‹ Les compagnies de prêtres du XVIe au XVIIIe siècle [microform]Chapitre 9 sur 20 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LA jeunesse de M. Olier. — Jean^Jacques Olier était né à Paris en 1 608 \ mais il fit ses classes chez les Jésuites de Lyon, où son père était intendant. Quand celui-ci fut nommé Conseiller d'Etat, il revint habiter Paris et c'est à la Sorbonne que son fils l'Abbé alla suivre les cours de Théologie.

C'est en effet à l'Eglise que la famille Olier destinait son fils cadet... à l'Eglise et aux dignités ecclésiastiques. M. Olier père, par les grands emplois dont il était investi, appartenait à la haute bourgeoisie et sa grosse fortune. lui permettait de tenir dans le monde le rang de gentilhomme.

Dès l'âge le plus tendre, Jacques avait montré un attrait marqué pour les choses de Dieu et sa vocation avait été soigneusement entretenue par une mère qui était une chrétienne éprouvée. C'était un enfant pieux et pur, d'une vivacité dont il fallait réprimer les écarts, mais admirablement doué tant du côté de l'intelligence que de celui du cœur.

Ses parents, dès le premier jour avaient réglé les étapes de la carrière de leur enfant : il ferait de brillantes études et, aussitôt conquis le bonnet de Docteur, il deviendrait vicaire général de quelque évêque, ami de la famille, à la protection duquel il devrait de parvenir jeune à l'épiscopat.

1. Jean était son nom de baptême, mais il adopta celui de Jacques, qu'il avait reçu à la confirmation.

Déjà, quand il était écolier, ils avaient obtenu pour lui deux prieurés, l'un en Bretagne et l'autre en Beauce; à 18 ans, il fut pourvu de l'Abbaye de Pébrac, en Auvergne, ce qui lui valait le titre de « chanoine-comte » du chapitre de saint Julien de Brioude.

Et c'est ainsi que, dans les familles les plus sincèrement chrétiennes, on avait contracté l'habitude de monnayer le service de Dieu. Etrange aberration! ces croyants semblaient oublier que dans le caractère sacerdotal, il y avait autre chose qu'un moyen de satisfaire l'ambition et de caresser la vanité. Le jeune théologien n'avait pas été élevé à discuter les volontés de ses parents; docilement, il s'était engagé dans la voie qui lui était tracée. Riche, il avait un train de vie en rapport avec sa fortune, des chevaux, des carrosses, de nombreux serviteurs, et, tout en s'appliquant très consciencieusement à ses études, il ne se refusait pas de prendre, en compagnie de quelques jouvenceaux bien nés et bien rentes, des délassements qui n'avaient rien de très ecclésiastique; s'il portait habituellement le costume distinctif des clercs (et je ne dis pas la soutane), c'étaient des vêtements d'une étoffe et d'une coupe qui les distinguaient du vulgaire. Il n'avait pas encore les ordres sacrés et attendait pour le faire d'avoir obtenu un bénéfice l'y obligeant; c'était un abbé de cour, et, si Dieu veillait sur lui et l'avait gardé centre les vices, il ne l'avait pas préservé des ridicules.

C'est dans ce milieu moins corrompu que dissolvant que se formait, ou, plutôt, ne se formait pas, le jeune clergé et les déplorables préjugés sociaux avaient une telle puissance que personne, ou presque personne, ne voyait là de quoi s'affliger ni se scandaliser.

Lé mal était général : saint François de Sales disait : « En dix-sept ans, je n'ai pu former que trois prêtres tels que je les voudrais voir tous, et encore sur les trois, je n'en ai vraiment formé qu'un et demi ».

Tout l'édifice ambitieux bâti par la famille Olier allait pourtant s'effondrer.

A 1 7 ans, Jacques Olier savait tout ce qu'on enseignait à la Sorbonne, même le grec; mais il lui prit envie d'apprendre l'hébreu ; or, c'était à Rome qu'il devait trouver le professeur fameux dont les leçons et les conseils lui permettraient de présenter en Sorbonne une thèse qui le classerait parmi les hommes d'avenir.

