint-Pétersbourg, un travail intéressant sur l’embryogénie de cet insecte, et plus récemment, M. L. Landois, de Greifswald, en a fait une étude complète.

Nous allons nous occuper maintenant d’insectes parasites dont le nom est ordinairement associé au précédent ; ils sont bien connus de tous et attaquent avec non moins d’acharnement l’homme et les mammifères : nous voulons parler des Puces, qui diffèrent des Cousins en ce que le mâle est tout aussi avide de sang que la femelle, et que l’un comme l’autre se bornent, comme la sangsue, à le boire; en outre, les larves des puces ne vivent que de ce que les adultes leur apportent, tandis que les larves des cousins vivent de leur industrie : la puce mère suce pour elle d’abord, puis partage avec scs larves

sans pattes. Pendant fort longtemps on a pensé que les puces des divers animaux appartenaient à une seule et meme espèce et que par conséquent la puce de l’homme ne différait en rien de la puce du chien ou du chat. Daniel Scholten, d’Amsterdam, a fait connaître dès 1815, par des observations microscopiques, les différences que présentent ces parasites entre eux, et c’est en 1832 que Dugès, de Montpellier, s’est occupé de la distinction de ces espèces. Nous trouvons les observations de Scholten dans les Matériaux pour une faune de la Néerlande , par R. T. Maitland.

La puce ordinaire est appelée Puce irritante , et attaqueparticulièrement l’homme en Europe et dans le nord de l’Afrique ; c’est pour ainsi dire une mouche sans ailes ; elle forme avec ses congénères une famille distincte sous le nom de Pulicidés. Van Helmont a parlé de ces insectes, et a publié une recette pour en composer, tout comme s’il s’agissait de préparer une pommade. A cette époque, les naturalistes croyaient que certains poissons pouvaient encore se former, de toutespièces , et qu’il suffisait d’une fermentation , pour faire sortirun monde vivant de cette désagrégation moléculaire. Les puces auront peut-être un jour une place dans l’officine des pharmaciens à côté des sangsues ; nous ne voyons pas pourquoi l’on ne ferait pas de saignées homœopathiques , puisqu’on a des médicaments homœopathiques ; nous aurions certainement plus de confiance dans les effets de morsures de puces que dans l’efficacité de remèdes divisés par millionièmes.

Les puces diffèrent beaucoup sous le rapport de la taille,, d’après les endroits qu’elles habitent. Dugès, de Montpellier, nous en a cité un exemple curieux. Il s’est livré à des recherches sur les caractères zoologiques du genre, en faisant une étude des quatre espèces les plus connues, Pulex irritans de l’homme, Pulex canis , du chien, Pulex muscule de la souris et Pulex vespertilionis , de la chauve-souris. On rencontre communément sur la plage sablonneuse de la Méditerranée, du moins au voisinage de Cette et de Montpellier*,

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des puces d’un brun presque noir et d’une énorme grosseur; la mouche commune n’a pas le double de leur taille. Ce sont des puces humaines, et leur présence à la plage pendant les chaleurs de l’été n’est duc qu’au grand nombre do baigneurs et de baigneuses de toute classe qui y déposent leurs vêtements. Si un jour ces insectes étaient placés au rang des espèces officinales, il faudrait choisir ces plages, et il est à supposer, qu’en les croisant avec intelligence, on parviendrait bientôt à créer des races qui pourraient rendre de véritables services ; maisjusqu’à présent la thérapeutique n’a tiré parti que des sangsues. Depuis que nous avons vu ces insectes attelés et faisant des exercices en public, on ne peut pas dire que l’avenir ne nous

Fig. 20. — Fuce de l’homme. Pulex irritans, d’apr&s Blanchard.

réserve pas quelque surprise. Personne de nous n’a oublié cette exhibition de puces savantes faite par une demoiselle, qui avait eu la patience de les dresser. Walckenaer les a vues à Paris et les a examinées avec ses yeux d’entomologiste ; il raconte que trente puces faisaient l’exercice pendant des soirées pour lesquelles on payait la somme de 60 centimes; que ces puces se tenaient debout sur leurs pattes de derrière, armées d’une pique qui était un petit éclat de bois très-mince ; quelques-unes traînaient une berline d’or, d’autres un canon sur son affût, et toutes

étaient attachées avec une chaîne d’or par leurs cuisses de derrière. Il est fort curieux de voir Lceuwenhock écrire , il y a

deux siècles , l’histoire de la puce avec des détails que

l’on

saurait à peine surpasser. Il a observé toute leur anatomie, telle qu’on pouvait la faire avec des instruments de son époque (1694), et ses descriptions sont accompagnées de fort bonnes figures ; il les a vues s’accoupler, pondre des œufs, et a suivi leur développement.

Les plus belles puces pour leur taille comme pour leurs formes habitent les chauves-souris. On trouve souvent des puces sur les chevaux. En 1871, un colonel de cavalerie, à son retour de la frontière, me fit parvenir de ces insectes, avec prière de les examiner. Il ajoutait que les chevaux de son régiment étaient littéralement mangés par eux. C’était l’Hematopinus tenuirostris. Il y en a une espèce particulière sur les singes, que M. Paul Gervais a fait connaître sous le nom générique de Pedicinus.

Au commencement du siècle dernier, un médecin a attribué la cause de la plupart des maladies à des insectes microscopiques , et donné la figure de 90 espèces qui sont supposées produire, les unes la rougeole , les autres le rhumatisme et la goutte, la jaunisse et le panaris. Presque toutes ces figures représentent des êtres fantastiques. Dans ces derniers temps, cette doctrine a reparu, et combien n’a-t-on pas vu de personnes fumer du camphre pour se préserver de l’invasion des animalcules. Je ne parle pas des appareils que l’on a préconisés, pour ne respirer que de l’air tamisé et dépouillé de ses germes vivants.

Il y a des articulés à quatre paires de pattes, des araignées microscopiques qui doivent prendre rang ici; ce sont les nombreux Acarus qui hantent en parasites divers animaux. Parmi eux, les uns vivent librement à la surface de la peau, les autres dans des galeries sous - épidermiques , et plusieurs passent sans changer de forme ou de genre de vie d’un animal à l’autre. Le nombre en est considérable; aucune classe du règne animal ne leur échappe, pas plus les animaux aquatiques que les animaux terrestres, pas plus les vertébrés que es invertébrés. Ces parasites appartiennent pour la plupart à la même famille et causent par leur présence une maladie

PARASITES LIBRES A TOUT AGE 121

que l’on a longtemps regardée comme spéciale à la peau. Un naturaliste anglais, M. Georges Johnston, a fait une étude particulière des acaridcs parasites et libres du Berwickshire. M. Ehlersa écrit sur les Acaridcs des oiseaux un travail fort intéressant accompagné de belles figures, dans les Archives de Troschel. Il y a plus d’une espèce qui vit aux dépens de l’homme , et une d’elles produit une maladie connue dans tous

les pays et de tout temps sous le nom de gale. Jusqu’en 1830, Fis* -1* ” sarcopte commun ou

° u 7 acarus mâle de la gale, vu par sa

on en ignorait encore la vraie face inférieure.

nature ; ce n’est pas une affection de la peau , comme on le

croyait, mais uniquement le résultat de la présence de ces

Fig. 22. - Sarcopte commun femelle Fig. 23. - Sarcopte commun mâle vu

vue par sa face dorsale. par sa facc dorsale.

animalcules. Le directeur de l’hôpital spécial des maladies de la peau à Paris était si convaincu que les acaridcs ne sont

pas la cause de la gale, qu’il avait offert un prix à celui qui au* rait montré ces insectes. Un élève en médecine, Corse de naissance, avait eu l’occasion de voir faire la chasse des galeux dans son pays et montra le premier, en 1834, la véritable cause de la maladie. Un élève interne avait figuré, dans une thèse qu’il avait soutenue à Paris devant la faculté de médecine, l’acarus du fromage pour celui de la gale, et cette erreur avait fait supposer que l’espèce propre de la gale n’existait pas. Nous reproduisons fig. 21, 22, 23 le dessin fort grossi du mâle et de la femelle (1). Comme on le pense bien , tout le traitement pour se guérir de la gale consiste à faire disparaître les animalcules et leurs œufs, et à nettoyer la peau et les habits. On a préconisé, et avec raison, l’huile de pétrole pour détruire les acarus, mais le remède qui semble avoir le plus d’efficacité est le Baume du Pérou.

La plupart des mammifères ont leurs espèces d’acarus propres et le cheval en porte meme deux qui donnent naissance à deux gales différentes. Puisque la présence de ces animaux constitue la maladie, celle-ci peut facilement se transmettre et l’homme peut la communiquer à des animaux domestiques , comme les animaux domestiques peuvent la lui communiquer. L’acarus de la gale de l’homme porte le nom de Sarcoptes spabiei et seules les espèces du genre Sarcopte peuvent se communiquer des animaux à l’homme. Ces animalcules ont fait, à diverses époques, l’objet de recherches suivies de la part de plusieurs naturalistes , et dernièrement le docteur Füestenberg a publié un in-folio, sous le titre de die Kràtzmilben der Menschen und Thiere , avec grandes planches lithographiées et des figures dans le texte. Il n’est jjas impossible que la maladie pustuleuse qui règne à Sierra- Leone ait pour origine un acaride particulier.

