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Melleville, Histoire de Laon, II

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conflits (le juridiclion, qui, à peine apaisés, renaissaient sans cesse plus aigus. Dans la violence de la lutte, le peuple ne se livrait pas seulement à des voies de lait sur la personne des clercs: il employait, pour se venger ou pour contraindre ses adversaires à capituler, des procédés d'une nature singulière. Organisant autour d'eux une sorte de grève alimentaire, il les aft'ainait. Tous les habitants de la ville, ou du moins tous les membres de la conmiune, s'engageaient à ne rien vendre, à quelque prix que ce fût, aux clercs et à leurs sergents. Ainsi agirent les bourgeois de Beauvais, en 1179, et ceux de Reims, en 1235. Vers la môme époque, le maire et les échevins d'Arras, en lutte avec leur évêque et leurs chanoines, les prirentégalement par la lamine. Les bourgeois, du reste, n'avaient pas inventé ce moyen ingénieux. Un évêque de Beauvais mit sa propre cité en état de blocus et interdit aux localités voisines d'apporter des vivres aux bourgeois de la commune, avec lesquels il se trouvait en guerre déclarée. L'abbé de Vézelai fit de même pour venir à bout de ses vilains. Clercs et bourgeois n'avaienl rien à se reprocher.

La question vitale du maintien ou du retrait de la commune donna lieu à des troubles autrement graves. On sait que le refus du clergé d autoriser l'établissement du régime communal eut pour conséquence, sur certains points, l'assassinat de l'évoque ou de l'abbé, c'est-à-dire, dans l'opinion des contemporains, le plus monstrueux des attentats. Il suffit de rappeler le massacre de l*évêque de Laon, en 1112, et celui de l'abbé de Saint-Pierre le Vif, en 1 149. Peu s'en fallut qu'en 1305 les bourgeois de Chàteauneuf-de-Tours, à qui le chapitre de Saint-3Iartin de Tours refusait la commune, n'en vinssent à de pareilles extrémités. « Us assaillirent le cloître où se réfugièrent le doyen, les chanoines, les clercs et tous les familiers du chapitre. L'une des portes fut incendiée, les autres forcées; les insurgés le parcoururent, blessèrent à mort un clerc, tuèrent un chanoine et un écuyer, poursuivirent un vicaire 1 epée nue, forcèrent les prisons du chapitre. Ils assaillirent à coups de pierres leurs adversaires qui fuyaient dans l'église et dans la salle capilulaire. où ils les tinrent bloqués pendant plusieurs jours , empêchant (piiconque de leur faire passer des vivres ou de leur rendre tout

autre service, dans l'espoir de les réduire par la famine'. » La répression sanglante qui suivait de près ces crimes politiques, au lieu de calmer les passions populaires, ne servait qu'à les exciter. Les haines et les rancunes restaient perpétuellement avivées. Même pour des faits d'une gravité moindre, la pénitence et les amendes imposées aux communes par les tribunaux ecclésiastiques, par la cour du roi, ou par une juridiction d'arbitrage, étaient souvent hors de proportion avec la faute commise. Les bourgeois subissaient la peine, mais gardaient au fond du cœur le souvenir de l'humiliation. Ils n'attendaient que l'occasion de se venger par une nouvelle émeute et un redoublement de violences.

En 1216, les gens de la commune de Nieuport, près de Dunkerque, étaient en conflit avec les chanoines de Sainte- Waiburge, de Furnes, au sujet de la dîme sur les poissons. Les délégués du chapitre s'étant présentés pour la recevoir, la populace se jeta sur eux, tua deux prêtres et blessa grièvement un clerc. Excommuniée par l'autorité ecclésiastique, elle finit par rentrer en grâce auprès de l'Église, mais à quel prix? « Les plus coupables, au nombre de vingtcinq, échevins ou simples habitants, devaient, dans l'année, faire le voyage d'outre-mer et ne revenir qu'au bout d'un an, après avoir assisté, à leurs frais, à des processions en vingt-six églises différentes, sans autres vêtements que leurs caleçons, les pieds nus, et portant des verges avec lesquelles on leur donnait la discipline. Cent autres personnes, parmi les notables, étaient tenues d'assister également à ces processions. La commune dut bâtir trois chapelles, donner 50 livres à un couvent de religieuses, indemniser les parents des prêtres tués, comme s'ils eussent appartenu à la noblesse, indemniser aussi le prêtre blessé, construire, au profit du comte de Flandre, une forteresse du prix de 1000 livres pour empêcher de nouveaux troubles; donner enfin au comte de Flandre 40 livres tous les ans, le jour commémoralif de l'assassinat ^ »

La sentence rendue en 1227 contre les gens de Tournai,

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