Qu'arriva-t-il? Eprouvé par le climat romain, le voyageur tomba malade; sa vue s'obscurcit et il devint presque aveugle. Mais cette impossibilité où il se vit de continuer ses études fut pour lui le principe d'un changement total de sa vie. Il avait compris en visitant les sanctuaires de Rome que pour le prêtre il y a quelque chose de supérieur au savoir et aux honneurs ou, du moins, qu'il est une science plus nécessaire et plus utile que celle qu'on cherche dans les livres. Sa piété se transforma, devint plus virile et plus solide; des résolutions généreuses le firent renoncer aux vains succès qu'il avait d'abord poursuivis et son âme, embaumée par les parfums de Rome, s'engagea dans les voies surnaturelles qui le conduiraient à connaître et à réaliser les desseins que Dieu avait sur lui.

En quittant Rome, il fit, en pleine chaleur de l'été, le pèlerinage de Lorette, et, par une miraculeuse intervention de la Sainte Vierge, il se sentit presque subitement guéri de sa demi-cécité; une grâce de piété et d'abnégation remplit son cœur, et sa dévotion pour la Sainte Vierge prit la forme affective et mystique dont ses enseignements ne cesseront d'être remplis quand il aura à conduire les âmes dans les voies surnaturelles.

Il était un autre homme quand il rentra à Paris; il délaissa les savantes études et pour s'initier à la science de la Charité, se mit sous la direction de saint Vincent de Paul. Simple clerc, il se plaisait à accompagner les missionnaires et à faire avec eux son apprentissage de la parole populaire; il secourait les pauvres avec la générosité que lui permettaient ses larges ressources et, non content de leur prodiguer son argent, il leur donnait son cœur.

On pouvait le voir, sur la Place du Parvis Notre-Dame, s'entretenir avec les infirmes et les mendiants; il lui arrivait de baiser leurs plaies, et des gens de bien qui avaient surpris ces héroïques familiarités, s'en allaient en disant que le fils du Conseiller Olier était devenu fou.

C'était en effet la folie de la Croix! il vivait maintenant tout absorbé par cette pensée que bientôt, il allait par la réception du sacrement de l'Ordre, parvenir à une dignité dont la grandeur le ravissait et le confondait tout à la fois. Il s'y prépara par une longue retraite faite sous la direction de saint Vincent de Paul dans la maison de saint Lazare et, après son ordination, il voulut passer trois mois entiers dans le recueillement avant de dire sa première messe.

Premiers travaux apostoliques. — Mais alors, son zèle ne se ralentit plus et il se lance dans les saints travaux du ministère avec une ardeur infatigable.

Comme abbé de Pébrac, il était seigneur temporel de vastes domaines comprenant plusieurs paroisses. Sentant sa responsabilité engagée, il partit pour l'Auvergne et donna à ses vassaux plusieurs longues missions qui eurent une efficacité merveilleuse; il eut cependant une grosse désillusion : les chanoines de Pébrac appartenaient à la Congrégation génovéfaine de Paris et il n'épargna ni exhortations, ni prières, ni pénitences pour leur faire accepter une réforme, mais il se heurta à des cœurs endurcis. C'est à cette occasion qu'il se lia d'une sainte amitié avec de pieux personnages, prêtres, séculiers, laïques ou religieuses, qui partageaient ses regrets. Du nombre était son ancien condisciple. Alain de Solminhac, devenu abbé de Chancelade et qui, plus heureux que lui, avait réussi à décider ses chanoines à changer de vie et même à ajouter à la règle de saint Augustin quelques pratiques nouvelles, plus rigoureuses que celles des Génovéfains. Alain de Solminhac, devint plus tard évêque de Cahors et mourut jeune en laissant une mémoire vénérée.

Non loin de Pébrac était le monastère des Dominicaines de

Langeac dont l'Abbesse était la Mère Agnès de Jésus. Sans s'être vus, M. Olier et la Mère Agnès se connaissaient depuis longtemps et leurs relations avaient un caractère mystérieux et surnaturel. Au cours de ses entretiens avec cette âme prédestinée, M. Olier put ajouter plus de précision à des vues encore confuses, mais qui, plus tard, deviendront son règlement de vie et celui de la Compagnie de Saint Sulpice.

