‹ Les communes françaises à l'époque des Capétiens directsChapitre 30 sur 121 · jiry, t'iablisucmenta de l\uucn, l, lj · texte numérisé non relu

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éviter tout dommage, et de ne jamais citer un voisin devant la juridiclion d'un autre seigneur.

Le serment était toujours prêté avec une certaine solennité dans l'assemblée de ceux qui composaient le corps municipal. La charte de Noyon est formelle sur ce point : quiconque voudra entrer dans la commune ne pourra en être reçu membre par un seul intlividu, mais en la présence des magistrats. A Bayonne le récipiendaire jurait sur le livre des Établissements qui contenait la charte de fondation et les statuts de la commune. Exigeait-on dans tous les cas le serment de bourgeoisie? Il pouvait y avoir des excep-~ tions. A Senlis, vers la lin du xiii" siècle, les hommes qui s'étaient mariés avec des filles de jurés ne prêtaient pas le serment, quelle que fût leur situation. On considérait qu'ayant pris femme dans la ville et s'y étant établis sans esprit de retour, les gendres des bourgeois pouvaient être dispensés du serment et des frais qu'entraînait cette formalité*. Mais ce ne fut là qu'une dérogation à la règle, un privilège spécial accordé sur une autorisation particulière du maire, après entente préalable avec les membres du corps de ville.

L'ensemble des bourgeois assermentés constituait la commune. La commune s'appelait le plus souvent communia, mais aussi, avec des variantes de terminaison, communa, communio, communitas. A proprement parler et surtout à l'origine, le nom de commune était donné non pas à la ville, mais à l'association des habitants qui avaient prêté serment. On se servait aussi pour cette raison de l'expression : « commune jurée ». Plus tard l'acception du mot s'élargit : il désigna la ville elle-même, considérée comme unité géographique. D'ailleurs la langue du moyen âge était si pauvre, ou, du moins, les chroniqueurs et les scribes se donnèrent si rarement la peine de chercher des mots distincts pour exprimer des idées différentes, que ce nom de commun/a indiqua aussi, par la suite, tantôt la milice communale, lantùt les simples membres de la commune, le peuple inférieur, par opposition à ceux qui occupaient les charges municipales. Certains synonymes du mot communia^ tels que commuiiio et communilas, n'avaient pas non plus tou-

1. Flaiiiuiermontj Ilisloirc des iittiUiuLiutis municipales de Senlis, p. 7.

jours celle môme sijinilicalion. On les api)li(|uail A dos villes où le ré^'ime conimunal n'élait pas établi, à renscin])lc des liourgeois liabilaiit une localité iiuelconciue. Pour accroilre encore la confusion, les chroniqueurs oui pris (jucdipiefois le mot communia dans ce sens général de « communauté ».

Les membres de la commune, ceux qui faisaient partie de l'association jurée, s'appelaient })ropremenl « jurés de la conmiune «, jurali communie, ou, par abrégé, «jurés », jurali. On les désignait aussi simplement par l'expression : « les bonnnes de la commune », ou « ceux (jui sont de la conuuuue », qin swil de cominunia. Ils s'intitulaient également « bourgeois », burgenscs, plus rarement « bourgeois jurés »; quelquefois aussi « voisins », viciiii, ou même « amis», a»ac?, ce qui semble indiquer un lien de confrérie, plus étroit que celui de la fédération communale. Ici encore il faut compter avec la pauvreté du vocabulaire et la diversité infinie des habitudes locales. Si le mot «juré » indique dans certaines villes (par exemple à Amiens, à Rouen, à Senlis) l'ensemble des membres de la conunune, ailleurs (par exemple à Noyon) on lui donnait rarement cette signification étendue. II n'avait que le sens restreint de magistrat communal ou de membre du corps de ville. Quant au mot bourgeois, le plus souvent synonyme de juré, on ne l'employait pas toujours avec cette acception. Tantôt il signiliait habitant d'un bourg, par opposition aux habitants des cités ou villes épiscopales, qu'on appelait cives; tantôt on le prenait dans le sens d'habitant d'une ville simplement })rivilégiée ou prévôlale, dénuée de l'organisation communale. D'autre part, comme beaucoup de conununes se trouvèrent établies dans les villes épiscopales, il s'ensuivit que le mot de « citoyen » fut emi)loyé plus d'une fois, comme exactement synonyme de « bourgeois », pour désigner les mcnd)res d'une ville libre.

11 s'en faut que la lumière soit faite complètement sur la question de savoir quelles conditions étaient exigées de ceux qui entraient dans l'association communale, et à quelles classes de personnes l'accès de la bourgeoisie était ouvert ou interdit. La variété des usages locaux, et surtout l'impossibilité de trouver des textes qui s'applicpient à la plus ancienne période Je l'émancipation urbaine, embarrasseront

toujours l'historien. Pour rencontrer en ces matières des documents clairs, développés et précis, il faut descendre, en général, à la fin du xiii'" siècle ou même au siècle suivant, c'est-à-dire à l'époque de la décadence du régime communal. Il serait téméraire de juger de ce qui se passait dans les communes au temps de Louis le Gros par les hal)itudes ou les rècrlomonts qui paraissent y être établis sous le règne de Philippe le Bel.

Dans la périoclc primitive ou période de fondation, alors qu'il s'agissait de lutter contre la mauvaise volonté du seigneur et de propager par tous les moyens le mouvement insurrectionnel, les corps municipaux ne pouvaient pas se montrer, pour l'admission dans la commune, aussi scrupuleux, aussi exigeants qu'on le fut par la suite. Le serment des bourgeois de Noyon, cité plus haut, appartient à un temps où le régime communal était devenu une institution régulière, oi^i le titre de bourgeois, tout en imposant de lourdes charges, procurait aussi des avantages de diverse nature. Or on voit, par ce serment, que les candidats à la bourgeoisie devaient être de condition libre, nés de légitime mariage, non endettés, et même exempts de maladie. En d'autres termes, il fallait que le bourgeois fût indépendant de toutes manières, et parfaitement sain de corps et d'esprit. Quelques-unes de ces exigences nous paraissent excessives : mais il est permis de supposer qu'à l'origine elles n'existaient pas ou étaient infiniment moins rigoureuses. Il faut reconnaître aussi que, dans une certaine mesure, elles peuvent s'expliquer et se justifier.

Le bourgeois ne devait pas être malade, c'est-à-dire, sans doute, atteint d'une maladie incurable et surtout d'une maladie contagieuse, comme la lèpre. On sait comment étaient traités les lépreux, dans les villes libres comme dans les autres. Les règlements ordonnaient d'office leur séquestration dans les hôpitaux spéciaux ou maladreries, après les avoir obligés préalablement à abandonner leurs biens à la commune. Cette séquestration n'était cependant pas aussi absolue qu'on l'a dit : à Abbeville, par exemple, les lépreux paraissent autorisés à faire des quêtes'. De plus, il leur

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