Guizut, IJisl. de la civilisation en France^ IV
Les excès des gens de commune. 2b5
refus des chanoines, qui alléguèrent l'inviolabilité de l'enceinte claustrale, la municipalité le fit enlever de force, condamner à mort et exécuter. L'évèque de Tournai, pris comme arbitre du conflit, se prononça pour le droit du chapitre. Il soutint que lorsqu'un criminel se réfugiait dans un lieu consacré, tout ce que pouvait faire la commune, c'était d'en garder les alentours, jusqu'au moment où arriverait le délégué du clergé qui était chargé d'arrêter le coupable et de le livrer à la justice ecclésiastique*.
En 1294, à Laon, deux nobles menacés par la justice municipale pour avoir frappé un bourgeois sont poursuivis par le peuple, et se sauvent à grand'peine jusque dans la cathédrale, où ils demandent asile au chapitre. « Un chanoine, parent de l'un d'eux, les fit monter dans l'une des tours, 011 il les enferma en attendant la nuit, dans l'espérance qu'on pourrait alors les faire évader. Cependant la multitude avait envahi l'église et délibérait sur les moyens à employer pour les faire sortir, leur promettant qu'il ne leur serait fait aucun mal : sur leur refus, des gardes furent placés près des portes de leur asile, afin d'empêcher une évasion nocturne, et l'on attendit le jour. Le lendemain, sur les neuf heures du matin, le tocsin sonne, les portes de la ville sont fermées et tous les habitants s'assemblent en armes. Bientôt la foule entre en tumulte dans la cathédrale, sans être arrêtée par le service religieux qu'on y célébrait en ce moment : elle brise les portes de la tour, se saisit des deux nobles, les arrache violemment de leur asile avec le chanoine qui les avait recueillis, aux cris redoublés de Commune! Commune! On les traîne ensuite, par les pieds et par les cheveux, dans les rues et sur les places, jusqu'à la maison du bourgeois qui avait été victime de leur brutalité. Arrivée là, la foule exaspérée les frappe à coups de poing, de bâton, de hache et de pic, malgré l'intervention du doyen de l'archidiacre et du bailli du roi; enfin on les jette dans la prison municipale, oîi l'un d'eux ne tarda pas à succomber des suites de ses blessures^».
Émeutes ou procès, tel était le résultat ordinaire de ces