Giry, Établissements de Rouen, II, 4<S et
102 J.ES COMMUNKS FRANÇAISES.
privilèges, le droit de monnayage. Il recommanda seiilciiienl aux bourgeois (utile précaution, au moyen Age!) de taire leur monnaie de lion aloi et de ne pas la changer trop fréquemment*. C'était là une faveur exceptionnelle, dont les bourgeois n'eurent pas longtemps à bénélicier. L'année suivante, un nouveau comte, Tbierri d'Alsace, contirnia leurs privilèges; mais, comme prix de cette concession, il eut soin de se faire rendre le monnayage-. Au reste, dans le monde féodal, le droit de batire monnaie n'était pas alTecté indistinctement à toute espèce de seigneuries investies du droit de justice; il n'appartenait qu'aux baronnies de l'ordre le plus élevé.
Si les conmiunes exercent les droits seigneuriaux, n'allons pas croire qu'elles les possèdent toutes dans leur plénitude. 11 y a commune et commune, de môme qu'il y a fief et fief. Les fiefs auxquels n'est atlachée qu'une justice restreinte ne jouissent que d'une parcelle de souveraineté. Il existe aussi des communes qui, par origine, par situation, par contrat, n'ont qu'une indépendance limitée et restent soumises, en grande partie, à la juridiction seigneuriale. Telle est en général la condition des communes établies dans les petits bourgs ou dans les villages. Les bourgeois de Gamaches ne pouvaient faire d'ordonnance sur le pain et le vin qu'après avoir demandé, au préalable, le consentement du bailli du comte de Ponlhieu'\ Certaines constitutions communales n'accordent môme aux grandes villes que des libertés peu étendues. A Rouen, la commune ne possède pas la haute justice; la plupart des droits financiers et le contrôle de l'administration municipale appartiennent au duc de Normandie. A Abbeville, il fallait l'autorisation du comte de Ponthieu pour que les habitants pussent reconstruire leur belïroi sur un autre emplacement*. C'est qu'en effet ce partage de la souveraineté, qui avait eu lieu forcément entre la commune et le seigneur, s'était accompli, suivant les régions, dans les conditions les plus varices. Ici les parts se trouvaient presque égales; le seigneur ne s'était guère
1. Giry, Histoire de la ville de Saint-Omcv, pièces jtistif. , n° III, p. 373.