Aug. Thierry, Mu7i. inéd., IV
citoyen clans la commune de Laon. Ce sont là des anomalies : mais on ne peut nier qu'elles se soient produites ; il est même facile de les expliquer. Quand un seigneur laïque et un seigneur ecclésiastique se trouvaient en concurrence dans une localité, l'intérêt du premier, comte ou simple châtelain, lui commandait parfois de favoriser, contre son rival, la formation et le développement des institutions bourgeoises. Le baron ne craignait pas, en certains cas, de prendre en main la direction du mouvement populaire destiné à limiter ou à détruire l'autorité du seigneur d'Église. Mais nous touchons ici à la grave question des rapports de la commune avec la féodalité laïque et avec le clergé : elle s'imposera plus tard spécialement à notre examen.
Li COMMUNE RURALK
Le mouvement communal hors de la cité. — Les bourgeois forains. — La banlieue. — Précautions prises contre la propagande communaliste. — Paysans attirés clans les communes urbaines. — Le droit d'atlrait. — Les institutions communales dans les campngnes. Nomijreuses tentatives insur rectionnelles. — Comment s'explique la formation des communes rurales — Les fédérations de villages ou communes rurales collectives. — Les communes collectives du Ponthieu et du Laonnais.
On a vu comment se formaient, dans l'intérieur des cités, les associations bourgeoises, quelles catégories de personnes pouvaient et devaient s'y affilier. Il faut maintenant dépasser le mur d'enceinte de la ville libre et rechercher jusqu'à quel point les tendances et les institutions propres au régime communal ont pénétré, hors des remparts, dans les villages, au sein de ces populations laborieuses sur qui pesait le plus lourdement le joug de la féodalité.
Il n'était pas toujours nécessaire d'habiter effectivement la commune pour en faire partie. On constate parfois l'existence de bourgeois non résidents, qu'on appelait pour cette raison « extérieurs » ou « forains «, foreuses. Quelques-uns pouvaient être établis dans une ville voisine, dénuée de l'organisation communale. Le titre de communier n'entraînait probablement pour ces personnes qu'une partie des charges qui incombaient iaux bourgeois résidents. D'autre part, les forains ne devaient jouir des avantages appartenant à ces derniers que lorsqu'ils mettaient le pied sur le territoire de la commune. Les documents sont d'ailleurs peu explicites sur leurs droits et leurs obligations. En fait, ils n'ont jamais formé qu'une minorité insigniliante, presque une exception. La commune était, par ses racines, profondément attachée au sol: les privilèges et les droits qu'ell(> conférait
à ses membres avaient un caractère essentiellement territorial. Avant t®ut, on était bourgeois, parce qu'on se trouvait résider sur un territoire déterminé. Ce territoire était marqué d'abord par l'enceinte des murailles de la cité ou du bourg," ensuite par une limite d'un autre genre, qui enfermait la campagne immédiatement avoisinante, considérée comme une annexe inséparable de la ville, la banlieue.
La banlieue n'est que le prolongement circulaire de la commune urbaine. Dans les textes latins on l'appelle généralement hanleuga, banliva : nom qui indique que le territoire s'étendant à une lieue autour de la ville était soumis au pouvoir, à la juridiction, au han de la seigneurie communale. La banlieue était assimilée, à tous égards, au terrain [)rivilégié que circonscrivaient les remparts mêmes de la cité. Cette annexe renfermait non seulement les faubourgs attenant à la ville, mais les villages situés tout autour, dans un rayon de plusieurs kilomètres : car, en dépit de l'étymologie du mot banlieue, ces dépendances étaient souvent situées à plus d'une lieue du centre de la municipalité. Un cas particulier, probablement exceptionnel, est celui de la commune de Poitiers. Avant le xi« siècle elle avait une banlieue s'étendant jusqu'à plus de dix kilomètres aux environs. Après le w^ siècle elle n'en a plus : ses limites coïncident presque avec le mur de la cité*.
Il ne semble pas que la constitution du territoire de banlieue ait été une conséquence directe de l'établissement du régime communal. Antérieurement à la commune, la cité avait sans doute sa banlieue, et la possédait de toute ancienneté. Ces délimitations des territoires urbains sont, comme celles des anciens pays, peu susceptibles de changement. Elles ne suivent pas, en général, les variations de l'histoire administrative et politique. Ce qui est certain, c'est que la banlieue des communes, telle qu'on la trouve déterminée dans les documents du xii« et du xiu" siècle, est souvent restée de nos jours, à peu de chose près, ce qu'elle était déjà à cette époque reculée. Les moyens de comparaison ne font pas défaut ; car, dans beaucoup de chartes communales, a j)ris place un article spécial par lequel le seigneur qui con-