A son retour d'Italie, M. Olier avait congédié ses domestiques et vendu ses chevaux pour en distribuer le prix aux pauvres. Au grand scandale de sa famille, il s'en alla vivre avec quelques confrères qui travaillaient, comme lui, à se sanctifier dans la prière et la pratique de la Charité.

Pendant huit ans, de 1634 à 1642, il chercha à connaître ce que Dieu voulait de lui. Il passa plusieurs mois en Bretagne, où était son prieuré de Clisson et, avec quelques-uns de ses compagnons, donna des missions en Picardie, en Beauce et dans les environs de Paris.

Malgré tout, sa famille n'avait pas renoncé à faire de lui un évêque et, à diverses reprises on put croire qu'elle y avait réussi, mais, ferme dans sa résolution, M. Olier refusa avec énergie les sièges qui lui furent offerts et cela, bien que Saint Vincent de Paul, son confesseur n'y fut pas opposé; ayant à pourvoir l'Eglise de France de bons évêques, le Saint eut passé par-dessus les répugnances de son pénitent. Il semble même que ce fut peut-être là la raison pour laquelle M. Olier prit pour directeur le Père de Condren, supérieur de l'Oratoire, qui l'aida à avancer dans la pratique de la haute spiritualité.

Quand le Père de Condren fut mort, M. Olier remit les affaires de sa conscience entre les mains de Dom Tarrisse, celui qui venait d'introduire à Saint-Germain-des-Prés la réforme de saint Maur.

Projets de fondation d'un séminaire. La Maison de Vaiigirard. — L'œuvre capitale sur laquelle revenaient toujours les entretiens de M. Olier et de ses compagnons était la formation des jeunes clercs qui se préparaient au

sacerdoce. Des essais avaient eu des résultats décourageants. En 1641, avec l'approbation de l'évêque Eléonor de Valençay, ils avaient essayé de fonder quelque chose à Sainte-Foy de Chartres, mais ils rencontrèrent des oppositions sourdes ou publiques et ne purent triompher de l'indifférence générale.

Le 29 décembre 1641, grâce à l'appui financier et moral d'une vénérable chrétienne, M°^® de Villeneuve, on put s'installer à Vaugirard, dans une maison assez délabrée, où les trois fondateurs commencèrent leur apostolat dans le recueillement, la prière et la pratique du renoncement.

Bientôt, Dieu leur envoya quelques disciples, puis d'autres; au bout de quelques mois, la communauté se composait d'une vingtaine de personnes, c'est alors qu'on reconnut la nécessité d'avoir un supérieur qui ferait observer la règle à mesure qu'on la rédigerait, après l'avoir pratiquement expérimentée. M. Olier fut choisi pour être ce supérieur.

Rien n'était plus humble que ce début; on manquait de tout et la maison était devenue trop petite; tout semblait abandonné à la Providence; en effet, la Providence allait y pourvoir.

Le Cardinal de Richelieu, dans sa puissante intelligence, avait compris tout le bien que l'Eglise de France allait pouvoir retirer d'une fondation dont le résultat serait la rénovation profonde du clergé français. Laissant des prélats timides ou routiniers délibérer sur l'aide qu'il conviendrait d'apporter à M. Olier ou à ses imitateurs, il se déclara le protecteur attitré de l'œuvre du Séminaire et offrit à M. Olier son domaine de Rueil avec un château magnifique où aurait pu se loger une très nombreuse communauté.

La proposition était tentante, mais M. Olier hésita à l'accepter. C'est alors qu'une combinaison infiniment plus avantageuse vint résoudre toutes les difficultés qui étaient à redouter.

La paroisse de Saint-Sulpice au Faubourg Saint-Germain était un quartier déshérité ayant la plus fâcheuse réputation. La population se composait de pauvres gens qui vivaient

misérablement en cultivant la terre et auxquels s'étaient mêlés beaucoup d'étrangers, dont l'existence n'avait rien que de suspect : sans métier avoué ni avouable, mendiants, aventuriers, ils formaient une plèbe remuante et vicieuse qui, exploitant la paternelle autorité des moines, formait à côté de la ville un monde où se recrutait l'armée du crime et de l'immoralité.

