SES
ENCOURAGEMENTS ACCORDÉS AUX COMPAGNIES 71 Enfin, malgré le zèle que le roi témoignait pour la religion catholique, zèle qui allait dans quelques années le pousser à révoquer l'Édit de Nantes, il permettait aux juifs de s'établir et trafiquer dans les colonies, et défendait à personne de les y troubler".
Voilà pour les movens, en quelque sorte officiels, de propagande. Mais à côté de ceux-là, il y en eut d'autres, moyens plulôt officieux.
Étudions, par exemple, la fondalion de la Compagnie des Indes orientales (166%) : la Cour s'y intéressa pour 2 millions de livres: les financiers pour 2 millions également; les cours souveraines pour 1200000 livres; et les villes principales du royaume : Lyon, pour 1 million
de livres; Paris, pour 650 000: Rouen, pour
1. 23 mai 1651, Lettre du roi à M. de Baas, gouverneur : « Mons de Bas, ayant été informé que les Juifs qui sont établis dans la Martinique et les autres iles habitées par nos sujets ont fait des dépenses assez considérables pour la culture des terres el qu'ils continuent de s'appliquer à fortifier leurs établissements, en sorte que le publie en recevra de Putilité, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous teniez la main à ce qu'ils jouissent des mêmes prie vilèges dont les habitants desdites iles sont en possession et que vous leur laissiez une certaine liberté de conscience, en faisant prendre néanmoins les précautions nécessaires pour empêcher que l'exercice de leur religion ne puisse causer aucun scandale aux catholiques. »
sr
ET à
12 LES COMPAGNIES DE COLONISATION 500 000; Bordeaux, pour 400000; Nantes, pour 200 000 ; Tours, pour 150 000 ; Saint-Malo, pour 100000; Rennes, 100000; Dijon, 100 000: et pour des sommes moindres, Moulins, Bourges, Le Havre, Marseille, Dun':erque, Metz, Amiens, Langres, Châlons, Rior
Ce sont là des résullais évidemment considéables pour le temps. Mais on s'illusionnerait si l'on croyait qu'ils furent acquis sans peine. Le roi avait écrit des lettres autographes; ses ministres avaient écrit; ses intendants, les présidents de ses parlements avaient exercé une pression souvent indiserète,.
Malgré cela beaucoup de villes n'avaient rien voulu souscrire : Montpellier, par exemple, qui «n'a pas l'habitude de mettre ses fonds dans des entreprises lointaines »; Saint-Jean-de-Luz, qui s'excuse sur sa « pauvreté ordinaire », d'autres sur « les pertes souffertes pendant les dernières guerres »; d'autres enfin, comme Saumur, Soissons, qui ne donnent aucune raison et ne répondent mème pas aux convocalions.
Après les villes qui ne donnent rien, celles qui donnent de mauvaise, de très mauvaise
gràce : Bordeaux, par exemple, qui refuse caté-
, pour , pour 0; et urges, niens,
nsidérait si e. Le : ses 'S préune
trien e, qui ns des Z, qui autres nières Nois-
et ne
celles ivaise caté-
ENCOURAGEMENTS ACCORDÉS AUX COMPAGNIES 7 goriquement sur une premivre demande et n'accorde 400 000 franes qu'après que le premier président de Pontac a menacé toutes les classes de la populalion : les bourgeois, dont on examinera de près les lettres de bourgeoisie, les nobles contestables, qu'on condamnera sur leur noblesse, les officiers du roi, qu'on ramènera par les moyens accoulumés ; el aussi Dijon, qui souscrit 100 000 francs, parce que le président du Parlement crie tout haut qu'il a l'ordre du roi de lui envoyer, avec la liste de ceux qui v ont pris part, les noms de ceux qui ne voudront pas s'y associer.
Enfin, après ces deux catégories, les villles qui souscrivent en faisant leurs conditions Lyon, par exemple, qui souscrit { million, à la condition qu'il aura une chambre de direction parliculière; Rouen, qui apporte 500 000 francs el en donnerait davantage si ceux de la religion avaient obtenu le libre exercice dans l'ile de Saint-Laurent, ete.
La pression des intendants, des présidents, des évèques avait été si vive que l'indignation et la révolte se traduisirent par des lettres anonymes adressées même à Colbert, On lui
LES COMPAGNIES DE COLONISATINN, l
RP vs ne
écrivait de Clermont : « Je suis assuré que Île roi ni son conseil n'entend point que l'intendant exerce dans ce pays toutes les violences et les menaces qu'il met en pratique pour la contribution du commerce des Indes où l'on sait que Sa Majesté veut que la liberté soit entière, Ne se contentant point de ce que les compagnies (il s'agil ici des compagnies de magistrats, de fonclionnaires, de commerçants, ete.) ont voulu donner de gré, ilest revenu à la charge, disant qu'il avait des ordres pour les obliger à faire plus. Il s'est servi du mème prétexte pour y contraindre les villes, en se rendant maitre de leurs taxes, el, sans considérer leur pouvoir, les a mises dans l'impossibilité de les paver, à moins d'employer le ministère des dragons, comme 1} commence à faire, »
Ce sont là des plaintes fâcheuses et qu'il convient de ne point négliger, si l'on veut apprécier sainement l'état de l'opinion en France el, par suile, les chances de succès des Compagnies de colonisalion, Il est évident que ces Compagnies ne peuvent réussir dans leurs entreprises que si elles sont solidement soutenues dans la métropole. Et l'appui du gouvernement, fût-ce d'un
ue Île
ndant et les nntri- Uque Ne se s (il fonc- ‘oulu isant faire ur y ‘e de r, les r, à
ons,
con- “cier par s de ‘nies 16 si ‘(rod'un
ENCOURAGEMENTS ACCORDÉS AUX COMPAGNIES 75 gouvernement absolu comme celui des rois, ne suffit pas; car le roi sera, au premier jour, délourné des colonies par les questions continentales, I y faut l'appui de la nation, l'appui des ports, des villes industrielles et commerçantes, l'appui de tous les souscripteurs. Ces entreprises coloniales sont du genre de celles que nos anciens lextes qualifiaient par ces termes : « à la grosse aventure ». Les débuts peuvent en être fâächeux; un premier, un second, un troisième départ peuvent échouer. Ce ne doit pas èlre une raison pour désespérer., Le succès en lui-même est certain, mais on ne l'achète qu'à force, non pas seulement de ténacité, car la téna-
cité peut n'ètre que la résignation, mais d'enthou-
siasme; c'est de l'enthousiasme qu'il faut en ces malivres.
