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CAUSES D'INSUCCES Lil la floraison s'élait épanouie aux environs de 1690, n'avaient pas été beaucoup mieux observées que celles du Régent et de Louis XIV, et les colonies avaient vu se consliluer d'immenses domaines peu productifs pour l'État el peut-être mème pour leurs propriélaires.
Telles sont les principales causes d'insuceës, dont l'origine première est soit dans la charte, soil parfois dans le principe mème des Compa-
unies privilégiées.
S 2. Causes imputables au roi et à sa politique.
SOMMAIRE, — Ingérence abusive du roi et de ses agents dans les affaires des Compagnies: la politique du roi la guerre; la politique économique : les colonies versus la métropole;
la politique fiscale : les nécessités fiscales et l'esprit de fis-
calité; — la politique religieuse : les religionnaires el tes juifs: — les intrigues,
Les Compagnies de colonisation, nous l'avons vu, sont des Compagnies de la forme qu'on appelle aujourd'hui anonyme. Des actionnaires, qui n'ont entre eux d'autre lien que celui de s'inléresser, chacun pour sa part, à une entreprise de colonisation, ont souscrit des actions pour des
sommes variables. Ces actionnaires se réunissent
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sur une convocation des promoteurs de l'affaire etnomment des directeurs, Ces directeurs, renouvelables suivant certaines conditions, ils les choisissent en toute liberté; quelques chartes stipulent seulement que dans le nombre (d'ailleurs variable, 3, #4, 9 et davantage) quelques-uns devront ètre des marchands. Les directeurs tiennent de la charte des pouvoirs déterminés; ils ont la geslion de la société et, tous les ans, en rendent comple devant une assemblée générale, qui les approuve ou les blème.
Voilà la notion sommaire : union spoutanée d'actionnaires libres, avec des directeurs libres, que beaucoup de chartes permettent de se faire de l'administration intérieure des Compagnies. Malheureusement, c'est là une notion à quelques égards théorique.
Trop souvent, les promoteurs des Compagnies sont des personnes qui ne se sont pas spontanément réunies pour lancer une affaire : elles v ont élé invitées, souvent d'une manière pressante, par le roi.
Lisez, par exemple, le préambule de la charte de la troisième Compagnie du Sénégal : le roi déclare qu'avant constaté que la Compagnie de
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1681 a souffert lant de perles parce qu'elle était peu instruite de la manière dont il fallait conduire le commerce, il a « choisi de ses sujets qui lui ont paru les plus propres et en a formé une nouvelle Compagnie ».
Lise: encore l'arrèt du Conseil d'État du 9 juillet 1701 sur la Compagnie de Guinée : le roi déclare que ceux qui composaient jusqu'ici la Compagnie élant ou morts ou incapables, il leur en à subrogé d'autres, sommairement désignés, qui consentent.
Voilà pour les promoteurs des entreprises.
Pour les actionnaires, nous avons vu combien de souscriptions ont été tout le contraire de libres, et que d'efforts le roi a faits pour les arracher à tous ceux qui dépendaient, à un litre quelconque, de lui.
Et maintenant voici pour les directeurs. Ils doivent ètre élus par les actionnaires : lisez, dans M. Pauliat', qui n'est pas toujours imparlial, mais qui, celte fois, cite des documents dignes de toute créance, comment fut faite l'éleclion des directeurs de la Compagnie des Indes
1. Pauliat, Louis XIV el la Compagnie des Indes orientiss, p. 488 à 190,
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orientales de 166% et combien peu libre fut la désignation de presque lous les directeurs nommés. L'un d'entre eux fut Colbert. Qu'on juge de la liberté des autres à côté de lui. Une autre fois — lisez les lettres palentes de la lroisième Compagnie du Sénégal (mars 1696), — un directeur est conseiller secrétaire du roi et a acquis par son ordre le privilège de l'ancienne.
Des directeurs ainsi choisis ne devaient pas être bien libres de fleurs mouvements; sans cesse le roi devait leur signifier ses volontés. C'est eux qui avaient — toujours théoriquement — la nomination de leurs agents aux colonies. Mais il fallait que ces agents fussent agréables au roi. Le roi apprend, par exemple (arrèt du 12 septembre 168%), que diverses Compagnies envoient « des commis de la religion prétendue réformée, auxquels ils ont donné leurs principaux emplois ». 11 ne s'enquiert pas si ces commis sont capables, ce qui devait ètre le cas, les réformés ayant témoigné universellement d'aptitudes ‘Lonnantes pour les affaires : peu importe au roi : cela est contraire aux intentions de S. M, qui a pour principal objet. dans ces lieux, d'établir la religion catholique. » Aussi,
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CAUSES D'INSUCCÈS 115 défense de continuer, à peine de 3000 livres d'amende.
Et ce n'est pas là une exception. Partout l'ingérence du roi. EL partout cetle ingérence ruinait les Compagnies !.
En 1670, la Compagnie du Nord, fondée en 1669, ne peut, après des affaires médiocres, distribuer, au bout d'une année, qu'undividende de # pour 100 : Colbert preserit (lettre du 23 jan- ‘ier 1671) la distribution d'un dividende supérieur. Cela hâte une chute d'ailleurs imminente.