Il faut dire que, depuis peu, la construction du Palais du Luxembourg par Marie de Médicis avait déterminé une transformation complète de la paroisse. La spéculation s'était emparée de tous les terrains inhabités et les courtisans, qui se rapprochent toujours des résidences royales, commençaient à s'y faire bâtir des hôtels; les travaux avaient attiré des ouvriers laborieux et honnêtes qui avaient amené leurs familles et contribué ainsi à remonter le niveau moral de la population.

Il restait un élément fâcheux : la Foire Saint-Germain, source de revenus importants pour l'Abbaye, réunissait tous les genres de gens sans aveu, petits marchands, qui ne résidaient que quelques jours, entrepreneurs de réjouissances publiques, comédiens, musiciens, baladins, tous les exploiteurs de la crédulité populaire, devins et sorciers, vendeurs de topiques, et surtout individus à l'affût de quelque opération lucrative, mais peu préoccupés du choix des moyens de gagner de l'argent. Dans tout ce ramassis, l'immoralité trouvait ses profits et le curé se désolait d'avoir à la porte de son église un tel foyer d'infection morale. Il était profondément découragé et aurait volontiers donné sa démission s'il avait trouvé une situation matérielle équivalente, mais le poste n'était pas enviable et il ne se présentait aucun candidat.

Saint-Germain-des-Prés avait pour abbé commendataire un fils naturel d'Henri IV, Henri de Verneuil, qui, encore enfant, avait été pourvu de l'évêché de Metz et à qui l'Abbaye procurait d'énormes revenus; il n'était pas prêtre et ne le fut jamais, ce qui lui permettra à 58 ans, de renoncer aux honneurs d'Eglise et à 67 ans, de se marier avec la Duchesse de Sully fille du Chancelier Séguier. Mais, éyêque sans vocation, il avait conscience des obligations de sa charge épiscopale et

abbatiale; il faisait gouverner son diocèse par d'excellents suffragants et il avait contribué de toutes ses forces à faire introduire dans son Abbaye la réforme de Saint Maur. Dom Tarrisse, le prieur claustral, était un excellent religieux, à qui il laissai^ toute la liberté nécessaire pour gouverner sa communauté et les intérêts spirituels des fidèles étaient loin de lui être indifférents.

Il savait que M. de Fiesque, curé de Saint-Sulpice désirait se retirer et c'est alors qu'on vint lui parler de M. Olier.

En s'établissant à Vaugirard, M. Olier avait rendu au curé de la paroisse une visite de déférence, et le curé, le voyant prêt à rendre service, lui avait aussitôt demandé de se charger de Vintérim pendant une courte absence qu'il allait faire. Cette absence allait durer plusieurs mois et M. Olier s'était trouvé investi de la conduite religieuse de Vaugirard. Avec l'assistance de ses confrères, il s'était mis au travail avec ardeur et vers Pâques, quand le Père Bataille, procureur de l'Abbaye, vint toucher les, fermages, il apprit avec une joyeuse surprise que, dans l'espace de quelques mois, la paroisse avait été renouvelée spirituellement. Il alla en rendre compte à son supérieur; or, depuis longtemps Dom Tarrisse, connaissait le directeur de la petite société de Vaugirard. Ce fut un trait de lumière : M. Olier était l'homme qu'on cherchait pour la paroisse de Saint-Sulpice et Henri de Verneuil se montra tout disposé à faire aboutir cette heureuse affaire, car c'était de lui que tout dépendait, puisque c'était sur sa présentation que l'Archevêque de Paris faisait la nomination.

Tout s'arrangea avec M. de Fiesque, puisque M. Olier lui offrait de résigner en sa faveur son prieuré de Clisson, qui, avec une pension de 1 .400 livres, lui procurait un revenu bien supérieur à ce qu'avait jamais rapporté la cure de Saint-Sulpice. Dès le 10 août 1642, M. Olier prenait possession de sa paroisse.