Un autre acaride parasite de l’homme, VAvgas de Perse r

(1) Hardy, dans ses Leçons sur les maladies de la peau (Paris, 1863), consacre un chapitre spécial aux maladies parasitaires et fait l’historique complet de l’acarus de la gale.

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est heureusement inconnu en Europe. Il est commun, dit-on, à Miona et attaque de préférence les étrangers. Scs piqûres produisent de vives douleurs et des voyageurs assurent qu’il peut donner la mort. Il reste peu en place et c’est surtout pendant la nuit qu’il fait son apparition. On l’appelle aussi Punaise de Miona. Fischer de Waldheim a publié une notice fort intéressante sur ce parasite. Justin Goudot a observé un autre argas [A. Ghinche ) qui tourmente également l’espèce humaine, en Colombie, dans la région tempérée.

Ces arachnides, car ce sont des articulés à quatre paires de pattes, apparaissent souvent là où l’on ne croirait pas trouver un organisme vivant, et, dans plus d’une circonstance et de la meilleure foi du monde, des naturalistes ont cru observer de ces mites formées directement sans parents. Nous en avons vu un exemple remarquable dans Y Acarus marginatus de Hermann. Le 18 Thermidor an II, on fit à Strasbourg l’autopsie d’un individu mort d’une fracture du crâne, et, en ouvrant la dure-mère , on vit courir sur le corps calleux un acarus qui devint le type de l’espèce. L’apparition de cet acarus dans ces conditions fit , comme on le pense , grand bruit à cette époque, mais nous ne serions pas surpris qu’il eut été introduit là pendant l’autopsie , par une mouche qui cherchait à déposer ses œufs.

C’est encore dans ce groupe que se trouve un acarido qui nous intéresse, puisqu’il se développe chez l’homme dans les cryptes sébacés des ailes du nez. On lui a donné le nom de Simonea à cause du docteur Simon de Berlin qui en. a fait une étude spéciale. Ce genre conduit par sa forme aux Linguatules, dont la structure a été pendant si longtemps douteuse. Le Simonea folliculorum appartient à la famille des D émodicides. Le chien nourrit un demodex (D. Caninus) qui fait tomber les poils. 11 y a quelques années, les moutons ont été attaqués en Belgique par un acaride, VIxoclcs reduve qui avait été introduit d’un pays voisin et s’était multiplié avec une rapidité effrayante. Packard a fait connaître également un Ixodes bovis sur YErethizon epixanthus et sur le

Lepus Bairdii , et un Argas americana sur du bétail, venant du Texas, dans le sixième rapport de l’United States geological Survey. (1873.)

D’après les observations de M. Megnin, les Tyroglyphes, les Hypopus, les Homopus et les Trichodactyles sont des formes transitoires qui ne doivent pas être conservées comme divisions génériques parmi les acariens. Nous avons trouvé sur la petite chauve-souris (Pipistrelle) un acaride (Caris el~ liptica) et un Ixodes nouveau, dont nous avons fait mention dans un mémoire spécial sur les parasites des Chéiroptères. M. Lucas a recueilli un Ixode d’une chienne et l’a tenu assez longtemps en vie pour le voir pondre trèsdistinctement des œufs qui sont sortis par un oviducte. Ces œufs formaient des masses attachées à l’abdomen de la mère. h y a aussi sur les oiseaux, un acarus (Dermanyssus a vium) qui se propage avec une si grande rapidité qu’il épuise complètement ceux sur lesquels il s’établit. On l’a vu accidentellement sur l’homme. On cite l’exemple d’une femme qui ne pouvait se débarasser de ces parasites, par la raison qu’elle passait tous les jours devant son poulailler pour se rendre à la cave, et ces oiseaux effrayés faisaient tomber sur elle une pluie d’acarides. Il n’y a pas longtemps , on a parlé à l’Académie de Médecine de Paris d’un sarcopte (S. mutans) qui produit une maladie chez les oiseaux de basse-cour, surtout le coq et la poule, et qui se transmet de la volaille au cheval et à d’autres animaux domestiques. Ce sarcopte se loge de préférence sous l’épiderme des pattes. Les reptiles ne sont pas à l’abri de ses attaques , car on en voit assez souvent sur les lézards et les serpents. Nous en avons trouvé un fort curieux sur la peau d’un gecko du midi de la France.

Plusieurs insectes sont toujours couverts de certaines espèces d’acarides. Il n’y a pas un entomologiste qui ne sache que le corps du Bousier en possède toujours sous la forme do petites perles vivantes qui s’agitent surtout sous l’abdomen. Il en est do même d’un petit coléoptère que l’on voit toujours en abondance partout où il y a quelque matière en décomposition.

PARASITES LIBRES A TOUT AGE

Léon Dufour s’est livré à l’étude de quelques parasites d’insectes et cite entre autres une espèce de muscide, la Limosina, lugubris , qui n’atteint pas tout à fait une ligne de longueur, et qui héberge jusqu’à quinze ptéroptes sous son abdomen.

Les abeilles qui nous donnent leur cire et leur miel, en échange de l’abri que nous leur offrons , trouvent leur ennemi mortel dans un acarus, qui s’attache à elles, non pour les exploiter, mais pour leur donner la mort. Ce n’est plus un parasite c’est un assassin , et nous pouvons nous dispenser d’en parler. Nous avons trouvé des acarides sur les polypes campanulaires et sertulaires de nos côtes et nous en avons décrit, il y a quelques années, un fort curieux, qui habite la baleine australe au milieu de Cyames et de Tubinicelles. Les Anodontes de nos étangs ainsi que les Unio ont, corn-

Fig. 24. — Hydrachne géographique

munément, la peau du pied et celle du manteau incrustées d’acarus de tout âge auxquels on a donné le nom d'Atax y psi lophora. Les espèces qui habitent les Anodontes ne sont pas les memes que celles qui habitent les Unio, et M. E. Bessels, le même qui est si heureusement revenu de son voyage au pôle nord, à bord du Polaris, a vu l’espèce des Anodontes se croiser avec l’espèce des Unio.

Tl y a aussi des Arachnides qui ne sont parasites que dans le jeune âge, comme les Trombidions et certains Hydrachnes

(fig. 24) qui fréquentent des animaux aquatiques. Le Lepte automnal , connu en France, du moins dans quelques localités, sous le nom de Rouget, est un acarien qui se jette

sur l’homme et s’attache surtout à la racine des poils. Il n’est heureusement connu qu’à la campagne ; VAcarus ( Cheyletus ) eruclitus (fig. 25) vit sur des livres, sur des collections, sur des fruits et toutes sortes de corps plus ou moins humides, placés dans des lieux obscurs ; il a été étudié par Van der IToeven. M. Leroy de Méricourt a trouvé dans le pus, qui s’écoulait de l’oreille d’un marin, des acarides que M. Robin rapporte au genre Cheyletus , plutôt qu’à celui des Acaropses.

Fig. 2o. — Cheyletus eruditus.

PARASITES LIBRES DANS LE JEUNE AGE

Nous avons réuni clans le chapitre précédent les animaux qui vivent aux dépens de leurs voisins, sans réclamer autre chose que le couvert. Ils pillent leur proie au passage, se nourrissent du sang de leurs voisins, mais ne songent, à aucune époque de la vie, à s’installer dans leurs organes. Ils sont presque aussi carnassiers que parasites et ne diffèrent des premiers, que parce qu’ils laissent la vie sauve à leur victime. Ils diffèrent des parasites ordinaires en ce qu’ils se contentent du vivre, et leur toilette, dès leur entrée dans le monde, est celle des animaux libres. Ceux dont nous allons maintenant esquisser l’histoire vivent librement comme les précédents pendant toute la durée du jeune âge; comme eux, ils sont complètement indépendants à la première époque de la vie; mais, arrivés à l’âge adulte, quand surviennent les soins sans fin que réclame la progéniture , ils s’installent chez un voisin , changent de costume , et s’accommodent de leur mieux du nouveau logement qu’ils ont choisi. Entre le jeune âge et l’âge adulte on ne trouve souvent plus la moindre ressemblance. Tous ces parasites ont mené joyeuse vie avant de choisir l’hôte qui va leur servir de cellule : mais, si dans plusieurs espèces on voit les deux sexes se cloîtrer, on en connaît aussi dont la femelle seule réclame du secours , ce qui n’étonne guère, puisqu’elle

seule porte toutes les charges de la famille qui seraient audessus de ses forces, et compromettraient la vie de sa progéniture si elle ne recevait aide et protection.

