Wauters, les Libertés communales, 'h
258 LES COMiMUNES FRANÇAISES.
par leur évoque, décrétait les peines suivantes : « Tous les bourgeois, pieds nus, les prévôts et les jurés en chemise et les autres magistrats de la commune on vêtement de laine, étaient condamnés à se rendre à la tombe de celui qu'ils avaient fait mettre à mort. Là, les prévôts et les jurés devaient déterrer le corps de leurs propres mains et le porter jusqu'à l'endroit fixé pour la sépulture définitive. A cet endroit on proclamerait à haute voix que la commune n'avait aucune juridiction sur le clergé. Les magistrats étaient tenus ensuite d'abattre la potence municipale et d'en porter les débris jusqu'au marché, où on les brûlerait. Puis, prévôts, jurés et chefs des corporations d'arts et métiers devaient se rendre en pèlerinage à Cambrai, Lille, Bruges et Gand, si l'évoque le jugeait convenable. En outre la commune était condamnée à donner 300 livres pour bâtir une maison et une chapelle destinées aux prêtres en retraite. »
Une pareille sentence comportait des formalités trop humiliantes pour que la commune de Tournai pût s'y soumettre. Elle les racheta moyennant une forte somme payée à l'évêque. Mais il n'a pas tenu aux clercs que ces stipulations exorbitantes ne fussent exécutées. On sait, par l'histoire de la commune de Laon, au xin'' siècle, que des pénitences presque aussi onéreuses furent réellement acceptées et accomplies par les bourgeois. Ce n'étaient pas toujours les tribunaux ecclésiastiques qui faisaient expier aux communes les excès commis sur le clergé. La cour du roi se montrait aussi rigoureuse dans ses arrêts.
L'Église avait le droit de se défendre, mais elle en usa trop souvent d'une manière impolitique : au lieu de se ramener les esprits, elle acheva de se les aliéner. La lutte engagée avec le clergé prit, on plus d'une circonstance, un caractère non seulement anticlérical, mais antireligieux. Le peuple, excité, exaspéré, ne se contentait pas toujours de violer les territoires ecclésiastiques, de blesser ou tuer les prêtres et les moines qui lui résistaient. 11 alla (chose plus inquiétante) jusqu'à tourner en ridicule ce qui était, en temps normal, l'objet de sa vénération ou de sa terreur superstitieuse. Ses fureurs ne s'arrêtèrent pas devant le sacrilège. Il se passa même, en plein xii'" siècle, des faits qui étonnent
ceux qui connaissent le moyen âge, les idées, les croyances et les préjugés de ce temps.
L'histoire de la commune de Vézelai offre, à cet égard, des particularités déjà dignes de remarque. On y voit les bourgeois, frappés de l'anathème ecclésiastique, se familiariser avec l'excommunication. L'un d'entre eux étant mort pendant la guerre sans merci que se faisaient la commune et l'abbé de Vézelai, ses concitoyens l'enterrèrent sans l'assistance d'aucun prêtre, et suivirent le corps jusqu'au cimetière, portant eux-mêmes la croix et chantant l'office des trépassés. Dans l'émeute qui eut lieu à Beauvais, en 1305, les communiers, après avoir pillé le palais de l'évêque, pénétrèrent dans les chapelles, y brisèrent les portes, serrures, fenêtres et vitraux, emportèrent les calices, les livres, les ornements bénits, et s'amusèrent à souiller le lieu saint*. A Cambrai, la populace en était arrivée à poursuivre de ses huées les prêtres, moines et frères convers, toutes les fois qu'elle en rencontrait^
Dans cet ordre de faits, les épisodes les plus caractéristiques se passèrent à Gorbie, à Saint-Yaleri-sur-Somme et à Saint-Riquier.
En 1238, la lutte entre les Corbéiens et leur abbé arrivait à l'état aigu. Le maire et les jurés maltraitèrent et jetèrent en prison des sergents de l'abbaye. Puis, à la tête d'une partie de la commune, ils entrèrent de force dans le monastère, pénétrèrent jusqu'aux appartements de l'abbé et ne craignirent pas de se porter à des voies de fait sur sa personne. Un bourgeois étant mort intestat et excommunié, ses biens avaient été placés sous le séquestre et confiés à la garde de plusieurs religieux. Ces religieux furent frappés et expulsés par les émeutiers. C'est en vain que l'abbé, pour se défendre, jeta l'interdit sur la ville. Les bourgeois refusèrent de s'y soumettre, s'emparèrent du cimetière abbatial, et, peu soucieux des prohibitions canoniques, y enterrèrent ceux d'entre eux qui mouraient en état d'excommunication'.
A Saint- Valeri, l'état de guerre entre la municipalité et