Partie postérieure. Fig. 36. — Œstre du cheval. Partie antérieure
Au lieu de s’en prendre à des gens de leur classe, les œstres s’installent de préférence sur les mammifères et quelquefois même sur l’homme. Heureusement que leurs besoins ne sont pas si grands et qu’ils se contentent de peu de chose. C’est tout au plus si leur présence peut causer quelque malaise ou de légers troubles fonctionnels.
Les œstres sont des diptères comme les mouches ordinaires ; mais, au lieu de passer leur jeunesse sur quelque débris organique, elles vivent dans les fosses nasales ou dans l’estomac de quelque animal à poil et subissent dans l’intérieur du corps toutes leurs métamorphoses.
Ils passent ainsi leur jeunesse à la crèche ; mais à lage adulte, ils vivent librement de leur propre industrie.
Les œstres attaquent surtout les mammifères herbivores, et les dénominations de gastricoles , cuticoles et cavicoles indiquent assez les lieux qu’ils habitent, les premiers se logeant dans l’estomac, les seconds hantant la peau et les troisièmes s’installant dans certaines cavités du corps.
Le docteur Livingstone a sans doute voulu parler de certains œstres, en faisant mention des nombreux vers intestinaux qui infestent les animaux dans l’Afrique australe.
« Tous les animaux sauvages, dit le célèbre voyageur, sont sujets aux vers intestinaux. On voit souvent des vers sur la conjonctive du rhinocéros. J’ai trouvé chez le même animal des paquets de vers semblables à de gros fils, en même temps que de très-courts qui étaient beaucoup plus volumineux. Il est rare que le zèbre et l’éléphant n’en aient pas; on voit souvent un ver filiforme sous le péritoine de ces animaux ; des larves courtes et rouges qui produisent des picotements quand on les pose sur la main, entourent chez l’éléphant l’orifice de sa trachée ; d'autres larves se trouvent dans les sinus frontaux des antilopes ; et l’on rencontre dans l’estomac des léchés (espèce nouvelle d’antilope) certains vers plats qui ont des yeux noirs et qui ressemblent à des sangsues. »
Une espèce, propre au cheval, en Europe, habite communément en été son estomac; et quand son développement est complet, l’insecte ailé suit le chemin des aliments et sort par l’anus pour aller respirer le grand air. La mouche mère, poussée par le sentiment de la maternité, vole autour du poitrail du premier cheval venu, y dépose ses œufs sur quelques poils qui ne sont pas hors de la portée de la langue. Agissant comme des corps étrangers, le cheval veut s’en débarrasser, en se léchant, ils sont introduits dans la bouche, et de la langue passent dans l’estomac. Au milieu du suc gastrique ces œufs éclosent , les larves sortent, et les jeunes œstres trouvent dans le suc de l’estomac le lait qui doit les nourrir.
Ces larves subissent dans l’estomac leurs métamorphoses, et
quand la jeune mouche a pris sa forme définitive, avec scs ailes délicates, son suçoir et ses yeux taillés en facettes, elle abandonne l’estomac, suit le chemin tracé par les aliments, et, après un séjour plus ou moins long dans les intestins, arrive un beau jour au rectum, se présente devant l’anus et prend son vol.
La mouche peut faire le voyage de l’intestin transportée sur un crottin.
Une fois qu’elle a pris son vol, elle la vie, puisqu’il suffît d’un moment d’amour pour céder sa place à d’autres.
Il y a un autre œstre qui trouve sa crèche dans le mouton ; mais au lieu de se loger dans l’estomac, il s’installe dans les fosses nasales qui sont plus faciles à investir. C’est dans ce vestibule que cette seconde espèce subit son évolution.
C’est elle qui s’introduit quelquefois chez l’homme. On en connaît déjà plusieurs exemples, et feu notre
confrère Spring en a cité un fort intéressant dont il a fait mention dans
les Bulletins de l’Académie de Belgique.
On désigne sous le nom de ver macaque à Cayenne, une larve d’œstre qui appartient au genre Cutcrèbre et attaque communément la peau des bœufs et des chiens de l’Amérique méridionale. Accidentellement on le trouve sur l’homme. C’est le Cuterebra noxialis. Nous en reproduisons ici une figure.
Il y a aussi un œstre du bœuf.
Le professeur Joly s’est livré à des recherches zoologiques sur les œstrides en général.
En Hollande le professeur Schroedcr Vandor Kolken s’en est occupé avec succès, en Autriche M. Brauer.
L’hippobosque est une mouche fort avide de sang qui se tient
est bien près du terme de
Fig. 37. — Ver macaque.
sur les chevaux et les boeufs, de préférence sous la queue, dans les régions les moins poilues. Il se jette parfois aussi sur l’homme.
L’hippobosque vit sur le cheval et une espèce voisine, dont on a fait un genre différent, hante les chauves-souris (Strebla. vespertilionis) de l’Amérique méridionale.
M. von Bacr a signalé la présence des hippobosques sur les Elans pendant son séjour à Kônigsherg.
Plusieurs autres insectes vivent et se développent aux dépens de leurs plus proches voisins.