Quand ee n'élait pas l'ingérence du roi qu'on redoutait, c'était celle de ses lieutenants. Lieutenants, avec des litres et des rôles bien différents, capitaines escortant les bâliments de commerce,
ou lieutenants généraux commandant les troupes
Î. « Parmi les causes qui avaient précipité la Compagnie des Indes (orientales de 1719) dans Fabime où elle se trouvait, il y en avait une, regardée depuis longtemps comme la source de toutes les autres : c'était la dépendance où plutôt la servitude où le gouvernement tenait ce grand corps depuis un demi-siècle, Dès 1723, la cour avait elle-smème choisi les directeurs. En 1730, un commissaire du roi fut introduit dans l'administration de la Compagnie, Dès lors, plus de liberté dans les délibérations: plus de relations entre les administrateurs et les propriélaires : aucun rapport immédiat entre les administrateurs et le gouvernement, Tout se dirigea par l'influence et suivant les vues de l'homme de Hi cour. » (Raynald, Histoire philosophique. Liv. IX, chap, x1v.
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116 LES COMPAGNIES DE COLONISATION dans les territoires des Compagnies, ou fonctionnaires quelconques tenant leurs instructions du roi el pouvant contrarier l'action des Compagnies, tous — sauf durantune très courte période du règne de Louis XIV, où l'on avait tout subordonné aux directeurs des Compagnies — élaient des objets de terreur et de haine pour les marchands et pour les directeurs. Lors de la formalion des premières Compagnies, qui étaient surtout des Compagnies de commerce, les marchands priaient Richelieu de ne pas donner le commandement de leurs convois à des capitaines de mer : « L'expérience, disaientAls, leur à appris (à eux, marchands) à connaitre leur mauvaise volonté et leurs exigences, et tant s'en faut que les marchands en reçoivent soulagement, qu'au contraire leur condition en empirera. » Plus lard, en 1663, les marchands de Tours, Nantes, La Rochelle, ele., qui pressaient le roi de faire une grande Compagnie coloniale (ce furent celles des Inües orientales et des Indes occidentales), s'expriment ainsi dans leur pélition : « Ils proposent un mème dessein que celuy qui avait esté acceplé par M. Fouquet, qui estait de former une Compagnie soubs l'autorité du roi et unique-
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que
CAUSES D'INSUCCËS 117 ment la conduite et bonne foy desdits marchands, qui autrement n'auraient pas voulu s'y engager à cause des grands frails et inconvénients qui arrivent quand les officiers s'y meslent. » Et plus loin, dans la même pélilion, invoquant l'exemple des Compagnies hollandaises elautres : « Ce qu'il faut le plus remarquer, c'est que tout se fait et conduit par le ministère des marchands seulement, sans parlicipalion d'officiers et de bonne foy, soubs l'autorité qui leur est concédée ou par leurs Roix ou leurs États, qui leur donnent des prérogalives nécessaires. »
En vérité, quelle que soit la compagnie dont on étudie l'histoire et à quelque époque que ce soit, on trouve des conflits entre les agents des compagnies et les officiers du roi. Le chevalier de Boufflers, le charmant ami de M° de Sabran, à laquelle il écrivait (1786) du Sénégal des lettres délicieuses, pleines d'esprit et de sens, à caractérisé en lermes frappants les relalions des compagnies et des officiers du roi. J'étais, écritil, toujours en guerre avec les compagnies : « par élat, devoir et surtout par Îles circonstances. »
S'il nv avait eu que le roi et ses lieutenants
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[18 LES COMPAGNIES DE COLONISATION civils et militaires, les Compagnies auraient peul-ètre encore pu s'en tirer. Mais il y avait la politique du roi : polilique proprement dite, politique économique, fiscale, religieuse.
Ouvrez les recueils de lois des colonies : ce que vous y voyez le plus fréquemment peut-être, ce sont des textes qui prévoient une guerre future ou visent une guerre terminée. De 1676 à 1763, les textes de cette catégorie sont innombrables : milices qu'il faut organiser, équiper, exercer; forlilicalions à réparer ou à augmenter; subsislances des troupes; escorte des convois; escadres qui surviennent; chefs militaires de haut grade qui prendront Île commandement; sacrifices quon demande aux Compagnies et aux colonies; la liste en est interminable. Voici, par exemple, deux textes voisins du traité d'Utrecht : l'un constate que « les quartiers dépendant du ressort de ce conseil (à Saint-Domingue) ont souffert beaucoup par l'irruplion des ennemis de l'État, qui, à deux différentes fois, ont ruiné toutes Les habilalions et réduit la colonie dans le plus triste élalt » (août 1717). Et le second, de la mème date, ajoute que les colons n'ont, pour différentes causes, pu cultiver que le sucre,
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« dont le débit a été interrompu et si peu recherché que, pendant plusieurs années, l'habitant élait forcé de voir périr chez lui les sucres qu'il avait fabriqués avec des peines et des dépenses infinies, faute d'avoir du débouchement ». Et bien des années avant 1717, le roi avait été informé « de la nécessité qu'il v à de faciliter promptement aux colonies des Isles de l'Amérique les moyens de rélablir leur habitation et les cultures, beaucoup diminuées par la guerre ». (Mai 1698, février 1699, arrets du Conseil d'État.) Après la guerre, la politique économique, Cette politique a deux aspects : le commerce avec l'étranger — j'en parlerai plus tard — el le commerce, les relalions économiques de la mélropole et des colonies. Au début, on promettait aux colons mille avantages et mille faveurs : il s'agissait de fonder les colonies : mais
plus tard, on ne supportait pas — et la théorie n'a pas changé depuis lors — que les colonies,
une fois fondées, apportassent le moindre ennui aux métlropolitains. Or, ces colonies naturellement grandissent et font concurrence à Ja métropole. Cela n'est pas tolérable ; cela ne sera
pas toléré.
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