K\nckohn; Gcschichtc des Gotles-frieden
2. Sémichon, la Paix et la Trêve de Dieu, 2 vol. in-12, 18G9. Voir, sur ce livre, Bibliolhcrjiie de l'Ecole des Charles, 1858, p. 296, Revue critiaue, 1870 n" du 30 avril; Wauters, les Libertés communales, p. 21.
diort'ses (nolammenl dans le Béni, où cet usage durait eiicoi'e au xiii'" siècle) le nom de « comnuinaulé » et nièinc de « eonuuune », communilas pacis, commune pacis, le « commun de la paix », et simplement aussi communilas., commune, communia. L'association de paix possède, dans chaque diocèse, sa Ibrce armée; car tous les membres ont juré d'aider à poursuivre par les armes les violateurs de la paix. Ils sont donc enrégimentés, mais dans les cadres ecclésiasliipies, puis(pi'il s'agit ici essentiellement d'une inslilution d'Eglise. L'évèque conduit les bourgeois de sa cité, le curé est à la tête de la milice paroissiale. L'association possède aussi sa justice : aujjrès de l'évoque, et probablement sous sa présidence ou celle d'un archidiacre, est constitué un tribunal dont les membres sont appelés « juges de paix », j m lices juicis.
Il s'en faut d'ailleurs que cette organisation nous soit connue dans le détail : les canons des conciles et quelques mots épars dans la correspondance des évêques et des papes nous permettent seulement de l'entrevoir. Mais il n'est pas douteux qu'elle existât dans beaucoup d'évêchés. Au commencement du xn^ siècle, les papes avaient même cherché à associer, pour ce même objet, un certain nombre de diocèses, de façon à étendre l'institution à tout le royaume capétien. L'Église a-t-elle atteint le but qu'elle s'était proposé? Les associalions diocésaines ont-elles régulièrement fonctionné? Dans quelles limites ont-elles réussi à prévenir les guerres privées? Autant de questions difhciles ou impossibles à résoudre. Ce qu'on peut affirmer, c'est qu'à certains moments de noire histoire elles ont joué un rôle politique.
Les milices de la paix ont été utilisées par la royauté, encore trop faible pour agir avec ses propres ressources, dans la lutte qu'elle entrei)renait contre les grandes el les petites seigneuries. Orderic Vital montre, en 1094, Philippe I" menant au siège de Bréval les paroissiens enrégimentés sous la bannière de leurs curés. A la mort de ce roi, en 1108, le même historien dit formellement: « Une communauté populaire fut établie en France par les é\ê- (jues, de telle sorte que les prêtres accom[)agnaient le roi aux combats et aux sièges avec les bannières et tous les paroissiens ». Un sait, du reste, par Suger, que les « coin-
mîmes des paroisses du pays », corymiimitales parrochiarum, prirent part à l'un des sièges du Puiset, et qu'un curé y entra le premier par la brèche. En 1119, après la défaite de Brémule, Louis YI convoque les évêques, et ceux-ci, ajoule Orderic Yit;il, « menacèrent d anathème les prêtres de leur diocèse, avec leurs paroissiens, s'ils ne se hâtaient de se réunir, vers le temps fixé, à l'ost du roi ».
Les associations de paix instituées et réglées par l'Église étaient destinées à disparaître du moment où le roi de France, développant à la fois son domaine et son autorité, j)ouvait subsliluer sa police et sa justice à celles que les évêques avaient créées dans leur diocèse. Mais les institutions survivent longtemps aux circonstances qui les ont fait naître et même à celles qui sembleraient devoir en amener l)romptement la suppression. D'une part, les associations de paix continuèrent à se former (au moins dans les pays sur lesquels ne pouvait s'étendre l'action de la justice royale), même après l'avènement de Philippe Auguste. C'est ainsi que se constitua, en 1182, dans le Vêlai, la célèbre confrérie des Encapuchonnés, à laquelle s'affilièrent, dit le chroniqueur, « beaucoup d'évêqucs et de grands, des nobles et des hommes de la classe inférieure ». D'autre part, les ligues pour la paix subsistèrent dans certaines provinces de la France capétienne, jusqu'à la fin du xiii'^ siècle. Dans le Berri, le serment dit de la « trêve et de la commune », treuga et communia, prêté j)ar les nobles et même par le peuple de la province à l'archevêque de Bourges, continuait à être exigé sous le lègne de saint Louis. En 1239, un haut seigneur, Arcliambaud de Bourbon, prêtait à l'archevêque Philippe Berruyer le serment suivant : « Seigneur archevêque, vous demandez que je fasse serment à votre commune, et vous dites que vous avez des témoins qui étaient présents quand mon père l'a jurée : or je vous crois homme de bien, et je pense que vous dites la vérité, donc je vous jure votre commune, comme mon père vous l'a jurée* ».
Ce sont les détails de celle nature qui ont inspiré à certains érudits l'idée singulière d'identifier la conmiune avec