Des voyageurs depuis Azara prétendent que P Uruguay a peu de bœufs et de chevaux, parce qu’il existe dans ce pays une mouche qui dépose scs œufs dans le nombril de ces animaux au moment de leur naissance. Dans le Paraguay, au contraire, ces mammifères abondent. Pour les répandre dans l’Uruguay il faudrait pouvoir multiplier les oiseaux ou les insectes qui font la guerre à ces mouches, soit à l’état de larve, soit à l’état sexué.
Des diptères connus sous le nom de Conops, passent leurs trois premiers âges dans la graisse de Bourdons. Dumeril avait soupçonné d’après la courbure du ventre que le conops dépose ses œufs dans le corps de quelque autre insecte.
Lâchât et Victor Audouin en ont cité un exemple dans le Journal de Physique.
Ainsi les Conops, à l’état de larves, habitent l’abdomen de bourdons ou d’autres hyménoptères ; les Ecliinomyes se développent à l’intérieur de différents lépidoptères à l’état de chenilles ou de chrysalides; il y en a même qui vivent dans les chairs, de préférence dans celle qui subit un commencement de putréfaction.
Nous pouvons citer également dans cette catégorie d’animaux, qui vont chercher du secours, dans le jeune âge, chez des voisins qu’ils exploitent pendant leur vie et utilisent encore après leur mort, des insectes de divers ordres. Ils sont en général plus cruels que le carnassier qui lutte souvent à armes égales avec sa proie ; ici c’est un ennemi qui s’introduit furtivement
chez le voisin et la victime est aux trois quarts sucée qu’elle ne se doute pas du danger. Elle héberge, sans le savoir, l’assassin qui doit l’égorger. C’est le raffinement de la cruauté.
Le mélophagc du mouton est un diptère sans ailes comme le Leptotène du cerf. Nous reproduisons ici ces deux curieux insectes du mouton et du cerf.
Le Stratiome caméléon fait des visites aux fleurs pour y chercher les insectes qui doivent le nourir de leur sang. Sa très longue larve vit dans les eaux stagnantes.
Nous avons à mentionner dans les lignes suivantes des parasites beaucoup moins cruels en général et qui usent avec délicatesse de l’hospitalité qu’on leur accorde. Nous voulons parler de quelques vers qui passent, non leur jeunesse dans le corps d’un voisin, mais leur âge adulte, et font de leur hôte non une crèche, mais presque un hospice de maternité.
La première jeunesse se passe en liberté; mais bientôt ils donnent naissance à une nombreuse postérité. On ne connaît pas le sort du mâle ; quant à la femelle, elle s’introduit à l’état microscopique dans l’intérieur d’un voisin, s’y développe jusqu’à la maturité sexuelle, puis quitte sa retraite pour aller disséminer ses œufs.
Il paraît cependant que ces femelles ont besoin de demander des secours aux insectes, mais avant d’entrer dans cet asile vivant, le mâle, que l’on ne connaît pas encore, assure par sa fécondation la conservation de l’espèce.
On trouve assez souvent en été dans des flaques d’eau, des
Fig. 39. — Leptotène du cerf.
vers minces, qui atteignent jusqu’à un pied de longueur, ressemblent à une corde de violon et ont pendant longtemps intrigué les naturalistes. Ils sont connus sous le nom de Gorclius , et dans ces derniers temps, ils ont été l’objet
de recherches suivies, tant sous le rapport de leur organisation que de leur genre de vie et de leur développement. Nous reproduisons ici la figure d’un gordius de grandeur naturelle. Les Mermis comme les Gordius passent leur jeunesse dans le corps de certains insectes, et quittent leur berceau vivant pour répandre au loin leurs œufs.
Ici ce sont les embryons eux-
Fig. 40. — Gordius aquaticus. Grandeur IUCmeS qui VOllt à la recher— naturelle. -, -, , -, A. , ,
che de leur hôte, et, contrairement aux Ichneumons, ils l’exploitent avec économie. La vie de l’hôte n’est aucunement compromise, et l’on n’observe môme pas de trouble fonctionnel, malgré l’énorme taille du ver.
Les Mermis se répandent surtout après une pluie d’orage; quelques Fila ires sont également plus communs à l’époque des pluies. Sous le titre de Note sur une apparition devers après une pluie d’orage, je communiquai à l’Académie de Belgique quelques observations sur ces animaux, observations qui ont été insérées dans les Bulletins.
Il y a quelques années, on m’apporta le matin, après une pluie d’orage, une quantité de vers de quatre à cinq pouces de longueur, très-minces et entortillés sur eux-mêmes, qui avaient été recueillis le matin sur les plates-bandes de divers jardins dans l’intérieur de la ville. On prétendait qu’il y avait eu la nuit une pluie de vers.
Sur deux cents vers il n’y avait pas un mâle ; tous étaient chargés d’œufs et les jeunes grouillaient déjà dans l’intérieur.
