‹ Les communes françaises à l'époque des Capétiens directsChapitre 99 sur 121 · Historien» de France^ XV · texte numérisé non relu

Historien» de France^ XV

nom détestable* »; l'historien des évoques du Mans, qui ne voit dans la commune « qu'une audacieuse conspiralion » signalée par d'abominaijles excès^; l'évêque de ChAlons-sur-Marne, qui se réjouit de constater que la « fraternité frauduleuse » des bourgeois de sa cité n'a eu qu'une existence éphémère^. Pour l'Église, la commune n'est et ne peut être qu'une conspiration (c'est le mot partout employé), une manifestation illégale, factieuse, tendant à détruire les bases mêmes de l'ordre social. L'évêque de Laon, Gaudri, après avoir successivement juré et abjuré la commune, en parle avec autant d'antipathie que de mépris. « Que peuvent faire ces gens-là, dit-il à Guibert de Nogent, que peuvent-ils faire avec leur turbulence? Si Jean, mon nègre, saisissait par le nez le plus redoutable de ces bourgeois, il n'oserait même pas faire un grognement. Ce qu'ils appelaient hier leur commune, je les ai obligés à y renoncer, au moins tant que je vivrai. » L'évêque ne se doutait pas que ces manants craintifs allaient l'assassiner quelques jours après.

Quand on s'aperçut que l'audace des communiers pouvait aller jusque-là, le clergé redoubla d'anathèmes. L'archevêque de Reims, Raoul le Vert, venant à Laon, en 1112, après la sanglante révolution, pour réconcilier, c'est-à-dire pour purifier l'Église, dirigea son sermon contre ces « exécrables communes » par lesquelles les serfs essayent, contre tout droit et toute justice, de rejeter violemment la domination de leur seigneur : « Serfs, a dit l'apôtre, soyez soumis en tous temps à vos maîtres. Et que les serfs ne viennent pas prendre comme prétexte la dureté ou la cupidité de leurs maîtres. Restez soumis, a dit l'apôtre, non seulement à ceux qui sont bons et modérés, mais même à ceux qui ne le sont pas. Les canons de l'Eglise déclarent anathèmes ceux qui poussent les serfs à ne point obéir, à user de subterfuges, à plus forte raison ceux qui leur enseignent la résistance ouverte. C'est pour cela qu'il est interdit d'admettre dans les rangs du clergé, à la prêtrise, et même à la vie monastique, celui qui est engagé dans les liens de la ser-

1. Historiens de Fraure. t. XH, p. 250; [cd. l>oiirgiii, p. 15GJ,

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