Aug. Tliieiry, Mon. inéd., IV
2 Quanljn, Recueil de pièces sur le xiir siècle, p. xxxiii (n" 238).
biles qui, dans ce dernier cas, ont déterminé la conduite du fondateur sont de nature très diverse. Tantôt il s'est agi, pour lui, d'établir dans les campagnes un poste fortifié, un centre de défense militaire ; tantôt il a donné par faveur l'organisation communale à de simples villages, peu dangereux pour son pouvoir, parce qu'ils étaient des lieux de résidence. Dans les localités rurales où le pouvoir était partagé, plus ou moins inégalement, entre un seigneur ecclésiastique et un laïque, celui-ci, pour diminuer l'autorité de son concurrent, n'a pas hésité à émanciper les villageois. L'espoir de nuire aux intérêts des puissantes abbayes de Saint-Riquier et de Corbie explique peut-être, en partie, la facilité avec laquelle les comtes de Ponthieu ont multiplié sur leur domaine les constitutions communales.
D'ailleurs, il est arrivé que pour les petites localités, pour les villages de minime importance et pour les hameaux, la commune n'a été que le résultat d'une confédération. Chaque village, pris à part, n'aurait vraisemblablement pas réussi à se donner l'organisation communale. En s'associant avec les villages voisins, il constituait une force capable d'en imposer au seigneur.
La commune rurale apparaît en effet, dans plusieurs régions, sous la forme collective : nouvelle application à noter du principe d'association. Cette application est même ici à deux degrés : association assermentée de tous les membres d'un même village, et, en outre, confédération ou coalition permanente entre un certain nombre de communautés rustiques. Les éléments de ces confédérations varient, pour la qualité comme pour la quantité. Certaines communes rurales sont formées de villages aussi peu importants les uns que les autres; d'autres sont constituées par un village plus peuplé, ou même par un bourg réunissant sous son hégémonie un certain nombre de hameaux. Ici l'association se compose de trois ou quatre éléments; là, au contraire, elle s'étend à une quinzaine de localités.
Ceux qui veulent étudier ces communes rurales formées par confédération, ces municipalités collectives, dans les documents trop peu nombreux qui les concernent, devront fixer leurs regards sur deux régions particulières de la France du Nord : le Ponthieu et le Laonnais. C'est autour
irAbbeville cl de Laoïi ijiic se soiil lormées surtout ces associations villa^a^oises dont les constitutions étaient modelées sur celle de la grande commune urbaine ([u'ellesavoisinaienl.
Dans le Ponlliieu, les villages ()ui avaient reçu l'organisation communale s'intitulaient villes, pour se distinguer des localités soumises aux conditions ordinaires. Parmi les contodérations rurales qui s'y étaient formées, il faut citer la comnnuie de Créci, 3Iachi et Macliiel; celle de Croloi, IMayoc et Bertaucourt; enlin la commune dite de Marquenterro, qui comprenait les villages et hameaux situés entre la baie de la Sonune et celle de l'Aulhie. Le centre de cette dernière commune était à Quend-le-Yieux, le plus important des villages confédérés. On connaît mal l'histoire de ces municipalités collectives, établies à la fin du xii'= siècle, peu de temps après la fondation de la commune d'Abbeville. Les seuls détails intéressants qui soient parvenus jusqu'à nous concernent la conuuune triple du Crotoi, de Mayoc et de Bertaucourt. A l'origine, le centre, la capitale de cette commune fédérative était Mayoc, qui aujourd'hui n'est plus qu'un hameau. Au xiii*' siècle, le siège du pouvoir et de l'administration communale se déplaça et fut fixé au Crotoi, dont rimportance ne fit que s'accroître.
Un curieux document prouve que, dans ces confédérations rurales, les associés ne réussissaient pas toujours à s'entendre. En 1283, les habilanls des trois localités ne purent se mettre d'accord au sujet des élections municipales, et surtout de l'élection du maire, cause fréquente de litiges et de troubles pour les conununcs les plus importantes. Le sénéchal de Ponthieu constitua alors un gardien de la commune, c'est-à-dire une nmnicipalité provisoire, et convoqua les habitants pour procéder au renouvellement de l'échevinage. Il ordonna que le maire et les échevins qui avaient été en charge l'année précédente nommeraient trois candidats pris dans chacune des trois localités. Parmi ces candidats, les habitants éliraient le maire; en cas de désaccord, le maire et les échevins chargés de la présentation devaient nommer le nouveau maire parmi les trois candidats présentés*.