‹ Les communes françaises à l'époque des Capétiens directsChapitre 21 sur 121 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Théories sur l'origine des communes. Romanisme et germanisme. — Point de départ du mouvement communal. Définition de la commune. — L'insurrection urbaine n'est qu'un des aspects de la réaction provoquée par les excès du régime féodal. — Premières révoltes populaires. — Les abus féodaux attestés par le clergé et par la féodalité elle-même. — La littérature antiféodale du xiii'= et du xiv" siècle. — Renart le Contrefait, Jean de Meung, et les prud'hommes de Bayonne.

Si la science contemporaine a fait faire un progrès considérable à l'histoire du mouvement communal, c'est précisément parce qu'elle cherche moins à l'expliquer qu'à le connaître. Elle a compris qu'une théorie, si brillante et si ingénieuse qu'elle fût, sur l'origine de cette révolution ne valait pas une monographie bien faite, consacrée simplement à retracer, dans le détail, l'organisation et les destinées d'une seule commune.

Dans un livre élémentaire et synthétique comme celui-ci, on ne peut insister sur cette question [si controversée] des origines^ Il faut se résigner à constater un fait, contre lequel on ne peut rien : l'absence de documents relatifs à la constitution municipale des cités et des bourgs pendant quatre cents ans, du septième siècle au onzième. Selon toute apparence, cet énorme hiatus ne sera jamais comblé. Quelques

1. [On a tenté d'indiquer plus haut, p. vi et suiv., dans quelle mesure il semblait possible aujourd'hui d'apporter une réponse à cette question.]

brèves et sèches indications sur l'existence, dans les villes, d'un corps de pojjulation plus ou moins asservie; sur l'intervention des bourgeois dans les élections épiscopales, la fondation d'un marché, l'érection d'une paroisse, la résistance ()pi)Osée à l'invasion normande ou à la tyrannie d'un seigneur, voilà ce (jue nous olïrent les chroniques, pour la période antérieure à Philippe 1*'. Les chartes et les documents littéraires ne fournissent guère de données plus précises sur le Tégime des villes. Faute de faits, les érudits ont eu recours à la conjecture.

Quel(iues-uns d'entre eux ont supposé que les organes principaux des municipalités gallo-romaines s'étaient perpétués pendant cette période. Au fond, leur hypothèse repose principalement sur des analogies de noms. Les écrivains ecclésiastiques de l'époque carolingienne, plus ou moins imprégnés des souvenirs de l'antiquité, ont employé des expressions comme cives, qusestores, prsetoreSy foriim^ ciiria, senalus, liberlus romana. Devons-nous en conclure la persistance du régime gallo-romain? On sait que les chroniques du xu" et du xui* siècle appellent encore consules les seigneurs et surtout les comtes de l'époque féodale. Rien de moins probant, cela va de soi, que ces archaïsmes volontaires.

En réalité, Dubos, Raynouard et leurs disciples ne sont pas arrivés à prouver la perpétuité d(»s institutions romaines dans les villes du midi de la France : à plus forte raison ne saurait-il en être question pour celles du nord. C'est en vain (jue, dans un livre plein d'une érudition un peu confuse', Waulersa essayé de ramener l'attention sur le rôle de l'élément romain, notamment pour les principes essentiels du droit municipal et la constitution des biens comnumaux. Ses allirniations reposent tantôt sur une interprétation téméraire des termes équivoques de la langue du moyen âge, tantôt sur une conception trop étroite de l'histoire des comnuinautés urbaines, lesquelles ont leur racine dans un passé inliniment plus reculé que ne se le figure l'historien belge. La tradition romaine ne suffirait pas d'ailleurs à rendre compte de l'association militaire et civile fondée sur le ser-

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