L’hôte n’est pas sans ressemblance avec un hospice do maternité, surtout quand la femelle réclame seule, et pour elle, le gîte et les vivres; ce qui n’arrive pas toujours. On voit, en effet, dans un assez bon nombre de Lernéens, lo mâle microscopique passer inaperçu sur sa femelle, et, s’il renonce à sa vie de garçon , celle-ci va le nourrir de son propre sang. Il ne peut y avoir d’époux plus fidèle puisqu’il ne remplit plus que le rôle d’un spermatophore. Nous trouvons un exemple plus curieux encore sous ce rapport et où la dignité du mâle n’est pas moins compromise ; nous voulons parler des Bonellies, vivant librement dans le sable et dont les mâles s’installent parasitiquement dans les organes sexuels de la femelle. Celle-ci vit de sa propre industrie, nourrit son mâle et pourvoit seule à toutes les exigences de la maternité.

Plus loin nous mentionnerons des vers qui vivent librement dans la terre humide et dont la progéniture directe, toute formée de femelles ou d’hermaphrodites , ne saurait exister qu’en parasites. Ces vers ne ressemblent pas à leur mère, mais à leur grand’mère, et si on n’avait suivi leur filiation, on les eût sans doute pris pour des espèces fort distinctes les unes des autres. Ainsi, ce n’est pas toujours toute la descendance qui se modifie; souvent le mâle conserve tous les attributs de son sexe et du jeune âge, pendant que la femelle change complètement d’aspect et d’allure , surtout à l’approche de l’époque où l’intérêt de l’espèce domine l’intérêt de l’individu.

On ne peut voir de formes plus gracieuses et plus régulières, pendant toute la durée de la première jeunesse, que celles de plusieurs de ces parasites, pas d’allures plus disgracieuses, nous allions dire plus bouffonnes, que celles de la plupart de ces parasites adultes. On les prendrait alors pour quelque excroissance difforme ou pour quelque lambeau de chair perdu sur le corps de l’hôte. On trouve un certain nombre d’insectes qui mènent ce singulier genre de vie; mais c’est plus parti-

PARASITES LIBRES DANS LE JEUNE AGE

Gulièrem eut parmi les Crustacés, surtout les crustacés copépodes. Chez presque tous, on rencontre les formes récurrentes les plus bizarres : en effet, ces animaux au lieu de continuer leur évolution, comme la chenille qui devient papillon, reculent plutô qu’ils n’avancent, et acquièrent un aspect et des caractères qui empêchent de reconnaître leur origine. On en connaît plusieurs aujourd’hui dont la gracieuse conformation est si complètement changée, que, sans recourir à l’étude de l’âge embryonnaire, on ne saurait plus à quelle classe ils appartiennent. line reste de tous leurs organes que les appareils sexuels et une peau déformée. Ces curieux parasites vivent aussi à la surface du corps et quelquefois dans la cavité de la bouche, mais le plus souvent chez les poissons sur les lames branchiales Ils ont l’air d’un séton naturel et il n’est pas impossible quo parfois ils n’en remplissent les fonctions.

Nous passerons d’abord en revue quelques Insectes ; puis certains crustacés Isopodes , ordre auquel appartiennent les Cloportes, et dans lequel plusieurs réclament un secours non interrompu ; puis nous nous occuperons des Lernèens qui sur-

passent tous les autres par leurs transformations bizarres et Infinies.

Nous avons à parler d’abord d’un insecte, la Puce chique , dont la femelle seule réclame le logement avec les vivres, le male se contentant, comme ceux du chapitre précédent, de piller sa victime au passage. Ce parasite do l’espèce humaine habite 1 Amérique méridionale, et a reçu le nom de Pulex penetrans ou, d’après la dernière nomenclature, de Rhyncoprion

penetrans. C'est une très-petite espèce qui perce les chaussures et les vêtements avec son bec pointu (fig. 27) et pénètre dans l’épaisseur de la peau ; le mâle (fig. 26) se contente de sucer le sang et redevient vagabond comme les parasites dont nous avons parlé dans le chapitre précédent, tandis que la femelle se choisit un gîte, et prend un embonpoint tellement monstrueux, que l’insecte tout entier n’est plus qu’une dépendance de son

ventre comme on peut le voir par la figure ci-jointe. Cet être est connu surtout parce qu’il s’attaque à l’homme et s’établit communément aux orteils ; mais il se fixe au besoin de la même manière sur le chien, le chat, le cochon, le cheval et la chèvre. On en a vu également sur le mulet.

M. Guy on s’en est beaucoup

Fig. 28. — Puce chique femelle. OCCUpé 5 mais 110US deVOllS ICS

dernières observations à M. Bonnet, médecin de la marine française, qui a fait un séjour de trois ans à la Guyane , et a constaté que la chique ne s’étend heureusement pas au delà du vingt-neuvième degré de latitude sud. Un autre parasite, connu surtout des chasseurs, est la Tique . Ce n’est pas un insecte comme la puce, mais un arachnide, une espèce d’acarus, qui parcourt également les 'dernières phases de son évolution sur la peau d’un mammifère. On l’appelle Ixodes ricinus et le professeur Pachenstecher a soigneusement étudié son organisation. Les tiques attaquent particulièrement le chien , mais se trouvent aussi sur le che- , vreuil, le mouton, le hérisson et même les chauves-souris. Il y a quelques années, il s’était extraordinairement propagé dans les bois du duc d’Arenberg aux environs de Louvain, sur les chevreuils. On les trouve aussi quelquefois sur l’homme. Nous en connaissons deux exemples. Le premier est celui d’une damed’Anvers qui portait une petite tumeur sur l’épaule, que l’on a enlevée et qui renfermait une tique encore vivante. Leeuwen-

PARASITES LIBRES DANS LE JEUNE AGE 131

hoek cite l’exemple d’une femme du peuple qui portait une tique au milieu du ventre. Moquin-Tandon rapporte que Raspail en a trouvé sur la tête de sa fille âgée de trois à quatre ans. Il cite aussi l’exemple d’un jeune homme qui, au retour de la chasse, avait une tique sous le bras, et, sur l’emplacement d’un marché aux moutons, un domestique en trouva, un matin, trois attachées à la peau de son mamelon. Delegorgue parle de trèspetites tiques roussâtres, en Afrique, qui couvrent les vêtements par milliers et produisent d’atroces démangeaisons. On en connaît du reste sur tout le globe et on en compte jusqu’à quatrevingts espèces. Plusieurs Ixodcs américains nouveaux ont été signalés dernièrement par M. Packard, sur le cerf, la marmotte monax, le lepus palustris, etc. Ces arachnides vivent d’abord librement dans les broussailles; mais, après la fécondation, la femelle attaque le premier mammifère qui se trouve sur son passage et s’y établit ; c’est en furetant dans les broussailles que les chiens s’en infestent.

h'Argas reflexus vit sur les pigeons, et se rapproche des Ixodes. R. Buckbolz a étudié dans ces derniers temps plusieurs acarides nouveaux provenant de divers oiseaux.

Si les formes ne sont pas aussi variées chez les Isopodes qu’ailleurs, plusieurs d’entre eux ne présentent pas moins l’aspect le plus bizarre, le faciès le plus inattendu. La plupart des Isopodes parasites s’installent dans la cavité thoracique sous la carapace d’un confrère, et se contentent du peu d’espace qui reste. Après avoir déposé leur bagage, ils se disposent scrupuleusement d’après l’étendue de la loge qu’ils occupent et, plutôt que de gener les branchies , ils soulèvent les parois du céphalothorax en formant une sorte de tumeur qui trahit la présence de l’intrus. Mais on en voit aussi qui ne se contentent pas des cavités naturelles; ils soulèvent des écailles de la peau d’un poisson, perforent ou labourent le derme, ou percent meme les parois de l’abdomen, pour s’établir au milieu des intestins en conservant toutefois une communication avec l’extérieur. Une espèce de cette catégorie, excessivement commune, porte

le nom de Bopyre. Chez les marchands de comestibles , on voit souvent exposées aux vitrines de jolies Salicoques, qui se font remarquer ordinairement par leur belle couleur rosée. En les examinant on aperçoit dans certaines saisons, et en France surtout, que la carapace d’un côté est soulevée, et, si on l’enlève avec quelque précaution , on découvre au-dessous , un corps irrégulièrement aplati , que les pêcheurs prennent, à cause de sa forme, pour une jeune sole. C’est la femelle du Bopyre. Les appendices nombreux du thorax , la division en anneaux , la symétrie du corps, tout a disparu; et les pattes, dont on trouve à peine les traces, ne sont plus les mêmes à droite et à gauche. Le mâle reste petit et indépendant, et conserve la livrée de l’ordre auquel il appartient. Sur la côte du Labrador, un Bopyre se comporte de la môme manière à l’égard d’un Mysis. Nous avons trouvé sous la carapace d’un Pagure, une femelle de Bopyre, chargée d’œufs, tellement aplatie, qu’on aurait pu la prendre pour une feuille introduite accidentellement dans cette cavité.

Fritz Muller a divisé les Bopyrides de la façon suivante :

1° Ceux qui se fixent sur les appendices ou dans la cavité branchiale des décapodes, ce sont les Bopyres, Jones, Phryxus, Gyge, Athelgus, etc.

