Langlois, le Règne de Philippe III, p
de no pas savoir gérer les deniers conniuins, de répartir les charges avec parlialité, el môme d'aliuscr de sa situation pour s'enrichir aux dépens daulrui. Elle réclamait le droit de contrôler la gestion du maire et des corps municipaux. Elle revendicpiait aussi celui de participer à la nomination des magistrats. On prit l'habitude de mettre en accusation les maires sortant de charge, comme on le fit, par exemple, à Abbeville, en 1307 et en 1320. Submergée par le flot toujours montant des revendications et des émeutes, l'aristocralie urbaine céda dans la plupart des communes, et consentit ù partager avec le populaire un pouvoir qu'elle craignait de se voir enlever tout entier. C'est alors que l'organisation des cités libres commença à être modifiée dans le seus démocratique. Au point de vue politique comme au point de vue financier, le bas peuple, celui du petit commerce et des métiers, obtint enfin des garanties. On fit une part plus large aux corporations ouvrières dans l'élection des fonctionnaires de la commune. Le parti populaire reçut même le droit de confier ses intérêts à une magistrature spéciale chargée de le représenter en face des corps municipaux, d'assister à la reddition de comptes et même de participer dans une certaine mesure à l'administration de la ville. Ces représentants de la plèbe urbaine apparaissent, au commencement du xiv*" siècle, dans un certain nombre de grandes communes du nord, sous le nom de jurés ou de prudhommes du commun.
A cette époque, la classe inférieure des cites libres, la plus nombreuse, se donne presque partout le nom de commun ou de communauté, par opposition à la classe des gros bourgeois, des échevins. La distinction s'est faite entre la commune proprement dite, qui est le peuple, la masse des habitants non privilégiés, et les familles de Taristocratie municipale, qui constituent un corps jjarticulier, placé en dehors et au-dessus de l'ensemble des citoyens. La commune, au xn^ siècle, était le plus souvent indiquée, dans les protocoles des actes officiels, par l'expression : le maire et len jurés (pairs ou échevins). Au xiv*, on écrit : les jurés el le commun. Le peuple prend place dans les formules, ce tpii est naturel, puisqu'il est appelé maintenant i\ jouer son rôle dans les affaires de la cité.
LES PARTIS POLlTigUi'.S. 217
On voit combien Giiizot s'est mépris en opposant le caractère démocratique des communes à la forme arislocratique des municipes de l'Empire romain. La transformation politique des cités du moyen âge s'est accomplie seulement à partir du jour où les mécontentements de la classe inférieure eurent éclaté violemment sous forme d'émeutes. Les historiens doivent être ici d'autant plus affirmatifs qu'ils peuvent s'appuyer sur d'autres preuves que les menus faits recueillis, çà et là, dans les chroniques et les pièces d'archives. Écoutons Beaumanoir, un contemporain de Philippe le Hardi :
« Nous avons vu moult débats, dans les bonnes villes, les uns contre les autres, si comme les pauvres contre les riches, ou des riches mêmes les uns contre les autres; par exemple, quand ils ne peuvent se mettre d'accord pour nommer les maires, les procureurs, les avocats; ou quand un parti accuse l'autre de n'avoir usé, comme il le devait, des recettes de la ville, et d'avoir fait de trop grandes dépenses; ou quand les services municipaux fonctionnent mal, en raison des querelles et des haines qui poussent les classes les unes contre les autres....
« Nous voyons beaucoup de bonnes villes où les bourgeois pauvres et ceux de condition moyenne ne prennent aucune part à l'administration de la ville, qui est tout entière entre les mains des hommes riches, parce que le commun les redoute, en raison de leur fortune ou de leur parenté. Il advient que les uns sont maires, jurés, receveurs, et que, l'année d'après, ils transmettent leur office à leurs frères, à leurs neveux, à leurs proches parents; si bien que, en dix ans ou en douze, tous les riches hommes possèdent toutes les administrations des bonnes villes. Et après cela, quand le commun demande qu'on lui rende des comptes, ils se dérobent en disant qu'ils se sont rendu leur compte les uns aux autres. Mais, en tel cas, cela ne doit pas être souffert, parce que les comptes des biens appartenant à la communauté ne doivent pas être reçus par ceux-là mêmes qui sont chargés de la recette et de la dépense*. »
L'auteur de la Coutume de Beauvaisis est ici pleinement