M. Olier, curé de Saint Sulpice. — H amenait au Presbytère toute sa communauté de Vaugirard, et

bientôt l'achat d'une maison contiguë ayant son entrée rue Guisarde permit d'installer les séminaristes dans un local distinct, tout en les laissant dans le voisinage édifiant des Messieurs qui formaient le clergé de la paroisse; ils pouvaient être appliqués à l'œuvre des catéchismes et le dimanche, contribuaient, par leur présence, à relever la pompe des offices.

Ces bâtiments devinrent vite insuffisants et furent remplacés par un édifice de proportions imposantes, œuvre de l'Architecte Lemercier, et élevé, en grande partie grâce aux libéralités de l'Abbé de Bretonvilliers, un des premiers disciples de M. Olier, qui devait lui succéder comme curé de la paroisse, et ensuite comme supérieur de la Compagnie.

Fruit de longues méditations et d'une expérience qui remontait à plus de dix ans, la règle adoptée par les Prêtres de Saint- Sulpice oflrait de grandes similitudes avec celle de l'Oratoire. Un supérieur nommé à vie, assisté de douze conseillers, représentait le pouvoir législatif et exécutif. Il n'était prononcé aucun vœù de religion, mais les associés faisaient une simple promesse dont les effets pouvaient être annulés par la volonté du sujet, aussi bien que par celle des suj^érieurs. Comme à l'Oratoire et à Saint- Lazare, chacun gardait ses biens proprés, sauf à n'en disposer qu'avec l'assentiment du Supérieur; ce qui est une formé atténuée du vœu de pauvreté.

Une fois admis dans la Compagnie, après un temps de probation, passé dans la maison dite de la Solitude, un Sulpicien s'interdit toute initiative dans l'ordre des emplois qu'il aura à remplir. Professeur, curé, vicaire, aumônier, il doit s adapter au ministère qui lui est attribué. La plupart des Sulpiciehs sont attachés à des Séminaires, soit comme directeurs, soit comme professeurs et généralement les deux à la fois; quand le nouveau Code canonique a établi une séparation entre les professeurs et les confesseurs, la Congrégation romaine qui avait à appliquer cette disposition, a jugé qu'il n y avait pas lieu d'en imposer l'observation stricte aux Sulpiciens. C'est que leur vie est intimement mêlée à celle de leurs élèves. Ils n'ont pas d'autre règlement que celui de la maison;

ils ne quittent pas leurs disciples avec lesquels ils font tous les exercices de piété, prennent les repas et les récréations. A toute heure, leur porte doit être ouverte aux jeunes gens qui sont à la fois leurs dirigés et leurs élèves; il faut que le secours attendu soit à la portée de chacun, qu'il s'agisse d'un ç^i? spirituel ou d'un éclaircissement sur les matières d'études. Une telle contrainte, qui les astreint à une absolue régularité, peut paraître pénible aux jeunes gens qui sont en cours de formation, mais pour les directeurs, elle durera toute leur vie, et ce n'est paslà.une légère mortification que d'avoir à abdiquer toùfê indépendance physique et intellectuelle. Pénétrés de cet esprit d'abnégation, ils semblent avoir tous été jetés dans le même moule, tout en conservant chacun sa petite pointe d'originalité; ils ont une continuité de méthode qui fait que tous les prêtres qui ont passé par leurs séminaires semblent les divers exemplaires d'un même ouvrage. On comprend que ceux qu'ils ont formés gardent entre eux une profonde cohé- i sion, dont le lien est la reconnaissance respectueuse qu'ils j savent témoigner à leurs anciens maîtres.

L'œuvre des Séminaires. — M. Olier avait enfin! résolu le problème qui, depuis le Concile de Trente, c'est-àdire depuis quatre-vingts ans, se posait aux hommes de bonne volonté. Tel qu'il l'avait organisé, le Séminaire de Saint-Sulpice allait servir de type à des établissements analogues.

A Paris, à côté du séminaire proprement dit, allaient s'établir des annexes, fondations destinées aux jeunes gens moins fortunés, qui bénéficiaient de bourses : le Petit Séminaire (1684) qui n'avait de commun que le nom avec les petits séminaires d'aujourd'hui ■ — les Philosophes (1690) — les Robertins (1708) et, plus tard, en 1728, le collège de Lisieux, transformé en école de théologie.