2° Ceux qui vivent dans la cavité thoracique de quelques Brachyures, comme YEntoniscus.

3° Ceux qui vivent dans les Cirripèdes comme le Cryptoniscus, ainsi que les Liriopes.

4° Ceux qui vivent sur les Copépodes en vrais parasites, comme les Microniscus ( M . Fuscus).

Les Jones thoraciques , les Cepes distortus , les Gyge bran chialis et tant d’autres habitent, comme les Bopyres, dans la cavité thoracique de divers crustacés décapodes, et les femelles se débarrassent à la fois de leurs organes de sens et de tout leur attirail de pêche et de voyage.

Un savant professeur de Kœnigsberg, Rathke, a observé le premier un Isopode, connu sous le nom de Phryxus paguri , qui vit sur le ventre du Pagure, attaché par le dos, de manière que le ventre du parasite regarde, comme celui du Pagure, les

PARASITES LIBRES DANS LE JEUNE AGE 133

parois cle la coquille. La queue avec les appendices branchiaux est toujours tournée vers l’orifice de la coquille. Le mâle est fort petit et ne quitte pas la femelle. L’Athelque cladophore est un autre Bopyrien de la région abdominale d’un Pagure , qui choisit toujours des coquilles hantées par des Alcyons. Un autre Bopyrien , le Pristhète cannelé , vit sur l’abdomen d’un Pagure ordinaire.

M. Bucholz a fait connaître tout récemment un nouveau genre d’Isopode, voisin des Lyriope, qui vit sur YHemioniscus. Cet Isopodc s’établit sur une Balane ( Balanus ovularis) et la femelle ne conserve que quatre segments avec leurs appendices.

Elle en avait quinze dans son jeune âge. Elle se dépouille ainsi presque complètement de ses appendices , qui sont devenus inutiles. On ne connaît pas en- Sur le côté on le v0lt de

grandeur naturelle.

core le mâle de cet Isopodc qui habite la baie de Christiansand. Un autre parasite de ce groupe a été observé par Fr. Muller à Dcstcrro , sur les côtes du Brésil/ Il porte le nom de Entoniscus porcellanæ. Le parasite qu’il a découvert à côté de lui sur le meme animal et auquel il a donné le nom de Lernœodiscus , pourrait bien être son introducteur. Nous avons vu de ces exemples dans les Insectes. Parmi les riches matériaux que le professeur Sempcr a rapportés de son voyage , se trouve une Porcellana qui héberge à l’extérieur un Isopodc fort remarquable, dont le développement récurrent est au moins aussi prononcé que celui des Peltogaster. C’est le docteur Kossmann qui a fait connaître récemment ces curieux organismes auxquels il a donné le nom de Zeuxo. Un autre Isopode à développement récurrent non moins prononcé a reçu, du meme naturaliste, le nom de Cahira Lerneodiscoïcles .

Mais voici un Isopode qui vise plus haut : il trouve sans doute que les écrevisses et les crabes ne marchent pas assez vite. 11 s’adresse à un poisson , le Puntius maculalus qui

Fig. £9. — Pliryxua Katlikei.

habite la rivière Tykerang (Bandong) à Java. Cet Isopode s’appelle Ichthoxenus Jellinghausii. Ce crustacé Isopode, vivant d’abord comme tous les autres , avise un petit poisson cyprinoïde , s’enfonce comme un trocart derrière les nageoires abdominales, à travers la peau écailleuse, et pénètre tout entier dans la cavité abdominale. Le mâle accompagne toujours sa femelle. Il est à remarquer que celle-ci, contrairement à ce qui se voit chez beaucoup d’autres , conserve tous les attributs de son sexe. Elle ne se déforme pas plus que les autres crustacés libres de son ordre et ne diffère guère du mâle que par la taille. On sait que, dans tous ces animaux, le mâle est toujours plus petit que la femelle. M. Jellinghaus, qui ale premier fait mention de ce crustacé , a observé que tous les poissons qu’il a fait pécher, avaient , sans exception , les grands comme les petits, un couple de ces parasites dans le ventre. Nous en parlons ici, mais on pourrait tout aussi bien voir dans cet Ichthoxenus un commensal qu’un parasite.

Sur les côtes de Bretagne, parmi les nombreux Labres , qui se distinguent par la vivacité et la variété de leurs couleurs, se trouve une petite espèce ( Labrus Cornubiensis ) sur laquelle on voit communément un Isopode qui n’est pas moins curieux ; il est habituellement cramponné aux flancs de ce poisson, non loin de la tète, au fond d’une cavité creusée sous les écailles. Les naturalistes connaissent ce curieux acolyte par les travaux de M. Hesse. Ce Leposphile , c’est le nom qu’on lui a donné, sans qu’il aime les écailles plus que les autres organes, se taille une loge dans les flancs de ce petit labre, et s’y installe avec sa famille. On ne peut dire que c’est sans esprit de retour que le Leposphile a choisi ce refuge, puisque les deux sexes conservent leurs organes de locomotion.

Au dernier congrès des naturalistes allemands , à Wicsbaden, le docteur Kossmann, qui a eu l’avantage d’étudier les riches matériaux rapportés des îles Philippines par le professeur Semper, a exposé, avec distinction, le résultat de belles observations sur d’autres crustacés plus remarquables encore, les Peltogaster , dont nous avons, parlé plus haut. A ce sujet

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il a fait connaître un Isopocle à développement aussi complètement récurrent que celui des Peltogaster, dont le rang parmi les Cirripèdes est parfaitement établi.

La plupart des crustacés inférieurs réclame des secours; parmi eux, quelques-uns pourraient à la rigueur prendre place au nombre des commensaux , mais toute la catégorie des Lernéens se dégrade tellement que Cuvier les a rangés à côté des helminthes. Ces êtres jouissent en naissant de tous les attributs de leur classe et portent la robe de crustacés libres ; aux approches de l’âge mûr, ils choisissent un voisin, s’installent aussi commodément que possible dans un de scs organes et se débarrassent de tous leurs engins de pêche et de chasse. Les sexes sont ordinairement séparés et comme la femelle est spécialement chargée des soins à donner à la progéniture, c’est elle qui fait le plus vite le sacrifice de sa liberté. Parfois le mâle , non content de laisser toute la peine à sa femelle , rédame encore d’elle la nourriture quotidienne, et s’établit comme spermatophore sur les organes sexuels de celle-ci. Il est juste de dire que, dans ce cas, le sexe mâle est loin d’être le sexe fort car il n’a souvent que le dixième et même le centième de la grandeur de sa femelle. Enfin on voit aussi la femelle perdre ses pattes et ses nageoires tandis que le mâle conserve sa carapace avec tous scs appendices sensitifs et locomoteurs. La différence entre les sexes est si grande chez quelques espèces qu’il serait impossible sans une observation commencée dès leur sortie de l’œuf, de se douter qu’un frère et une sœur puissent affecter des formes aussi dissemblables. La femelle est une sorte de ver bouffi et le mâle ressemble à un acarus atrophié. C’est ce qui explique comment la femelle était connue bien longtemps avant le mâle dont le rôle est uniquement celui de la fécondation. Nordmann, pendant son séjour à Odessa, s’est le premier occupé de ces recherches qui ont été continuées par MM. Metzger et Claus.

On sait que les Lernéens s’attachent à leur hôte par des liens indissolubles, ne deviennent parasites qu’après avoir

passé leur jeunesse dans une indépendance complète et ont tous possédé les formes si gracieuses et si caractéristiques du Nauplius et de la Zoë. Au sortir de l’œuf ils nagent librement, mais un jour la femelle, songeant à la famille, avise un voisin capable de lui porter secours, elle s’implante dans sa peau, se développe rapidement jusqu’à devenir deux ou trois cents fois plus grosse que le mâle; sa tète, son corps et son ventre deviennent monstrueux et dès lors captive , une partie de sa tète s’ankylose souvent dans les os de son hôte ; le Lernéen reste suspendu comme une sorte de feston auquel viennent se joindre ensuite deux ovisacs qui se remplissent d’œufs. La fig. 30 est

Fig. 30. — Trachelyaste des cyprins. 1, larve au sortir de l’œuf; 2, larve plus avan* cée ; 3. femelle adulte s’attachant en avant et portant en arrière les deux sacs à œufs, (Nordmann.)

un Lernéen, de poisson d’eau douce, représenté à diverses périodes de son existence.

Les Lernéens sont de tous les parasites les plus remarquables sous le rapport de la dégradation physique. On en rencontra sur tous les animaux aquatiques à commencer par les cétacés et jusque sur les échinodermes et les polypes, mais c’est sur les

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poissons qu’ils sont le plus abondants. Ils vivent sur la peau ou les branchies et s’établissent parfois aussi dans les narines et sur le globe de l’œil. Souvent ils pendent à l’extérieur, mais on en voit aussi qui se cachent dans l’épaisseur de la peau et n’ont de communication avec l’extérieur que par un étroit orifice.

