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Histoire de la civilisation en France, IV

Dans les grands centres industriels de la région artésienne et flamande, les châtelains, généralement héréditaires dès la fin du xi« siècle, jouissaient d'une situation exceptionnelle. La plupart de ces villes (Saint-Omer, Valenciennes, Lille, Douai, Gand, Bruges) n'étaient pas sièges d'évêché; les châtelains purent y accaparer de bonne heure tous les pouvoirs, aux dépens de l'autorité du haut suzerain, le comte de Flandre. Aussi les communes de cette région furent-elles conduites à combattre et à restreindre graduellement les droits du châtelain. Elles s'efforcèrent de rejeter cette domination locale, toujours gênante parce qu'elle était présente, pour ne reconnaître que le pouvoir plus éloigné et plus général du comte flamand. Les puissants échevinages de la France du nord et de la Belgique ne tardèrent pas à triompher presque partout des prétentions du châtelain. Attaqué à la fois par la commune et par le comte, celui-ci ne put que difficilement résister à cette coalition. Tantôt il en arriva à n'être plus, comme à Saint-Omer, qu'une sorte de magistrat urbain, dépouillé en grande partie de son ancien pouvoir militaire, chargé d'assigner près le tribunal des échevins et d'exécuter ses jugements. Tantôt, objet des justes défiances du comte, il fut peu à peu remplacé, -^omme représentant ou comme délégué de l'autorité suzerame, par un fonctionnaire plus dépendant, généralement amovible, le prévôt ou le bailli. Ces derniers officiers, n'étant pas héréditaires, ne formant pas lignée seigneuriale, n'exerçant qu'un pouvoir délégué, parurent moins dangereux aux municipalités, et au comte lui-même, dont ils défendirent les prérogatives et surveillèrent activement les intérêts ^

La politique des villes libres à l'égard des seigneuries laïques consista généralement à éliminer peu à peu les petites dominations locales pour se placer sous l'autorité directe du suzerain général, comte, duc ou roi. Au fond, la commune n'y gagna rien; les vexations qu'elle subissait ou redoutait de la part de la noblesse urbaine étaient moins dangereuses pour son indépendance que la protection de l'autorité générale qui s'étendait à la province ou au royaume. Beaucoup de cités étaient de taille à lutter contre

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