‹ Les communes françaises à l'époque des Capétiens directsChapitre 95 sur 121 · Giry, Histoire de Saint-Omer, p · texte numérisé non relu

Giry, Histoire de Saint-Omer, p

l'évêque ou le châtelain ; il leur fut plus difficile de résister aux empiétements et aux attaques d'un haut baron.

L'altitude des chefs ou suzerains des principaux groupes féodaux, duchés et comtés, en face du mouvement communal, fut essentiellement variable. [La plupart néanmoins, comprenant que ce mouvement était irrésistible, cherchèrent à le diriger dans le sens qui leur était le moins défavorable. Les plus puissants] réglèrent eux-mêmes, dès le début, l'organisation des cités libres, c'est-à-dire qu'ils ne leur accordèrent, au point de vue politique et judiciaire, qu'une indépendance limitée. D'autres, sans posséder dans leur comté ou leur duché un pouvoir particulièrement fort et solide, favorisèrent le mouvement communal par haine des seigneuries d'Eglise, ou même pour arriver à réduire plus sûrement la féodalité locale. Les ducs de Normandie et les comtes de Champagne représentent assez bien ceux qui surent se rendre maîtres du mouvement communal et l'organiser à leur profit. Les ducs de Bourgogne, les comtes de Ponthieu et les comtes de Nevers appartiennent au deuxième groupe, celui des hauts barons qui se firent des communes une arme contre leurs ennemis particuliers'.

La Normandie [est, de tous les États féodaux, celui où l'autorité du haut suzerain fut le plus] profondément enracinée,

1. [Les comtes de Flandre furent, au xi= et au xii' siècle, parmi ceux qui favorisèrent le mouvement communal, pour des raisons qu'a bien dégaprées M. Pirenne, Histoire de Belgique, 1. 1, 3' éd., 1909, p. 193elsuiv. : « Le comte fut pour ses villes, comme il l'était déjà depuis le x" siècle pour ses abbayes, une sorte d'avoué supérieur. 11 favorisa leur développement comnio il avait favorisé jadis la réforme monastique de Gérard de Brogne; il aplanit, pour ainsi dire, le chemin devant elles et les aida de toutes ses forces à fonder le droit nouveau qui leur élait indispensable. En agissant ainsi, les comtes restaient dans leur rôle de gardiens de la paix et du droit, mais ils songeaient également à leur trésor. Les droits de tonjieu frappés sur le commerce fournissaient, en effet, une large part de leurs revenus, et !a prospérité du prince découlait forcément de la prospérité des villes. » M. Pirenne ajoute, p. 197, que jamais les comtes de la maison d'Alsace (au xir siècle) ne séparèrent leur cause de cc'le des villes. Ils « comprirent qu'il était impossible de gouverner contre les communes.... Us virent très bien que, dans cette contrée de commère- et d'industrie qui leur était échue, il n'y avait, pour fonder solidement leur pouvoir, d'autre moyen que ralliaure intime avec la population urbaine. Us adoptèrent pour se I attacher une politique très habile. Us tirent place aux villes dansl'Eiat flamand et réussirent à concilier avec l'autonomie municipale le maintien des droits souverains. Au lieu de se laisser arracher des couceâsions, ils allèrent au devant d'elles. »]

malgré les révoltes fréquentes des barons normands. Bien avant la conquête de l'Angleterre, en 1066, la Normandie était le pays le plus centralisé, le mieux policé de la France. Le duc y disposait de tous les pouvoirs; les villes et le clergé étaient dans sa main : il se trouvait plus roi dans son domaine que le Capétien dans son patrimoine. L'annexion du royaume anglais lui donna encore une force nouvelle. Dans de telles conditions, le mouvement communal ne pouvait pas avoir en Normandie l'importance qu'il prit dès le début dans la France proprement dite, la Picardie, la Flandre et l'Artois. Les communes s'y multiplièrent dès la fin du xii^ siècle, mais sous une forme particulière, qui ne pouvait porter ombrage au pouvoir ducal. La plupart des constitutions communales ont été établies par les ducs euxmêmes, notamment par Henri II et Jean sans Terre, qui se sont placés surtout, pour émanciper leurs bourgeoisies, au point de vue de la défense du territoire*. Les communes normandes furent essentiellement, à leurs yeux, des villes vassales, militairement organisées, dont la fonction principale était de mettre obstacle à l'invasion de l'étranger et notamment du Français. Leur constitution fut copiée sur celle de Rouen. Or les chapitres précédents ont suffisamment édifié le lecteur sur le compte de la charte municipale appelée Établissements de Rouen. Il a vu en quoi cette charte était plus favorable qu'aucune autre au pouvoir seigneurial et comment elle n'attribuait, en réalité, aux villes qu'une demi-émancipation. Ainsi s'explique l'empressement que les souverains anglais mirent à la répandre dans leurs domaines même les plus éloignés. Lorsque Philippe Auguste s'empara des États continentaux des Plantagenets, il eut soin de conserver en Normandie, comme en Poitou et en Saintonge, une constitution municipale qui était infiniment moins gênante pour son pouvoir que celle des vieilles communes insurrectionnelles du Vermandois et de la Picardie. Aucune assimilation n'est possible entre le comté de Champagne et le duché de Normandie, pour l'importance politique du fief, comme pour la puissance réelle de celui qui en était le chef. Cependant le mouvement communal paraît

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