On nomme Penella d’élégants Lernéens qui ressemblent assez à une plume vivante; leur tête se divise en plusieurs branches qui plongent comme des racines dans les tissus et même dans les os, de sorte que cette tête et tout le corps restent suspendus ainsi que les tubes ovisacs à un cou grêle et peu flexible. Ils habitent sur le corps et sur l’œil de certains poissons ; on en trouve de fort grande taille dans la mer des Indes , mais les plus remarquables sont ceux que l’on a signalés sur la peau de quelques cétacés. La Penella, crassicornis vit sur un Ilyperoodon , la Penella balœnopteræ sur un Balœnoptera musculus aux îles Loffoden, le Lernœoniscus noclicornis sur un dauphin ; le grand squale des côtes d’Islande (Scimnus glacialis ) porte communément un Lernéen sur l’œil. Mon fils a rapporté de Rio de Janeiro des Scomberoïdes dont la peau est couverte de Penel-

Fig. 31.— Lernea branchialis, attachée à la branclnede Morrhua luscus.

las, enfin les charmants poissons si abondants sur les rivages belges et appelés Sprot par les pêcheurs du pays, ont souvent autour des yeux des cordons que l’on pourrait prendre pour des plantes marines et qui ne sont en réalité que des Pencllas. Nous avons trouvé quelquefois plusieurs individus sur le mémo poisson, s’étalant depuis la tête jusqu’à la région caudale au moyen de leurs tubes ovifères qui, en certaines saisons, offrent une nuance vert-pâle.

Les Lernéens véritables tels que la Lernea branchialis , espèce la plus anciennement connue sur différents gades et que nous avons observée sur le Callionyme lyra , ressemblent beaucoup aux Pencllas , mais leur corps et leur tête sont fortement tordus sur eux-mêmes et avec les tubes entortillés

qui logent les œufs on les confondrait avec une pelote de fil

(fig. 31). Les Sphyrions nommés Leistera présentent aussi une forme des plus singulières et on en a récemment signalé une nouvelle espèce sur un poisson du détroit de Magellan. Le Conchoderma gracile vit sur les branchies du Maïa Squinado , l’araignée de mer de l’Adriatique, et à Naples, M. W. Salensky de Charkow a trouvé un crustacé copépode , le Sphœronella Leuckarti , dans la poche incubatrice d’un Amphitoë. Ce dernier parasite offre des caractères tout particuliers de conformation et d’évolution embryonnaire.

Parmi les Mollusques , les Tuniciers logent le plus grand nombre de Lernéens ; dans la cavité qui précède la bouche , et où passent les aliments , on en observe qui sont à peine reconnaissables, et jouent là le rôle de pique-assiettes. YÏAplidium des côtes de Belgique en loge de fort curieux que nous avons nommés Enterocola fulgens à cause de leurs couleurs. Le Notoptey'ophorus s’établit sur le corps de la Phallusia mamillavis et on trouve encore un certain nombre de ces parasites sur les Annélides. Le professeur Sars de Christiania et Claparède les ont décrits avec soin et ce dernier a vu sur le Spirographis Spallanzani de la baie de Naples une femelle qu’il a appelée Sabelliphilus Sarsii. Les genres Selius , Silenium , Terebellicola , Chonephilus , Sabellacheres , Nereicola , etc., hantent tous des annélides ; YEurysileîiium truncatum vit sur le Polinoe cirrata, le Silenium crassicornis sur le Polinoe impar, le Melinnacheres ergasiloïdes sur le Melinna cristata. Les Echinodermes et les Polypes ne sont pas plus à l’abri des Lernéens ; ainsi YAsterochœres Lilljeborgii s’installe sur YEchinaster sanguinolentus et nous avons trouvé une fort jolie espèce en Bretagne sur une Ophiure; la Lœmippa rubra, voisine des Chondracanthes , hante la Pennatula rubra ; la Laura Girardiœ , d’après M. Lacaze Duthiers, se nourrit d’une Antipathe; une Lœmippe ( Proteus ) se loge dans la cavité du corps de la Lobularia digitata de Delle Chiaie et enfin YEnalcy onium rubicundum est hébergé par Y Alcyonium digitatum.

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Il existe un certain nombre de vers qui sont libres dans le jeune âge et ne deviennent parasites qu’à une certaine époque de leur évolution. Nous allons en citer quelques exemples.

Le ver de Médine (Filaria meclinensis , dracunculus, dragonneau) (fig. 32) est l’effroi des voyageurs qui visitent la côte de Guinée; commun non-seulement sur la côte occidentale d’Afrique, mais encore dans plusieurs autres parties de ce vaste continent, on l’a signalé récemment dans le Turkestan et la Caroline du Sud (Mitchell). On croyait que la filaire pouvait s’introduire directement par la peau à l’état d’embryon microscopique; mais M. Fedschenko, d’après des observations faites sur les lieux et corroborées expérimentalement ensuite par Leuckart, est d’avis que ce ver se transmet par Tintermédiaire des Cyclops , petits crustacés d’eau douce. Ainsi c’est en buvant qu’on s’en infeste et cette remarque est d’autant plus précieuse qu’il suffira désormais pour se mettre à l’abri de ne se servir que d’eau soigneusement filtrée. Au bout de six semaines, la présence de l’animal se révèle par des

tumeurs dont on n’apprécie pas toujours de prime abord la véritable nature, puis surviennent des plaies causées non pas directement par le ver mais indirectement par suite de la dissémination de ses œufs. La filaire finit par s’atrophier si complètement que le professeur Jacobson, après l’avoir vue vivante sur un de ses malades à Copenhague, écrivait à Blain-

ville : « Ce ver de Médine n’est Fif \ .J?u?e ûlaire Ie MtdineJ !:

tremite cephahque, c. bouche; 2, ExtrepaS UH VCr, C’est une gaine à mite caudale, d. anus; 3, coupe du corps.

œufs. » En effet tous les organes disparaissent dans l’intérieur et il n existe , pour ainsi dire , plus rien que des œufs avec leurs embryons.

La filaire

n’est pas, comme on l’a cru, voisine des Mermis ,

son organisation est différente et ses organes s’atrophient tout autrement. Le Gordius ornatus rapporté des Philippines par M. Semper, a donné lieu à diverses observations anatomiques qui ont permis do relever quelques erreurs , surtout relativement à l’appareil digestif (Grenacher). La Filaria immitis est une espèce trouvée par M. Krabbe dans un chien mort du la maladie à laquelle ces animaux sont sujets; elle habitait le cœur et douze individus , dont dix femelles et deux mâles , s’y trouvaient logés. M. Bap. Molin a publié une monographie des filaires comprenant l’indication de 152 espèces rencontrées dans des mollusques , des poissons , des amphibiens , des reptiles , des oiseaux et des mammifères ; il semble évident que plusieurs espèces ont été confondues sous le même nom.

Un petit ver, de la grosseur d’une fine épingle, mais beaucoup plus court, mène un genre de vie qui n’est pas sans analogie avec celui qui précède. Il est connu sous le nom de Leptodera. Pour le voir il suffit de prendre la première limace venue, que l’on rencontre dans les bois, et qui se distingue par sa couleur orange ou noire ; on donne quelques coups d’épingle dans le pied charnu du mollusque, et on voit sortir des torrents de vers arrondis qui grouillent comme des serpents microscopiques. Ces vers abandonnent également leur retraite , si on fait contracter le pied par le contact de quelque acide ou si l’on place la limace dans l’eau. Les Leptodera sont surtout remarquables par deux franges qui flottent à côté de la queue et qui leur ont valu le nom qui leur a été dpnné par le professeur Schneider. Ces franges tombent avec tant de facilité, que la plupart des individus devenus libres n’ont déjà plus ces appendices ; placés dans des matières animales fraîches ou gâtées, dans l’eau ou dans la terre humide ces vers, d’agames qu’ils étaient dans le pied , deviennent rapidement sexués et complets. Ainsi la limace leur sert de crèche , et le ver adulte n’a plus besoin de secours dans ses vieux jours.

Le professeur Pagenstecher a trouvé à Ostende sur le Nicothoë du homard des nématodes qu’il a rangés parmi les Leptodera. C’est encore un parasite de parasite.