Partout, en province, on demandait à M. Olier le concours de quelques-uns de ses disciples; tantôt, c'était pour prendre la direction effective de séminaires, créés par les évêques et dont le corps enseignant était recruté dans le diocèse; tantôt

c'étaient des missions temporaires destinées à faire connaître et pratiquer les usages consacrés par Texpériehce parisienne. Plusieurs fois, il arriva que des prêtres, s'étant groupés en communauté pour l'œuvre du séminaire, sollicitèrent leur admission 'dans la société sulpicienne, ou se bornaient à mener, sous la haute direction de M. Olier et de ses successeurs, une oeuvre parallèle, mais non rivale.

A la fin du XVIII® siècle, la Compagnie de Saînt-Sulpice, qui avait été mêlée à la fondation de la plupart des séminaires de France, n'en, possédait que trente, alor§ijue les Eudistes en avaient quatorze et les Lazaristes une quarantaine; leurs séminaires étaient répartis dans une quinzaine de diocèses.

La paroisse de Saint'Sulpice à Paris employait de 60 à 80 prêtres, qui, pour la plupart, n'étaient pas membres de la société, mais qui formaient une communauté paroissiale ayant à sa tête des Sulpiciens. On voit quel développement l'organisation établie par M. Olier avait fait prendre à la vie religieuse de cette paroisse devenue une des plus ferventes de Paris.

Le Curé de Saint-Sulpice était membre de la Compagnie; en principe, il était choisi par l'Abbé de Saint-Germain-des- Prés, mais pour éviter les compétitions et contestations toujours possibles, l'usage s'était introduit que, lorsqu'un curé commençait à vieillir, il résignait sa cure en faveur d'un de ses confrères; il n'y avait donc pas à faire intervenir l'Abbé de Saint-Germain-des-Prés; Rome approuvait la « résignation » et le nouveau titulaire était investi.

En 1788, M. de Tersac ne donna pas sa démission à temps, celui qui devait lui succéder, M. de Verclos, reçut ses pièces trop tard et le droit de présentation revint, non à l'Abbé, car il n'y en avait plus, mais à l'Archevêque de Lyon, qui gouvernait l'Abbaye comme administrateur des bénéfices « mis en économat ». Saint-Çulpice reçut pour curé un ancien vicaire général d'Autun, M. Maynaud de Pancemont, ancien élève de Saint-Sulpice et tout dévoué à la Compagnie. C'est lui qui aura, pendant la Révolution à défendre les intérêts spirituels et temporels de la paroisse.

Les Sulpiciens au Canada- — Outre les Séminaires de France, Saint-Sulpice avait en Amérique une œuvre d'une grande importance, le Séminaire de Montréal, au Canada, auquel venait de s'ajouter celui de Baltimore.

Au milieu du xvil® siècle, la France Catholique s'était sentie attirée vers l'œuvre des missions en pays infidèles. Nous avons vu combien saint Vincent de Paul avait eu à cœur d'envoyer ses missionnaires prêcher la Foi aux peuples lointains; M. Glier se crut lui aussi appelé à cet apostolat : tour à tour, la Perse, la Chine, le Siam avaient tenté son zèle et dès avant la constitution de la Compagnie sulpicienne, son attention avait été sollicitée du côté de la Nouvelle-France, où nos explorateurs avaient fait reconnaître l'autorité de leur patrie. Il y fallait des colons et des apôtres et c'est en partie aux généreuses initiatives de M. Olier que fut due la fondation d'une société de colonisation qui enverrait des émigrants français dans ces solitudes, dont on ne soupçonnait pourtant pas la richesse, mais où on savait qu'il y avait des tribus sauvages à civiliser et à convertir.

