‹ Les communes françaises à l'époque des Capétiens directsChapitre 91 sur 121 · Beaumanoir, dans Giry, Documents, etc., p · texte numérisé non relu

Beaumanoir, dans Giry, Documents, etc., p

d'accord avec les faits ; le lémoignag'e de l'historien paraît exactement corroboré par celui du jurisconsulte. Aces troubles, à ces émeutes, îi ces vices trop réels de l'organisation des communes, quel remède, suivant Beaumanoir, convientil d'apporter? Il n'en indique qu'un, qui suffit à tout : l'intervention du seigneur ou du roi. Lorsque les bourgeois ne s'accordent pas pour nommer leur municipalité, c'est le seigneur qui doit d'office en constituer une, aux frais de la communauté. Si ce sont les questions financières qui donnent lieu aux dissensions civiles, les municipalités qui ont occupé le pouvoir sont tenues de rendre au seigneur un compte exact de leur gestion et celui-ci a le droit de faire participer au contrôle les délégués du commun peuple. Si enfin le désordre qui règne dans la commune a pour cause les haines de familles ou de partisans, le seigneur doit encore intervenir pour emprisonner ceux qui troublent la paix publique, jusqu'à ce qu'ils aient conclu accord définitif ou assurément. Tous ces cas d'intervention seigneuriale, érigés en principe par le jurisconsulte, ont trouvé leur application dans les événements contemporains. Les émeutes ont toujours abouti, en efïet, à l'immixtion du seigneur local ou du roi dans les affaires de la commune. Si les démêlés des classes urbaines avaient pu se résoudre simplement par un recours à l'arbitrage des communes voisines, ce qui était la solution normale, les bourgeois en auraient été quittes pour modifier leur constitution, faire la part plus large à la population ouvrière et din)inuer les privilèges, réellement exorbitants, de l'aristocratie marchande. La situation politique de la commune entière n'aurait subi, de ce fait, aucune atteinte. Elle n'aurait été lésée ni dans ses pouvoirs généraux ni dans son indépendance. Mais il en fut tout autrement. La population inférieure, le commun, crui nécessaire, pour faire triompher ses revendications, d'appeler contre les gros bourgeois la vindicte de l'autorité. On vit le comte de Flandre, au nord, le duc d'Aquitaine, roi d'Angleterre, il l'ouest et au sud-ouest, le roi de France, dans le domaine capétien proprement dit et en Normandie, entrer dans les communes pour rétablir l'ordre et changer la constitution au profit de la démocratie, Cette intervention se traduisit immédiatement, fatalement, par une diminution d'indépen-

dance. L'ordre fut rétabli, du moins pour qudque temps, mais au détriment de la liberté. La démocratie ne triompha que pour livrer la cité libre aux puissances qui aspiraient à l'asservir.

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