Or, de l'enthousiasme, les premières Compagnies de 1600 à 1650 en ont eu; mais peut-on en allendre maintenant (166%) de ces souscripteurs à qui on aura dû exlorquer leur argent? Au premier prétexte, parfois mème sans prélextes, ils rompront ou ils céderont leurs engagements et — ce fut le cas pour la Compagnie des Indes orientales de 166% — la Compagnie sera arrètée
RAC TSTTS
76 LES COMPAGNIES DE COLONISATION presque au début, faute d'argent. A ces Compagnies il faudrait ètre prèt à refaire deux fois, trois fois leur capital : ici on ne le fera pas intéoralement mème une fois. EL alors l'État devra intervenir, Or l'Étal intervenant, le système tout entier est faussé, Nous n'avons plus devant nous une Compagnie coloniale, c'est-à-dire un organisme vivant, indépendant, plein d'ingéniosité el d'initiative, mais un être bâtard, trop faible pour agir seul, trop surveillé pour être maitre de ses mouvements, et qui réunit en soi loules Îles causes d'insuecès : loules celles de l'État el toutes celles des Compagnies.
En sorte que de ces faveurs, de celle puissante assistance qui procura aux Compagnies des colons et des souscripteurs, nous pouvons dire ce que nous disions récemment de la délégalion des droits régaliens : elles furent une cause de faiblesse plutôt qu'une cause de force. Elles ruinèrent du coup, et pour longtemps, les Compagnies el par cela mème les colonies dans l'esprit de la nalion.
Il nous reste à voir ce que valaient les autres modes d'encouragement accordés aux Compa-
enies.
M pafois, intélevra ‘tout nous re alé el pour > SCS Les L el
ante des ‘e ce des fairui- 1paprit
tres pa-
ENCOURAGEMENTS ACCORDEÉS AUX COMPAGNIES ii
S 9. Les faveurs de la royauté :
la période d'exploitation.
SOMMAIRE. — Encouragements et conseils aux colons en général: hygiène, lois, justice. — Encouragements à l'agriculture et a Findustrie : main-d'œuvre, exemptions d'impôt. — Encouragements au commerce : chemins, Hberté du commerce ipiérieur, transports maritimes, juridiction spéciude, — EÉncouragements SpPOCHUUX à fa Compagnie : subventions en argent: respect assuré à son privilège: Cribunaux compélents,
Nous avons montré comment la rovauté avait coHaboré directement à la fondation des Compagnies el au peuplement de ses territoires. Mais ce n'était pas assez de lancer l'entreprise, il fallait l'aider à vivre. Ces colons. ces névociants qu'on avait atlirés, il fallait les soutenir, les diriger, les assister, les enrichir: cette Compagnie qu'on avail créée, il fallait la défendre contre ses ennemis el contre ses envieux. I v avait I une lourde che, olus lourde mais plus utile encore que la première : F rovauté nv faillit point. Je ne dis pas qu'elle v réussit.
Tout d'abord, il fallait renseigner les Franenis immigrés dans ces pays si nouveaux pour eux
sur le genre de vie qu'il convenait d'v mener,
de
4 Em ot à CNT
TS LES COMPAGNIES DE COLONISATION sur les précautions à prendre et les excès à éviter. Quelques-unes des prescriplions répandues et propagées par les soins des Compagnies, lesquelles les tenaient généralement du Conseil privé du roi, élaient, sauf quelques erreurs de détail, des modèles qu'on n'a pas surpassés de nos jours. Voici, par exemple, ce que portaient les instruclions données en 166% pour les colons de Madagascar : « Trois choses sont absolument nécessaires pour éviler la mort : la première, d'empècher qu'ils ne mangent des fruits de liste avec excès el particulièrement du lait erud, qui est mortel; c'est pourquoi il faut les assujettr à le faire cuire et les accoulumer peu à peu à la nourriture du pays. La seconde est de les empècher de s'adonner aux femmes du pays qui sont faciles et extraordinairement lubriques et qui donnent le mal vénérien, qui le plus souvent devient incurable; et, en troisième lieu, de les empêcher de s'écarler el aller en partys, sans commandement exprès, parce que les peuples naturels du païs, eslaal traitres ou vindicalifs, ne peuvent oublier les mauvais traitements qu'ils ont reçus, injustement à ce qu'ils prétendent, de notre nation, ce qui leur donne lieu de se venger,
‘ès À ‘pannies, nseil s de S de dent ons nent ère, 'isle qui Lir à à la n pèsont qui
les