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A propos de ces vers , je citerai un petit nématode que j’ai observé dans des circonstances bien singulières. J’avais un assez grand nombre de squelettes ou , pour mieux dire , des os séparés exposés au soleil sur un toit pour les faire blanchir; parmi ces squelettes se trouvaient ceux de plusieurs hyperoodons et d’autres cétacés. Tous ces os avaient séjourné un certain temps dans du fumier de cheval afin d’accélérer la décomposition des parties molles. Ils étaient au grand air depuis plusieurs semaines et blanchissaient lentement ; il pleuvait presque tous les jours. Vers la fin du mois d’août, j’examine quelques vertèbres et je les trouve toutes noires en dessus. En dessous, je découvre une masse d’apparence sirupeuse, légèrement jaunâtre, semblable à du pus récemment sorti d’une plaie. Le soleil donnait en ce moment en plein sur les os; en regardant ceux-ci de près, je vis ce pus sortir par les trous nourriciers du corps des vertèbres ; il semblait que l’intérieur de l’os était en pleine fermentation. En examinant avec quelque attention , je m’aperçus que toute la surface était en mouvement ; un grouillement ondulatoire le couvrait comme si une peau ciliée avait été tendue au-dessus des orifices. J’enlève un peu de matière avec la pointe du scalpel, je l’observe au microscope, et quel n’est pas mon étonnement en voyant toute cette masse frétiller comme si elle eût été sous l’influence d’une baguette magique. En comprimant ensuite légèrement entre deux lames de verre, il ne me restait sous les yeux que des vers nématodes de très-petite taille se tortillant au milieu de leurs semblables ; je trouve des individus mâles à côté de leurs femelles; dans le corps de celles-ci des œufs prêts à être pondus et. des millions d’embryons de tout âge grouillant et se débattant au milieu des adultes. Est-ce une espèce de ver nouvelle pour la science? Est-ce un ver qui vit librement ici, parasitiq ^ornent ailleurs? La première femelle qui se présente permet de répondre à cette question. Ce n’est pas un ver parasite, du moins sous cette forme, parce que dans chaque femelle nous ne trouvons qu’un ou deux œufs. Les parasites ont trop peu de chances

d’arriver à leur destination pour que deux jeunes suffisent. II en faut des centaines ou des milliers, et encore les chances ne sont pas égales. Ce ver est évidemment un Rhabditis, mais est-ce le terricole ou une espèce voisine ? Des recherches ultérieures permettront sans doute de répondre bientôt à ces questions. Nous ne croyons pas que ces êtres aient été apportés avec les os des îles Shetland ; ils viennent plutôt du fumier de cheval, et ils se sont multipliés outre mesure au milieu du tissu spongieux des os où ils ont trouvé bonne chère et bon gîte. Il existe en abondance dans la bouse de vache un ver, très- voisin de celui-ci et sur lequel notre regretté confrère r l’abbé E. Coemans, avait fixé mon attention, à l’époque où il s’occupait de l’étude des Pilobolus cristallinus.

Ce qui nous a décidé surtout à faire mention du nématode des os, c’est l’histoire si singulière d’un ascaride de la grenouille, dont les petits no ressemblent aux parents ni pour la taille, ni pour la conformation , ni pour le genre de vie. Il y a une génération qui peut se suffire et qui se compose de mâles et de femelles et une génération qui a besoin de secours et qui n’est composée que de femelles, à moins que le sexe mâle ne soit caché au milieu des œufs : nous voulons parler de l’Ascaris nigro-venosa dont le professeur Leuckart a fait connaître les phases principales. Cet Ascaris est un vrai parasite qui, tout en étant parvenu à sa destination, où il trouve logement et nourriture, quitte le poumon pour aller habiter un autre organe. Il n'y a rien d’étonnant que certains vers passent des intestins à l’estomac, remontent de l’estomac à l’œsophage et sortent quelquefois par la bouche; mais ici nous avons de vrais changements de logis dans le même animal; ce qui montre du reste que ce n’est pas un simple accident, c’est que l’animal est différemment sexué selon l’appartement qu'il occupe; ici il est hermaphrodite, là il est mâle ou femelle. Les Linguatules émigrent bien du péritoine des lapins dans les fosses nasales du chien ; mais l’Ascaris nigro-venosa vit dans les poumons de la grenouille, puis va habiter le rectum du batracien ou la terre humide. Dans le poumon il est fort

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petit, vivipare, et engendre des jeunes qui deviennent plus forts que leurs parents; la génération qui habite les poumons est hermaphrodite , l’autre est dioïquc ; c’est-à-dire que les mâles et les femelles ont pour parents des hermaphrodites. Nous avons donc une mère, simple femelle ou hermaphrodite, fort petite, qui pond, non des œufs, mais des petits tout formés; et, au lieu de vivre comme la mère dans le poumon et y respirer plus ou moins à l’aise, ceux-ci vont se loger dans le rectum , pour devenir non pas comme leur mère vivipares et hermaphrodites, mais ovipares et à sexes séparés. Ils engendrent à leur tour une race de géants et, au lieu de suivre l’exemple de leur père ou de leur mère, ils vont tous comme leur grand’mère se loger dans les poumons. Si alternativement YAscaris nigro-venosa hermaphrodite engendre des individus à sexes séparés, c’est-à-dire si les monoïques engendrent des dioïques et les dioïques de nouveau des monoïques , on ne peut s’empêcher de comparer ce phénomène à la génération di genèse. C’est une des jolies découvertes faites au laboratoire de Giessen, sous la direction de Rud. Leuckart. Depuis, le professeur Schneider, successeur de Leuckart à l’Université de Giessen , s’est également occupé de ces vers. Le professeur Leuckart m’écrivait quelques jours après cette découverte : « L’Ascaris nigro-venosa présente ce phénomène particulier, que, sous la forme parasitaire, il produit des œufs féconds sans présence de mâles. Les embryons sortis de ces œufs deviennent, au bout de vingt-quatre heures après leur sortie du corps, des vers sexués. Ce fait a été observé en premier lieu par M. Mecznikow, pendant qu’il travaillait dans mon laboratoire et qu’il prenait part à mes recherches. L’expérience qui a donné ce résultat, a été provoquée et dirigée par moi, pour continuer mes travaux sur le développement des Nématodes. »

Nous ne savons pas si c’est le lieu de parler d’un animal qui a fait grand bruit il y a quelques années, et que l’on croyait fournir la preuve de la transformation des animaux les uns dans les autres. C’est un parasite qui, sous la forme

d'un gastéropode, vit dans des conditions singulières. Il est connu sous le nom à’Entoconcha. Découvert par J. Müller dans un échinoderme du genre Synapte, on a cherché depuis en vain à en connaître le développement complet. C'est évidemment un mollusque gastéropode, voisin des Natices, qui vit dans l’intérieur du corps d’un synapte mais dont on ne connaît pas encore toutes les phases d’évolution. On a cru un instant avoir sous la main un Echinoderme en voie de transformation. J’ai écrit à J. Müller immédiatement après la découverte qu’il s’empressa de m’annoncer, qu’à mon avis, il n’y avait là qu’un exemple nouveau de parasitisme; du reste, les parasites sont si rares dans cette classe d’animaux et leur genre de vie est si exceptionnel, que l’on ne doit aucunement s’étonner si l’on n’a pas songé à donner immédiatement à ce fait sa véritable signification. Le professeur Semper a trouvé aux îles Philippines dans YHolothuria . edulis une seconde espèce d’Entoconcha qui paraît s’attacher au cloaque de cet Echinoderme. Il lui a donné le nom de Entoconcha Mulleri. Nous avons en lui un nouvel exemple des rapports de certains parasites avec leurs hôtes qui sont les mêmes dans les deux hémisphères.

Les Licnophora sont des infusoires, voisins des Vorticelles dont ils prennent la forme; ce sont des Mimic Species ou Mocking form des Trichodines. Une espèce, la Licnophora Auerhachii vit sur la Planaria tuberculata , l’autre , la L. Cohnii, sur les branchies du Psyrmobranchus protensus .

Les associations dans les rangs inférieurs jouent un rôle de la plus haute importance, les uns pour maintenir l’harmonie et la santé de tout ce qui a vie, les autres pour semer la mort dans des régions entières. U y a en effet des associations dans les rangs des infiniment petits qui ont tantôt pour effet d’assainir et d’épurer, tantôt de détruire. C’est dans ces êtres, invisibles à l’œil nu, que nous devons chercher la cause de certaines maladies épidémiques. Nous avons ici un exemple de ce que peuvent accomplir certains groupes d’animaux. Les crustacés font partout l’office de vautours pour

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purger l’eau des cadavres grands ou petits et ils sont généralement en nombre pour faire cette police. On peut dire que sans leur concours, les eaux, le long des côtes et à l’embouchure des fleuves, se corrompraient rapidement et seraient bientôt impropres à la vie. Aussi arrive-t-il parfois, que le nombre de ces

êtres est insuffisant, et, la matière putrescible étant en excès, on voit périr successivement les poissons, les mollusques et môme les crustacés.

Les derniers parasites de cette catégorie sont connus sous le nom de Grégarines. 11 paraît que c’est Gœdc qui les a observés le premier. Léon Dufour leur a donné le nom qu’ils portent encore. Ils ont une organisation excessivement simple, et ne sont formés que d’une cellule dans laquelle ou trouve le noyau ; ils habitent dans l’intestin de plusieurs animaux sans vertèbres, surtout celui des articulés. Que l’on se figure un corps allongé, plus ou moins transparent, à surface unie, assez semblable à un fuseau, qui glisse dans l’intestin au milieu du liquide qu’il renferme, sans que l’on devine par quel mécanisme il se meut (fig. 33). Dans le jeune âge ils sont enkystés

Fig. 33. — Gregarina de Nemertes gesseriensis.

Fig. 34. — Sac à psorospermies, de Sepia officinalis.

Fig. 35. — Stylorhynchvs oligacanthus , de larve d'agrion.

et portent le nom de Psorospermies. La figure 34 représente un de ces sacs à Psorospermies de céphalopode.

