‹ Les compagnies de prêtres du XVIe au XVIIIe siècle [microform]Chapitre 10 sur 20 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

FONDATION de la Communauté des Saints Cœurs de Jésus et de Marie. — Saint Jean Eudes était né en 1601, en Normandie. Son frère, qui se faisait appeler M. de Mézeray, fut le littérateur et historien, membre de l'Académie Française. Après avoir achevé ses études au Collège des Jésuites de Caen, le jeune Eudes obtint de son père la permission d'entrer à l'Oratoire. Après son noviciat, il fut chapelain de Notre-Dame des Vertus, puis répétiteur au Séminaire de Saint Magloire, à Paris; il fut ensuite appliqué à l'œuvre des missions et évangélisa le peuple des campagnes pendant onze ans.

Ce n'est cependant pas sans chagrin qu'il voyait sa communauté se détacher de la direction des séminaires et se tourner vers l'œuvre plus facile des collèges. Mais ni le Père de Condren, ni surtout le. Père Bourgoing ne semblaient disposés à satisfaire ses désirs et sa vocation oratorienne en fut ébranlée; il voyait près de lui M. Bourdoise et M. Olier se consacrer à la formation des clercs, et leurs succès lui faisaient regretter de ne pouvoir les imiter. Il prit donc la résolution de sortir de l'Oratoire, et, avec quelques confrères qu'il avait gagnés à ses idées, il fonda, en 1643, une communauté nouvelle placée sous le vocable des Saints Cœurs de Jésus et de Marie, qui se voueraient à l'œuvre des Séminaires.

Son premier établissement, qui fut longtemps le seul, fut le séminaire de Bayeux. Sans lui garder rancune de sa sortie.

les Oratoriens alors très influents, ne lui étaient pourtant pas favorables; de plus, le Père Eudes, très attaché aux Jésuites, ses anciens maîtres, était traité en suspect par les adversaires de la Compagnie de Jésus; il se trouva que plusieurs évêques de Normandie furent alors des « jansénisants », et aucun ne voulut encourager la nouvelle société.

Pendant que son œuvre végétait, le Père s'était remis au travail des Missions et il fut amené alors à fonder l'importante communauté des Sœurs de Notre-Dame de Charité, qui se consacrent au relèvement des pauvres pécheresses.

Ce n'est qu'en 1658 que François de Harlay, devenu archevêque de Rouen, prit le Père Eudes sous sa protection et un courant de bienveillance se dessina parmi les évêques de Normandie qui mirent le Père à même de se donner tout entier à la formation de la jeunesse cléricale.

Mort à 80 ans, il avait pu pendant ses vingt dernières années voir sa congrégation prospérer et recueillir dans la joie ce qu'il avait semé dans les larmes. Il a été canonisé par Pie XI, en 1927; son nom rappelle tout ce qui s'est fait au XVIl® siècle pour propager la dévotion au Sacré-Cœur.

A l'exemple des Oratoriens, les Pères Eudistes ont remplacé les vœux de religion par une simple promesse de stabilité et, d'obéissance. Ils obéissent à un Supérieur général, élu à vie comme celui des Lazaristes, mais pourvu de quatre assistants renouvelés tous les cinq ans, lors de l'assemblée générale. C'est lui qui nomme les supérieurs particuliers, mais pour trois ans seulement. Cette règle très sage a pour effet de rajeunir périodiquement les cadres, mesure très nécessaire dans une société qui déploie une continuelle activité.

Les Eudistes et la Révolution. — A la veille de la Révolution, la Compagnie des Eudistes se composait de plusieurs centaines de prêtres qui avaient la direction de la plupart des séminaires de Normandie et aussi de plusieurs collèges situés tant en Normandie qu'en Bretagne.