Ce fut à la fois une entreprise commerciale et religieuse, et les Jésuites de Québec se chargèrent de l'évangélisation des habitants, qui, intelligents, mais féroces, se montraient réfractaires à l'Evangile. Le 17 mai 1642 avait été fondée la Ville de Montréal, qu'on avait baptisée Ville-Marie; bientôt la colonie chrétienne fut investie par les sauvages et c'est alorajjue furent cruellement martyrisés les missionnaires Jésuites, dont les principaux furent le Père Jogues et le Père de Brébœuf.

Ce n'est que dix-huit ans après la fondation de Montréal en 1657, que les Prêtres de Saint-Sulpice commencèrent à exercer au Canada leur action sacerdotale sous l'autorité de M. de Queylus. En 1659, un des preiniers Sulpiciens envoyés à Montréal, M. Lemaître, fut victime de son zèle et, surpris par les Iroquois, peu après son installation, fut mis à mort. La première goutte de sang allait fertiliser cette terre ingrate et donner à l'œuvre un esso r rapide.

Les capitalistes qui avaient créé Montréal avaient fait de

gros sacrifices, et peu de profits. Ils déclarèrent que leur but était atteint et offrirent aux Messieurs de Saint-Sulpice de leur céder tous leurs droits, mais il fallait des hommes de Dieu pour accepter une succession aussi lourdement obérée. L'acte de cession fut dressé en 1663; la propriété était transportée à la Compagnie de Saint-Sulpice avec des conditions qu'il aurait peut-être été facile aux fils de M. Olier d'obtenir moins onéreuses.

Ayant gagné leur liberté d'action, les Sulpiciens purent donner à leur œuvre toute l'étendue nécessaire et les résultats ne se firent pas attendre : les redoutables indigènes se laissèrent apprivoiser, les colons français, recrutés avec plus de sévérité, firent souche de travailleurs croyants et laborieux. On vit naître cette race franco-canadienne dont l'étonnante vitalité a peuplé et fertilisé ces déserts incultes devenus une des contrées les plus riches du monde et un foyer intense de vie chrétienne.

Le funeste traité de paix qui termina la Guerre de Sept Ans faillit tout compromettre : la colonie du Canada était cédée aux Anglais. Il y avait exactement un siècle que les Sulpiciens étaient venus s'y établir et on put craindre un moment qu'en qualité de Français, ils fussent expulsés et leurs biens confisqués.

Le Roi d'Angleterre, savait combien de services les missionnaires avaient rendus au pays et il voulut les garder, encore qu'ils fussent catholiques. On offrit à la Compagnie de Saint- Sulpice de rester, en conservant ses biens, mais à la condition que ses membres employés au Canada prendraient la nationalité anglaise et qu'ils formeraient, au point de vue civil, une association distincte de celle de Paris. De longues négociations furent nécessaires pour découvrir une formule qui donnerait satisfaction aux prétentions, après tout explicables, de Londres, mais sans détruire l'unité, qui ne pouvait être rompue, entre les deux branches de la famille de M. Olier. Au point de vue de la loi anglaise, les Sulpiciens canadiens furent regardés comme uniques propriétaires, mais, aux termes de la donation

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de 1663, ces propriétés devaient être, à perpétuité inaliénables et la mission de Montréal était sauvée.

La Compagnie de Saint-Sulpice était donc solidement implantée en Amérique lorsqu'éclata la Révolution. C'est alors que M. Emery envoya à Baltimore M. Nagot et quelquesuns de ses confrères, bannis de France; cette première fondation, suivie de plusieurs autres, contribua à faire pénétrer le catholicisme dans plusieurs états où il avait été longtemps proscrit. Ils se répandirent dans la nouvelle république américaine dont les premiers évêques furent des Français et des disciples de la Compagnie de Saint-Sulpice. Le premier évêché, celui de la Nouvelle Orléans, fut créé en 1793. Halifax, est de 1817. Québec existait depuis 1 658.

Les Sulpiciens et la Révolution. — Lors des discussions qui désolèrent l'Eglise au XVII® siècle, les Sulpiciens s'étaient distingués par la fermeté unanime avec laquelle ils avaient résisté aux sollicitations du Jansénisme. Leur respectueuse soumission à l'autorité doctrinale du Pape les exposa aux furieuses attaques de la secte et, quand les Jésuites eurent été sacrifiés aux rancunes de leurs ennemis, la Compagnie de Saint-Sulpice se vit un instant menacée d'une semblable disgrâce.