Les Grégarines vivent complètes principalement dans les insectes, les crustacés, les vers. La figure 35 représente une grégarine très-commune dans les libellules. La plus grande espèce vit dans l’intestin du homard. Mon fils en a fait une étude suivie

dont il a consigné les résultats dans les bulletins de l’Académie de Belgique.

Schneider a signalé un parasite que l’on devra sans doute réunir aux grégarines et qui habite le testicule, ainsi que les cellules salivaires, d’une planaire , le Mesostomum Ehrenberg ii. Schneider représente les diverses phases de son développement. En automne de 1871, presque tous les mésostomes périrent par la présence de ces organismes parasites ; l’année suivante ils furent rares.

Depuis plusieurs années déjà, Kôlliker a découvert sur les corps spongieux des mollusques céphalopodes certains parasites dont la nature paraît encore aussi énigmatique qu’au premier jour de leur découverte. Le professeur de Würzbourg leur a donné le nom de Dicyema. Nous avons nous-même depuis longtemps des observations en portefeuille et plus loin, à la page 221 , nous représentons un Dicyema que nous avons trouvé en abondance sur la Sepia offîcinalis de la côte de Belgique.

Nous allons étudier, dans ce chapitre, des animaux demandant du secours dans le jeune âge et qui peuvent se suffire complètement dans leurs vieux jours. On peut comparer les hôtes qui les logent, à des crèches qui ne reçoivent que les nouveaux-nés. On pense généralement que les animaux connus sous le nom de parasites sont des animaux qui ont besoin du secours de leurs voisins à tous les âges de la vie (1). C’est une erreur. Il y en a bien peu qui ne se suffisent à l’une ou l’autre époque de leur développement et mènent pendant ce temps une vie indépendante. Nous en avons cité un certain nombre, dans le chapitre précédent, qui ne réclament du secours que pendantla vieillesse; dans ce chapitre nous réunissons au con traire ceux qui réclament du secours au début de la vie et vivent largement de leur propre industrie en faisant leur entrée dans le monde. Il y en a plusieurs parmi eux qui sont même richement doués, et on ne se douterait pas qu’ils aient pu recourir à des étrangers pour élever leur progéniture.

1. La découverte d'un botriocépbale libre, au fond d’un fossé, fit sensationit y a quelques années dans le monde des naturalistes. Le parasite était censé ne pouvoir exister que dans le corps d’un animal ; on ne pouvait se le représenter que cloîtré au fond d’une geôle.

Généralement toute la petite famille est confiée à la garde d’une nourrice, qui vit tout juste assez longtemps pour les élever; elle leur donne un abri convenable sous son toit et souvent leur prodigue jusqu’à la dernière goutte de son sang. Une fois que cette jeunesse a abandonné ce premier gîte, elle change de toilette et de genre de vie, songe sérieusement à l’hymenec et ne réclame plus aucun secours jusqu’à l’époque de la ponte. Parmi les animaux élevés de cette manière, les plus remarquables sont les Iclineumons, qui ont de tout temps attiré 1 attention des entomologistes. Ces êtres charmants, dont la taille est coquettement pincée, dont les ailes diaphanes s’agitent avec grâce, ont une jeunesse moins orageuse que leur hardiesse ne semble le faire supposer. Comme le coucou dépose ses œufs dans un nid étranger, la mère Ichneumon déposé les siens dans quelque chenille pleine de santé, à l’aide d’une tariere longue et effilée, de sorte que les larves, au moment decloie, se trouvent dans un bain de sang et de viscères qui leur sert de nourriture. Les divers organes palpitent sous la dent de ces intrus et la jeune larve croît et grandit pour éclore sous la peau de la nourrice ; cette peau est le berceau de l’Ichneumon. e ieunc Ichneumon dévore sa nourrice lambeau par lambeau, organe par organe, et, de crainte que la mort n’arrive trop vite la mère a eu soin de chloroformer d’avance la victime pour la faire durer plus longtemps. La manière dont plusieurs d’entre eux s’y prennent pour se débarrasser de leur progéniture rappelle fort le tour dans lequel on allait autrefois déposer les enfants qu’on voulait faire élever par la charité publique; avec cette différence, que les jeunes Iclineumons no sont pas seulement élevés et nourris par quelque bonne voisine, mais que son corps lui-même leur sert de pâture. Il est arrivé plus d’une fois, que des entomologistes, au lieu de voir sortir de beaux papillons, des chenilles qu’ils avaient elevees, en ont vu naître des Ichneumons. Comment alors ne pas songer à la transformation des espèces, quand on voit sortir de la peau d’une chenille, qui se transforme ordinairement en une belle chrysalide, un essaim de petites mouches ailces q

se dispersent avec la rapidité de l’éclair. Ces Ichneumons découvrent avec une habileté rare la chenille qui doit élever leurs petits et ils l’atteignent souvent de leur tarière au fond d’un fruit ou dans l’épaisseur d’une branche d’arbre. Tout le monde connaît les Vrillettes , ces petits coléoptères qui attaquent le bois et ne vivent qu’au fond de leurs obscures galeries. LTchncumon mère sait parfaitement découvrir ce tarct de nos meubles et on a vu plus d’une fois sortir des Ichneumons ailés du milieu de bois vermoulu. Ce ne sont du reste pas seulement les chenilles que les Ichneumons recherchent pour leur progéniture ; plusieurs larves de coléoptères et d’hémiptères, des pucerons et des charançons, sont infestés par les mères Ichneumons qui plongent leur tarière entre les articulations. Ces corsaires ailés connaissent parfaitement le défaut de la cuirasse.

Les Ichneumons sont donc franchement parasites à cette première époque de la vie. A l’approche de la puberté, qui varie plus ou moins d’après les espèces, chaque ichneumon prend la clef des champs, butine pour son compte, et accomplit les dernières phases de la vie au grand air de la liberté. Rien n’est beau comme cet insecte dans la plénitude de la vie. Le nombre d’espèces d’Ichneumon est considérable. M. Wcsmacl a consacré une partie de sa vie à leur étude.

On se demande assez souvent, à propos de ces animaux, a qmoi bon ces animalcules, à quoi bon cette vermine qui déplaît si fort aux gens du monde ? Michelet a répondu à cette question en écrivant YInsecte. « Les oiseaux, dit le brillant historien, assassinent de préférence les insectes qui nous sont le plus nuisibles. » Nous pouvons en dire autant de ceux qui nous occupent. La chenille la plus commune et que l’on redoute le plus à cause de sa grande fécondité, est précisément celle qui est convoitée par le plus grand nombre d’Ichneumons. On compte jusqu’à trente-cinq petits assassins ailés qui fondent sur certaines espèces pour les faire servir de curée à leur progéniture. Le Bombyx pini est un des insectes les plus dangereux et les plus nuisibles de nos bois. Les Ichneumons vont

tenir en respect la trop grande fécondité de ce lépidoptère, et, au lieu d’une espèce, comme c’est souvent le cas, trentecinq espèces différentes en font leur point de mire. Il sera bien difficile à cette mère de soustraire ses petits à la tarière de tant d’ennemis, mais il en restera toujours assez pour maintenir l’harmonie dans ce petit monde; la gravité du danger pour les plantes est contre-balancée par le nombre d’Ichneumons qui arrêtent la propagation des chenilles. Ces insectes contribuent plus puissamment à la destruction des chenilles que tous les] moyens employés par l’homme. Pour arrêter la pyrale de la vigne, on propage la chalcide petite ( Chalcis minuta) et on a préconisé tout récemment l’acaride qui attaque le Phijlloxeva , pour arrêter ce nouveau fléau. Les Pucerons ne contribuent-ils pas aussi à arrêter le développement trop rapide de certaines plantes, et l’espèce noire qui vit sur les fèves de marais, n’a-t-clle pas indiqué au jardinier que l’on devait couper la tête des plantes quand les fleurs apparaissent ?

On cite encore d’autres hyménoptères, par exemple les Euaniadés et les Chalcididés ainsi que les Tachinaires , qui se font remarquer par ce genre de vie. Au moment où les Hyménoptères fossoyeurs introduisent dans leurs souterrains les insectes dont ils se sont emparés et qu’ils destinent à leurs petits, des Tachinaires s’introduisent furtivement et déposent leurs œufs sur ces victuailles. Chaque race de Tachinaire s’attache à des insectes particuliers. Une différence essentielle qu’ils présentent avec les Ichneumons, c’est que les femelles de ces derniers perforent la peau de leur victime avec un stylet et font pénétrer leurs œufs jusqu’au fond des entrailles, tandis que les Tachines mères, moins cruelles, se contentent de déposer leurs œufs à la surface de la peau et abandonnent à la larve le soin de pénétrer à l’intérieur.

Dans le département de l’Aude, non loin de Lézignan, croît abondamment le Titliymale , et l’hôte naturel de cette plante, est un sphynx. Quand le sphynx est encore chenille, un diptère tachinaire l’avise pour nourrir ses petits. A cette fin la mouche va s’établir sur le dos de la chenille et, en chevau-

chant, sans que la chenille se doute le moins du monde du danger qu’elle court, la mouche échelonne ses larves au nombre de dix ou de douze. La ponte terminée, la mouche va à la recherche d’une autre chenille comme le coucou à la recherche d’un nouveau nid, chaque fois qu’il a déposé un œuf.

