CHAPITRE
Encouragements accordés aux compagnies.
& 1. La période de fondation : le monopob,
les droits régaliens; les secours en argent.
Souwamme. - Les faveurs de la royauté: faveurs générales et faveurs de détail. — Monopole sur le territoire: droits fiscaux et droits seigneuriaux; avantages et inconvénients
pour les compagnies. — Les subventions: souscriptions du roi au début, assistance pécuniaire au cours des opérations.
Nous venons de montrer dans la précédente section l'évolution, en quelque sorte naturelle, des chartes délivrées aux Compagnies privilégiées de colonisation, et le changement correspondant qui se produisit dans l'attitude de la Couronne à l'égard des Compagnies et des colonies.
La Couronne, qui ne fut d'ailleurs jamais indifférente à l'égard des entreprises coloniales, n'avait toutefois, au début, cru devoir ni s'en charger elle-mème ni mème encourager par des faveurs marquées ou par une aide coûteuse ceux qui s'en chargeaient, c'est-à-dire les Compagnies de colonisalion. C’est seulement au bout de longues années qu'elle parut attacher une réelle imporlance au maintien et à la prospérité des colonies, qu'elle se mit en conséquence à accorder, puis à prodiguer les faveurs aux Compagnies de colonisation, et même qu'elle se décida à prendre en main la direction de certaines colonies, de celles notamment dont le climat est clément aux Européens et où, les Compagnies ayant une fois déblayé le terrain, l'action de l'État devenait moins onéreuse et l'action des particuliers plus facile. Mais, mème le jour où l'État entreprit de se charger de certaines colonies, il ne se désintéressa pas des Compagnies de colonisalion, il ne renonça pas pour cela à leur délivrer des chartes; il ne leur retira pas sa faveur.
Or, quand on examine, d'une façon un peu superficielle, quels ont été les encouragements
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ENCOURAGEMENTS ACCORDÉS AUX COMPAGNIES 55 el les faveurs que, surtout durant certaines périodes, l'État accordait aux Compagnies de colonisation, on demeure stupéfait que ces Compagnies qui, ne l'oublions pas, ont fini toutes par sombrer, n'aient pas eu toutes, au contraire, une fortune éclatante. Il y a là, au premier abord, un problème embarrassant. Ce problème, on en trouve la solution quand, au lieu des seules faveurs accordées, on cherche les entraves et les difficultés apportées de divers côtés à leur œuvre. Celle recherche impartiale, cet attentif examen des encouragements et des obstacles, nous les ferons; mais, pour la facilité de l'exposé, nous les ferons à tour de rôle. Et c'est seulement quand nous aurons montré les deux faces de la question que nous nous permetlrons de conclure. On verra alors par quelles causes, par suite de quelles fautes les Compagnies ont élé ruinées, et aussi à quels intérèts elles ont été sacrifiées.
En attendant, parlons des faveurs qu'elles ont
reçues.
Ces faveurs, on peut les ranger en deux calé-
gories : les unes ont pour but de préparer la
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fondation de la Compagnie et le peuplement de la colonie; les autres ont pour but, une fois la colonie fondée et peuplée, d'en faciliter l'exploilation, c'est-à-dire de lui permettre de vivre et de prospérer. Commençons par les premières.
Les faveurs accordées aux colonies se résument toutes en deux termes : des faveurs générales — un privilège ou monopole et'une délégation de cerlains droits régaliens, — et des encouragements de détail.
Le privilège dont nous avons déjà donné quelques exemples, confère à la Compagnie le droit de pouvoir seule occuper, cultiver, exploiter un territoire donné; de pouvoir seule le concéder à des tenanciers; de pouvoir seule évangéliser et convertir les indigènes; enfin, de pouvoir seule faire le commerce à l'aller et au retour, à l'importalion et à l'exportation, entre la colonie et la métropole. Sur la question du commerce, nous aurons à revenir plus tard; il est donc inulle d'y insister à présent : au surplus, l'utilité et l'avantage d’un monopole commercial sont — au moins pour les gens à courtes vues — évidents. Il n'en est pas tout à fait de mème des autres parties du privilège.
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