Bien qu'ils fussent des hommes de bonne doctrine, la Cons-

titution Civile du Clergé ne fut pas unanimement repoussée dans certaines de leurs maisons de province.Celle de Paris fut.au contraire un foyer de résistance à toutes les nouveautés schismatiques. Le Père François Hébert, supérieur de la communauté parisienne de la rue des Postes, jouissait d'un tel renom de piété et de prudence qu'il fut choisi pour confesseur par le Roi, après la défection de l'Abbé Poupard, curé de Saint- Eustache. C'est entre ses mains que l'infortuné Prince fit le vœu de consacrer son royaume au Sacré-Cœur; les représentations du Père Hébert contribuèrent à inspirer à Louis XVI un peu de cette énergie qui lui avait tant manqué jusque-là, et notamment lui fit opposer son veto à la loi qui proscrivait indistinctement tous les prêtres insermentés.

Quand la Révolution inaugura le régime des massacres, le Père Hébert figurait sur la liste de ceux dont il faudrait se débarrasser.

Au mois d'août 1 792, la maison des Eudistes fut envahie et tous ceux qu'on y arrêta furent conduits à la Prison de Saint- Firmin. Le Supérieur y fut mis à mort le 3 septembre avec les Pères Lef ranc et Potier et un ancien Jésuite, le Père Béraud du Pérou, professeur et économe. Tous les prêtres, anciens élèves ou amis des Eudistes, qui s'étaient réfugiés auprès d'eux furent conduits à Saint-Firmin et périrent avec eux.

On sait peu de chose de ce que devinrent les Eudistes dispersés par la Terreur, mais, en 1 792, leur chapelle qui n'avait pas été confisquée, dépendait d'un acquéreur, propriétaire apparent. A partir de 1 795, elle figure parmi les édifices où est toléré le culte et, sauf pendant une courte période qui suit le 1 8 fructidor elle sert d'annexé à la paroisse de Saint- Jacques.

En 1 854, l'ancien bâtiment des Eudistes a été réuni à ceux de l'Ecole Sainte-Geneviève et sa chapelle a été longtemps utilisée, mais, beaucoup trop petite, elle fut désafiectée et servit de salle de dessin, quand eut été construit la monumentale chapelle qui est aujourd'hui confiée au clergé maronite.

La Communauté des Eudistes s'est reconstituée dès 1797 en rouvrant son collège de Saint-Martin à Rennes, puis celui

de Granville, en 1801, mais Napoléon, les assimilant aux Jésuites, proscrivit les Eudistes et fit fermer leurs établissements. Ils furent rétablis sous la Restauration et, à la même époque, les Pères s'installèrent à Paris, pour prendre soin des religieuses de Notre-Dame de Charité qui occupaient, rue Saint- Jacques l'ancien Monastère de la Visitation. C'est là que se cacha, en 1832, Mgr de Quelen, Archevêque de Paris, recherché par la Police.

Les missionnaires Eudistes en Amérique. —

Dès 1826, les Eudistes s'étaient fait reconnaître par Rome et, quand le permit la situation religieuse de la France, ils commencèrent à ouvrir de nombreuses maisons d'éducation. Les lois de proscription de 1 883 les obligèrent à les abandonner et ils durent prendre le parti de mettre leur zèle apostolique à la disposition des évêques d'Amérique. Après avoir tenté de s'implanter au Mexique, puis à Saint-Domingue, ils s'établirent définitivement en Colombie et au Canada.

Répondant à la pensée de leur fondateur, qui les avait institués pour la formation du jeune clergé, ils acceptèrent les séminaires de Carthagène, d'Antioquia et de Panama et c'est un Eudiste brésilien qui est aujourd'hui évêque de Santa Marta, au Brésil.

Au Canada, les Eudistes ont reçu en 1903, le gouvernement de la Préfecture apostolique, maintenant vicariat, du Golfe Saint-Laurent. Ils procurent des directeurs aux séminaires de Valleyfield, Rimousld et Chicoutimi.

Des statistiques remontant à plusieurs années accusent 20 maisons et 400 religieux, mais il est à présumer que ces chiffres ont été largement dépassés.

Depuis 1 894, la résidence du Supérieur général est à Rome, près de Saint- Jean de Latran.

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