D’où viennent-ils, disais-je dans ma Notice? Sont-ils tombés du ciel tout formés? Il est évident qu’ils ne se sont pas développés sur la terre où on les a trouvés ; il n’est pas moins évident qu’ils ont apparu brusquement sur les plates-bandes. Proviennent-ils de l’intérieur du corps de certains insectes qu’ils ont quittés, à l’occasion de la pluie qui est tombée? Ces vers, en effet, avaient terminé leur stage de parasites dans le corps de leur hôte, et la grande sécheresse qui s’était soutenue pendant plusieurs semaines, les avait empochés de reprendre leur premier train do vie. C’est l’émancipation subite de ce grand nombre de vers à la fois, qui avait attiré l’attention des jardiniers; les Perce-oreille, les Hannetons et plusieurs autres insectes les abritent et les nourrissent pendant la durée de cette étrange gestation.
On sait, par les observations de Sicbold, que les œufs de Mermis, pondus pendant l’été, produisent au printemps suivant des embryons qui vivent dans la terre humide. Ils cherchent ensuite des larves d’insectes, perforent la peau, et s’y développent sans s’enkyster. Après cela, ils perforent de nouveau la peau de leur hôte, se rendent dans la terre humide où ils changent de peau, se fécondent et pondent des œufs. Les larves de Mermis albicdcns demandent surfout du secours à des chenilles ou à des larves de coléoptères, d’orthoptères ou de diptères, même à un mollusque, le Succine a amphibia.
Le professeur Moissner et surtout M. Grenadier, professeur à Gôttingue, nous ont fait connaître la structure des Gordius. Les Gordius bifurcus donnent des embryons au bout d’un mois; ces embryons perforent la coque au moyen de leur rostre, deviennent libres dans la terre humide et s’introduisent à travers la peau dans la cavité périgastrique de quelques larves. Le ver sexué devient de nouveau libre. S’il faut en croire un naturaliste, M. Villot, qui a fait des observations récentes sur les Mermis et les Gordius, ces derniers seuls subiraient des métamorphoses complètes ; ils revêtiraient trois formes différentes et changeraient trois fois d’habitation. Leur premier séjour serait dans l’eau, ou dans une larve de diptère
comme embryon libre ; le second, à l’état de larve, dans l’intestin d’un poisson ; et le troisième serait comme le premier à l’état sexué.
A en juger par quelques Gordius rapportés des Indes et d’ailleurs, ces curieux parasites n’existent pas seulement en Europe; on les observe dans diverses parties du monde et ils mènent partout le même genre de vie. A Calcutta on en a trouvé dans des Hapale; aux îles Philippines, dans une Man fide, et le musée de Hambourg en possède du Vénézuéla, qui sont sortis du corps d’une Blatte.
Ces vers, en approchant de l’âge adulte et sexué, perdent leurs divers appareils et se modifient si complètement sous le rapport de leur organisation, qu’ils ne sont plus à la fin qu’un étui à œufs. Ce sont si bien des étuis dans lesquels le tube digestif et les autres organes disparaissent à mesure que l’appareil sexuel se développe, que bien des naturalistes ont pu prendre ces vers pour un simple ovisac. C’est ce qui a eu lieu également pour le Nématobothrium du poisson connu sous le nom d’Aigle ; il a été pris par un naturaliste éminent pour un nid à psorospcrmics.
n y a aussi des vers qui vont demander du secours aux plantes et vivent à leurs dépens, comme s’ils se trouvaient dans un insecte. Un des plus remarquables est celui qui attaque le blé et produit la maladie du grain, connu sous le nom de- Nielle, l’anguillule du blé (Anguillulina tritici). C’est un petit ver cylindrique fort mince, qui se dessèche complètement avec le grain qui l’a nourri, et qui peut rester indéfiniment comme une poussière sans mourir. Chaque fois qu’on l’humecte il reprend de l’activité. On a comparé ce retour à la vie à une sorte de résurrection. M. Davaine a étudié ce ver avec beaucoup de soin, il a fait connaître les diverses phases de son développement et la manière dont il s’introduit dans la plante et dans la graine; Ncedham dans ses Nouvelles découvertes faites avec le microscope (1747) consacre tout un chapitre à ses anguilles microscopiques.
Les larves de YAnguillula scandens sont séchées dans les
galles que la mère habitait. Aussitôt que ces galles tombent et se mouillent, les larves se raniment et abandonnent ce berceau pour vivre librement. Plus tard elles vont à la recherche de leur plante, l’escaladent et pénètrent dans les tissus avant l’époque de la fécondation ; devenus sexués dans l’intervalle, ces nématodes microscopiques déposent leurs œufs dans un nid formé aux dépens de la plante.
Une autre espèce vit dans le dipsacus qu’elle rend également malade (Anguillulina, dipsaeï). Elle en attaque les fleurs et reste sans vie sur ces fleurs jusqu’au moment où on les mouille. L’anguille du vinaigre est un autre ver nématode qui n’est pas sans affinité avec les précédents. On en a fait un Rachitis.
Il existe aussi une espèce fluviatilo, mais n’a-t-on pas confondu des vers différents sous ce nom? Dans l’eau saumâtre vivent une quantité d’espèces qui se font remarquer par la présence de soies à la tète et par des yeux fort distincts.