LES COMPAGNIES PRIVILÉGIÉES
que dépouillée de la plupart de ses droits et de ses privilèges. Mais, dès la seconde moitié du xvin siècle, dénoncées par les commerçants et poursuivies par beaucoup de publicistes (encyclopédistes el économistes), elles semblaient condamnées par l'opinion et abandonnées par les gouvernements; el, surtout après la suppression de la Compagnie des Indes anglaises (deux dates : 183% et 1858), on pouvait croire que cette forme de colonisation ne relevait plus que de l'histoire, auand, tout d'un coup, on la vue, depuis une vingtaine d'années, reparailre, grandir, et à nouveau s'étendre sur tout le monde.
L'Angleterre, puis l'Allemagne, puis le Portugal, ont par des procédés législatifs différents, mais dans un but presque toujours identique, suseilé où encouragé des Compagnies privilégiées de colonisation. L'Italie, avec sa passion d'imitation, a prétendu en fonder à son tour !, d'ailleurs jusqu'ici sans résultat sérieux. L’Es-
pagne elle-même s’est émue, el a songé à orga-
1. Ceci, une première fois affirmé par nous, a été mis en doute, On en trouvera la trace dans l'ouvrage de M. le député italien Colajani : La polilica coloniale,
k LES COMPAGNIES DE COLONISATION
niser une Compagnie de colonisation dans ses Philippines pour le peuplement et la mise en valeur des parties jusqu'alors inoceupées. Enfin, la France, qui depuis vingt ans a reconstitué son empire colonial et a des droits à faire valoir sur d'immenses étendues, en Asie et sûrtout en Afrique, s'est demandé si elle n'al'ait pas recourir, elle aussi, à ce procédé, dont elle a si largement nsé sous l'ancien régime, el qui, transformé d'ailleurs et approprié aux idées et aux besoins des sociétés modernes, semble avoir donné à ses rivales des résultats dignes de considéralion.
Ce sont des publicistes qui tout d'abord ont lancé celle idée parmi nous; le gouvernement y a prèté attention, et, quand il était sous-secrétaire d'État aux colonies, M. Étienne a saisi de la question le Conseil supérieur des colonies. Le Conseil l'a étudiée avec soin, quoique avec passion : il a donné au gouvernement une consullation dont on pourra tirer profit si jamais on passe de l'étude à l'action. Plus tard, Île gouvernement a déposé sur le bureau du Sénat un projet de loi, assez bref d'ailleurs, demandant pour le gouvernement l'autorisation de
ses : en lin, son sur en pas a si qui, s et ‘oir nsi-
ont l'é-
de
LES COMPAGNIES PRIVILÉGIÉES 5 créer par décret des Compagnies de colonisalion.
Entre temps un ministre a tenté l'expérience : il à accordé des concessions lerriloriales, bases de Compagnies de commerce et de colonisalion, mais sans les grands privilèges qu'a connus l'Ancien Régime,
Enfin un sénateur, M. Lavertujon, voyant la solution législative qui trainait en longu r, a repris l'idée à son comple; et M. Paulial, r'apporteur de la commission spéciale, à fait un apport, publié au début de 1898, qui ne semble pas favorable à l'excès aux Compagnies de colonisalion privilégiées où non.
Ce rapport ne sera vraisemblablement pas l'objet d'une discussion prochaine, La résurrection entrevue des Compagnies de colonisation a suscité des défiances dans le Parlement, et, dans la presse, de très vives controverses, Quelques-uns de nos publicistes les plus dislingués sont intervenus dans la discussion el ont pris parti pour ou contre les Compa-
gnies,
Les choses aujourd'hui sont en l'état.
Cette question, cependant, a son importance :
6 LES COMPAGNIES DE COLONISATION elle mérite d'ôtre éludiée : nous
apporlons notre contribution à cette étude.
Nous publions aujourd'huiune