‹ Les communes françaises à l'époque des Capétiens directsChapitre 93 sur 121 · Fiammermont, Hisluire de Scnlis, p · texte numérisé non relu

Fiammermont, Hisluire de Scnlis, p

qu'on peut constater, par exemple, à Senlis et à Abbeville, ne fut pas observée partout.

Lorsque la commune du Mans se fonda sous le règne de Guillaume le Conquérant, les seigneurs laïques de la localité suivirent des voies divergentes. Quelques-uns, surtout ceux de la ville, jurèrent la commune ; d'autres, principalement (eux de la campagne avoisinante, résistèrent. On sait que les belliqueux bourgeois du Mans, irrités de ce mauvais vouloir, se jetèrent sur les châteaux voisins, qu'ils livrèrent aux flammes, et coururent notamment « avec une ardeur fiiril)onde », dit la chronique, mettre le siège devant le château d'Hugue de Sillé, un des principaux barons du Maine. La trahison fut cause de leur échec; mais, quelque temps après, ils prirent une revanche éclatante sur un autre baron du pays, Geoflroi de Mayenne. Les communiers du Mans auraient pu tenir tête à la noblesse locale. S'ils n'avaient eu à combattre que celle-ci, il est possible que leurs institutions eussent vécu et duré. Mais elles disparurent sans retour devant les attaques du haut suzerain qui, pour leur malheur, était duc de Normandie et roi d'Angleterre.

Dans la cité de Laon, l'hostilité de la chevalerie locale et de la bourgeoisie paraît s'être donnée carrière longtemps avant l'établissement de la commune. Les nobles avaient l'habitude de se jeter sur les bourgeois, la nuit, parfois même en plein jour, et de les rançonner. Lorsque la commune se fonda, la noblesse s'allia avec le clergé contre le peuple. Aussi l'émeute de 1112 fut-elle dirigée aussi bien contre les chevaliers que contre les clercs. On vit les hôtels des nobles attaqués et pillés; les nobles eux-mêmes égorgés' la plupart obligés de s'enfuir déguisés. Les bourgeoises, aussi ardentes que leurs maris, insultaient, frappaient à coups de poing, dépouillaient même de leurs riches vêtements les dames nobles qui avaient eu le malheur de tomber entre leurs mains. Il est vrai, que dans la réaction qui suivit, lorsque les bourgeois, meurtriers de leur évêque, furent à leur tour expulsés et traqués, les nobles se donnèrent largement le plaisir de la vengeance, enlevant jusqu'aux ferrements des portes des maisons bourgeoises, massacrant dans les rues, jusque dans les églises, les vilains qui n'avaient pu s'enfuir. Les passions conservèrent long-

temps leur vivacité, au sein de cette rude population laonnaise. Ce sont les violences exercées, en 1294, contre deux chevaliers qui amenèrent Philippe le Bel à supprimer une première fois la commune.

Parmi les ionclionnaires féodaux qui exerçaient dans les villes un pouvoir plus ou moins contesté, le plus important était le châtelain. 11 possédait ordinairement la grosse tour de la localité et, par suite, le commandement militaire de la ville et de la région suburbaine. Dans la plupart des cités, il s'était rendu héréditaire et, de fait, indépendant du comte qu'il était censé représenter. S'il y eut des châtelains hostiles, dès le début, à l'institution communale, d'autres, au contraire, l'ont acceptée et même défendue. Leur politique à l'égard des bourgeois dépendit essentiellement de la nature de leurs relations avec l'évoque.

A Amiens, oii la commune fut, par exception, patronnée par l'évêché, la résistance du châtelain paraît avoir été le principal obstacle que les bourgeois rencontrèrent et qu'il leur fallut briser. Le régime communal ne put s'y établir que lorsque la milice populaire eut emporté le Châtillon, c'està-dire le donjon du châtelain. L'histoire de la commune d'Amiens est d'ailleurs la seule où l'on puisse voir clairement l'attitude que prirent, en face de l'insurrection bourgeoise, les différentes puissances ayant autorité sur la ville : pour la commune, l'évêque et le vidame; contre la commune, le châtelain et le comte. En se déclarant pour les bourgeois, le roi fit pencher la balance du côté des revendications populaires. Tandis qu'à Amiens le châtelain combattait la commune par haine de l'évêque, à Noyon il en favorisa le développement, pour la même raison. Là, en effet, l'évêque et son chapitre étant hostiles aux institutions municipales, l'entente entre le châtelain et les bourgeois fut continue'. PourBeauvais, il est assez difficile de savoir qui fut l'ennemi principal de la commune. Guizot pense que ce fut le châtelain*; mais les raisons par lesquelles il justifie son opinion ne sont pas péremptoires : on peut croire, à certains indices, que la résistance vint surtout de l'évêché.

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