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souffert, au plus haut degré, de cette maladie générale dont étaient atteintes les villes indépendantes : la lutte des riches et des pauvres, du parti aristocratique et du parti démocratique. Les municipes de l'Empire romain n'avaient pas échappé au fléau. Il en fut de même au moyen âge. Les historiens ont mis depuis longtemps en pleine lumière les querelles d'ordre politique et social qui ensanglantèrent pendant des siècles les cités libres de la Lombardie, delà Toscane et de la Flandre. Ils ont négligé d'observer et de signaler les mêmes faits dans les communes de la France du nord. Rarement cette question a été touchée. Par une étude plus attentive et plus approfondie des faits, nos érudits ont commencé à replacer la question sous son vrai jour, et à décrire avec exactitude l'évolution politique et sociale accomplie, du xii^ au xiv^ siècle, au sein des communes françaises.
Il suffit de prendre comme exemple les pages que Guizot a consacrées au même sujet. Dans la dix-huitième leçon de son Histoire de la civilisation en France il compare le régime municipal romain à celui du moyen âge, et sa première conclusion est que l'esprit aristocratique a dû dominer dans les cités romaines, l'esprit démocratique, dans les villes du moyen âge. En effet, il établit que l'organisation de la cité romaine est entièrement favorable à l'aristocratie. Étudiant la curie, ce sénat des anciens municipes, il montre que, dans ces municipes, le pouvoir était concentré dans un petit nombre de familles; qu'il s'y transmettait héréditairement; que ces familles formaient une corporation maîtresse de toute l'autorité et qui se recrutait elle-même, par son propre choix. A cette organisation il oppose celle des villes du moyen âge.
ce Transportons-nous maintenant, dit-il, au xiii<' siècle, nous nous trouverons en présence d'autres principes, d'autres institutions, d'une société toute différente. Ce n'est pas que nous ne puissions rencontrer, dans quelques communes modernes, des faits analogues à l'organisation de la cité romaine, une espèce d'ordo, de sénat héréditairement investi du droit de gouverner la'cité. Mais ce n'est point là le caractère dominant de l'organisation communale du moyen âge. Ordinairement une population nombreuse et mobile, toutes
les classes un peu aisées, tous les bourgeois en possession (l'une certaine fortune sont appelés à parlager, indireclemenl (lu moins, l'exercice du pouvoir municipal. Les magistrats sont élus en général, non par un sénat déjà très concentré lui-même, mais pa?' la masse des habitants^. »
Un peu plus loin, l'historien complète sa théorie en ces termes : « Le choix du supérieur par les inférieurs, du magistrat par la population, tel est le caractère dominant de l'organisation des communes modernes.... Dans les communes françaises, et particulièrement dans celles du nord et du centre, ce n'est point au dedans même de la cité que s'est établi le combat entre raristocratie et la démocratie: là l'élément démocratique a prévalu. C'est contre une aristocratie extérieure, contre l'aristocratie féodale, que la démocratie bourgeoise a fait effort. Dans l'intérieur des républiques italiennes, au contraire, il y a eu lutte entre une aristocratie et une démocratie municipales, parce qu'il n'y avait pas de lutte extérieure qui absorbât toutes les forces des cités-. »
Ainsi, à entendre Guizot, la commune française aurait été organisée démocratiquement ; d'autre part, elle n'aurait point connu les luttes politiques et sociales engagées entre les classes. Sous cette forme absolue et dogmatique, ces deux affirmations sont précisément l'opposé de la vérité.
Les termes dont l'auteur s'est servi pour caractériser l'organisation tout aristocratique du municipe romain, sont littéralement applicables à la constitution de la commune du moyen âge, au moins pendant la plus longue période de son existence indépendante. On a vu précédemment que nos communes jurées ont été, en majorité, organisées au profit d'un certain nombre de familles riches, appartenant à la haute industrie ou au haut négoce de ia localité. Ces famil.es ont accaparé les charges municipales, s'y sont perpétuées, en ont soigneusement exclu tes autres classes de la population. L'élection annuelle du maire et de la municipalité (qui était de règle dans certaines communes, et non pas dans toutes) ne constituait pas, par elle-même, une garantie