Les jeunes mouches abandonnées à elles-mêmes percent la peau de leur hôte et prennent tous place au banquet, dit M. Barthélémy.

Après trois mues, la mouche s’épanouit complètement, dévore l’intérieur de la larve qui l’a nourri, perce la peau, et le cadavre de son hôte, qui aurait pu être son tombeau, devient au contraire son berceau.

Non loin des débris de son festin, sa propre peau se durcit pour devenir une véritable coque et l’insecte parasite se réveille muni d’ailes, prêt à recommencer, après une minute d’amour, le cercle dans lequel se passent les phases toujours les mêmes de son évolution.

Les femelles de Scolies attaquent la larve du grand scarabée (Oryctes nasicornis ) qui est dans le tan, en les piquant de son aiguillon en même temps qu’elle dépose un œuf sur le corps de la gigantesque larve. La larve qui sortira de l’œuf humera les parties fluides de YOryctes en herbe et la peau de sa victime servira au printemps de berceau pour sa transformation en nymphe.

Des scolytes s’attaquent également à de grands Oryctes qui ruinent les cocotiers aux îles Seychelles. Il en est de même d’une grande espèce de Madagascar.

h y a autour de nous, jusque dans l’intérieur des villes, des insectes connus sous le nom de Scolytes et qui ont fait beaucoup parler d’eux il y a quelques années. Les arbres des grandes routes et même ceux de nos boulevards étaient attaqués par eux et on eut peur un instant, de ne pouvoir arrêter ce nouveau fléau, qui paraissait à côté de l’oïdium des vignes et du parasite des pommes de terre.’

Les boulevards de Bruxelles étaient plantés de beaux ormes

et ces arbres disparaissaient les uns après les autres. Le mal sévissait également en France, dans les environs de Paris. M. Eug. Robert s’en était occupé et il avait annoncé à l’Académie des Sciences un remède pour arrêter le mal. La régence de Bruxelles invita M. Eug. Robert à venir mettre en pratique les moyens de destruction des scolytes, qu’il avait préconisés; mais si j’ai bon souvenir, la mort des arbres a suivi de près la mort des scolytes. La nature, au lieu d’employer le goudron pour arrêter le mal, a des moyens plus simples et plus expéditifs : c’est de faire paraître un autre insecte également petit, qui se multiplie suffisamment pour tenir le terrible scolyte en respect. Tel est le rôle qui est dévolu au Bracon iniator. Il dépose simplement ses œufs dans le corps des larves de scolytes et les fait périr.

Wesmael a communiqué un fait curieux de ce genre, concernant cet ennemi de nos plantations.

Laissez faire à ce petit monde son propre ménage. Cet hyménoptère devine avec un instinct admirable la place où les larves des scolytes se trouvent, et de sa longue tarière flexible, il darde un œuf dans le corps de sa victime.

Ce ne sont pas seulement les chenilles qui sont assaillies par des ennemis mortels, les œufs eux-mêmes sont guettés par quelques hyménoptères qui percent la coque et y déposent leurs propres œufs. A l’éclosion des larves, le vitellus et les jeunes tissus du légitime propriétaire servent de pitance à l’usurpateur.

C’est ainsi que les Ophioneurus vivent, à l’état de larve, dans l’œuf de Pieris brassica , ce papillon si abondant dans les jardins ; sans cette police de sûreté, il se multiplierait outre mesure, et nos potagers auraient encore plus à souffrir des ravages de ces chenilles.

Les insectes ont beau cacher leurs œufs au milieu des fruits ou dans l’intérieur d’une feuille ou d’une branche, il y aura toujours quelque hyménoptère qui, guidé par son merveilleux instinct, les percera de sa tarière et les atteindra sans même les apercevoir.

Dans l’épaisseur de ces belles feuilles de nénuphar, qui couvrent nos étangs en été, on voit souvent un charmant insecte, connu sous le nom d'Agvion virgo ou de Demoiselle , à cause sans doute do la grâcê de scs poses et de l’élégance de sa toilette, on voit souvent, disons-nous, cet insecte déposer ses œufs avec beaucoup de prudence, bien persuadé qu’ils sont en sûreté au milieu de l’eau ; mais le pauvre névroptère compte sans son hôte. Un hyménoptère, du nom de Polynema , est là qui guette chaque mouvement de l’agrion ; et, aussitôt que celui-ci a déposé un œuf, le Polynema, fond dessus comme un oiseau de proie sur sa victime, le perce et dépose son propre œuf dans son intérieur. L’œuf de l’agrion blessé laissera sortir un polynéma. Le coucou agit avec moins de cruauté, puisqu’il se contente de déposer ses œufs à côté de ceux qui occupent le nid.

H y a des exemples remarquables de raffinement de cruauté et de gloutonnerie daus ce petit monde animal. Il ne suffit pas que quelques-uns d’entre eux se repaissent des entrailles de leurs jeunes voisines, il y a des guêpes qui, pour faire durer l’agonie, placent, à côté des œufs qu’elles pondent, des mouches chloroformées, qui attendront patiemment le moment où elles pourront se donner toutes palpitantes à ces jeunes tyrans. Les jours, les heures, peut-être même les minutes sont scrupuleusement comptés pour la préparation de cette becquée vivante. A mesure que l’éclosion s’effectue, le pâté acquiert des propriétés de plus en plus en rapport avec l’âge des jeunes guêpes.

Les Sphex ne sont pas moins cruels. On signale de ces hyménoptères américains, qui ne s’en prennent pas aux jeunes, mais aux adultes et enlèvent les araignées de leurs toiles comme les chasseurs d’esclaves enlèvent les nègres des bois ; ils les garottent et les calfeutrent, dans des cellules étroites, après les avoir chloroformées pour mieux les conserver. Ces araignées conservant assez de vie pour ne pas perdre leurs qualités nutritives, deviennent également la proie facile des larves de sphex. La mère de ces hyménoptères a eu soin de déposer ses œufs

ainsi que le butin vivant, do manière à ce que les larves, au moment de l’éclosion, vivent dans l’abondance.

Ces jeunes larves, blanches et apodes, sont assez friandes pour repousser toute autre pâture:

C’est un acte de cruauté qui se rapproche de celui des ichneumons avec lequel on peut très-bien le comparer.

Les Platygaster , autres insectes hyménoptères, exercent encore leur cruauté d’une autre manière : ils vivent dans le corps des larves de Cecidomyes , qui sont logées dans les feuilles enroulées des Salix et, pour vivre, elles sucent le sang de leur victime.

D’autres insectes, connus sous le nom de Méloïdes , s’y prennent tout autrement. On a connu depuis longtemps les larves sous le nom de poux d’abeille ; mais on ne connaissait pas l’état parfait. C’est que les larves ne ressemblent aucunement aux parents.

Ces insectes subissent quatre mues différentes avant de devenir nymphes, et, à chaque mue, leur robe change complètement. On comprend qu’il a fallu du temps pour connaître ce petit monde derrière ses masques. Voici comment ils ravagent nos parterres.

Pendant qu’ils ont encore le costume de larves, ils se cramponnent à certaines femelles d’hyménoptères qu’ils connaissent fort bien, et, persuadés qu’on leur fermerait la porte au nez s’ils se présentaient eux-mêmes, ils entrent, sur le dos de leur voisine, dans les galeries où se fait le ménage et, au moment où l’hôte femelle dépose un œuf dans une loge à miel, le jeune meloè s’y glisse avec lui et s’y fait enfermer. Pendant ce temps il continue sa métamorphose, étalé sur un lac de miel, dévore tout à son aise et sans être inquiété la provision qui était destinée à l’hyménoptère qui l’a introduit. C’est un brigand qui s’installe dans la voiture d’un riche voisin, qui s’introduit sur ses épaules dans la chambre d’enfants, les assassine et s’engraisse avec les provisions destinées à ses victimes.

Les Sitaris , les Méloës , et apparemment d’autres Méloïdes,

sinon tous, sont, dans leur premier âge, parasites de certaines hyménoptères, dit M. Fahri qui a épié, avec une rare sagacité, les mœurs si obscures et si intéressantes de ces assasins microscopiques.

Le Sitaris humer alis a un développement progressif d’abord, récurrent après, puis de nouveau progressif.

Les pucerons qui ne sont pas déjà fort grands et arrêtent la végétation exubérante de certaines plantes, sont à leur tour attaqués par un insecte qui n’y va pas de main morte. — Une petite espèce de cynips (Allotria victrix) dépose, comme un ichneumon, scs œufs dans le corps du puceron des rosiers et se multiplie rapidement à leurs dépens. (Wcstwood.)

Il y a des mouches dont le genre de vie n’est pas plus délicat que celui des insectes précédents. Nous voulons parler des œstres . Nous figurons ici l’espèce du cheval.

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