‹ Les communes françaises à l'époque des Capétiens directsChapitre 26 sur 121 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

éclata en 1305 et les conjurés }uoclamèrcnl une fois de \)\us le rétablissement de la liberté.

Ainsi la création d'une confrérie aboutissait encore à nne manifestation communaliste, au commencement du XIV' siècle, c'est-à-dire à une époque où les institutions libres ai)i)araissent presfjue |)arlout ruinées et en défaveur. A plus forte raison est-il légitime de croire que, dans la période primitive, le même procédé a dû être souvent employé, et avec plus de succès, i)ar des hommes aussi belli- (jueux et aussi avides d'indépendance. Que les associations urbaines s'otîrent à nous sous leur aspect économique ou par leur côté relii^ieux, elles ont réussi alors certainement à fonder, sur bien des points, les libertés numicipales dont la communauté entière était appelée à bénéficier.

Indépendamment des sociétés ou corporations particulières, il existait dans divers centres urbains un élément d'organisation générale sur la nature duquel il est nécessaire de s'expliquer. Il serait imprudent d'affirmer qu'avant l'institution communale les villes ne pouvaient pas former un tout, une collectivité jusqu'à un certain point agissante, une personne morale représentant des intérêts communs. Si mal connu que soit leur état intérieur, dans la période du x« et du xr siècle, on entrevoit cependant que certaines villes, avant de devenir des communes, ont été, à n'en pas douter, des communautés. A différents égards, leurs habitants paraissent déjà réunis en corps. Il existe chez eux un groupement; on y surprend une force populaire qui s'exerce collectivement. Celle communauté possède des droits de propriété dans la banlieue et parfois même sur des territoires assez éloignés.

Les textes où l'on peut saisir les indices de ce groupement primitif des habitants des cités sont rares et en général peu significatifs. 11 y a cependant des exceptions. A Noyon, en 932, l'historien Flodoard nous montre les c< citoyens » prenant l'initiative d'une lutte à outrance contre le comte Alloaume, qui vouhiil leur imjtoser un évè(pi(\ et rentrant par la force en |iossession de leur ville '. En 1027,

1. Lefranc, Histoire de lu ville de Noyoïi jusijuà la fin du xni° siècle (188S), p. 18.

les mêmes citoyens s'unissent à leur évêque, pour chasser le châtelain royal qui les opprimait*. A Amiens, au milieu du x« siècle, les hahitants s'allienL au comte de Flandre pour expulser un évoque intruse Au xi' siècle, fait encore plus notahle, ils se confédèrent avec les habitanls de Corbie^

A la même époque, dans la même ville, on trouve mentionnés, comme réclamant contre les vexations des officiers du comte d'Amiens ou comme validant par leur présence les donations et les contrais, des personnages appelés « princi})aux de la ville » [])rimores urhis) , hommes d'autorité ayant parmi le peuple prépondérance de témoignage. Augustin Thierry a conclu de ce fait 'que les Amiénois possédaient dès lors une sorte de conseil municipal. La conclusion paraît exagérée. Une administration municipale suppose le lien politique institué entre les habitants. Or les textes ne révèlent rien de semblable. Ils impliquent seulement qu'il existait à Amiens des notables, des prud'hommes et que le témoignage de ces notables était recherché en justice.

De tous les renseignements, malheureusement insuffisants et isolés, qu'on peut recueillir sur la communauté primitive dans nos villes du nord, se dégage un fait général récemment mis en lumière par un érudiL : c'est que le développement de cette communauté est dû en grande partie à l'invasion normande. Les ravages des Normands n'ont pas exercé seulement une intluence capitale sur la constitution de la féodalité, en forçant les populations à se grouper autour des seigneurs ou propriétaires régionaux, et ceux-ci à construire partout des châteaux, centres de nouvelles circonscriptions politiques. Ils ont encore obligé les habitant» des grandes villes à s'unir pour se défendre, à relever leurs murailles, à se protéger au moyen d'une enceinte continue.

c< Les villes, dit M. Lefranc^ prirent une disposition plus régulière : il semble qu'à l'abri de ces nouvelles enceintes, leur individualité, jusque-là mal définie, se soit dégagée plus pleinement. Elles eurent, dès lors, une physionomie plus

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