Les supérieurs avaient eu à veiller attentivement sur les opinions de leurs subordonnés et il leur arriva de congédier quelques prêtres qui s'étaient compromis. A propos de la Bulle Unigenitus, il fallait user de la plus grande circonspection et de beaucoup de courage, car les opposants, qui en appelaient au futur Concile, étaient soutenus par des personnages qui occupaient les plus hautes dignités ecclésiastiques.

Intransigeants sur tout ce qui touchait au dogme, deux des supérieurs, MM. Bourachot (1770-1777) et Le Gallic (1777- 1 782), ne furent pas à l'abri de certaines critiques concernant la facilité avec laquelle ils avaient laissé des brèches s'ouvrir dans l'observation de leurs règlements intérieurs. Des jeunes gens appartenant à des familles de haute aristocratie, des

Loménie, des Jarente, des Grimaldi, des Talleyrand abusaient de leur nom et de leur fortune pour se regarder comme affranchis des obligations qu'ils jugeaient au-dessous de leur rang. Ils trouvaient les exercices de piété trop longs, l'heure du réveil trop matinale, prétendaient sortir quand il leur plaisait; bien que le règlement défendît aux séminaristes de recevoir des visites dans leur chambre, cet article n'était pas toujours respecté, et la médisance prétendait que ces visites n'étaient pas toujours édifiantes. Leurs conversations se ressentaient de leurs relations mondaines et leur costume affectait des recherches déplacées. Que faisaient-ils au Séminaire? Ils y préparaient leurs grades canoniques, parce c'était la condition d'où dépendait leur carrière; en Sorbonne, on était coulant sur la moralité, mais on repoussait impitoyablement les ignorants. Obligés de s'instruire, ils tâchaient de le faire en menant une vie aussi douce que possible et traitaient de radoteurs les pieux directeurs qui leur parlaient de pratiquer les vertus de leur état.

Ce mal, qu'il ne faut pas dissimuler, était, en quelque sorte une conséquence d'un état social. A la Faculté, les Nobilissîmi étaient toujours en tête des listes de promotion, quelles qu'aient été leurs notes d'examen. C'est ainsi que Talleyrand figura en tête des licenciés de 1 774 avec le n° 1 quoi qu'il eût obtenu un rang inférieur.

Des séminaristes appartenant à des familles modestes, auraient été vite congédiés, s'ils avaient voulu imiter ces privilégiés, mais la vigilance des supérieurs était mise en échec par les hautes influences qui en paralysaient la sévérité. Ils étaient obligés de fermer les yeux, car mécontenter un puissant ministre ou un favori du Roi était une imprudence dans un temps où la Compagnie de Saint-Sulpice était l'objet des attaques acharnées des Jansénistes. Il n'y avait qu'à courber le dos en essayant de réduire le mal au minimum. Il faut dire que ces désordres, allant parfois jusqu'au scandale, étaient particuliers au Séminaire de Paris, le seul qui n'ait pas pu refuser les élèves sortis des grandes familles. Ailleurs le personnel était recruté dans des familles de bourgeoisie honnête ou dans le peuple.

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et il était facile, nonobstant la contagion du mauvais exemple, d'entretenir les traditions de piété, de simplicité et de générosité que M. Olier avait léguées à ses enfants.

On tolérait les façons étranges des élèves qui venaient se préparer aux examens de la Sorbonne, et, comme ces concours étaient difficiles, on se disait qu'obligés à donner un effort intellectuel considérable, ces jeunes ambitieux seraient bien obligés de mener une vie relativement régulière. Malheureusement, une fois pourvus de leurs parchemins, ils reprenaient leur indépendance et. ne s'occupaient plus que de faire jouer les protections dont disposaient leurs familles et de franchir, le plus rapidement possible, les degrés qui devaient les conduire à l'épiscopat. Il est même à noter que ces promotions d'indignes se réduisaient à assez peu de chose et, quand les évêques français se comptèrent sur la question du serment constitutionnel, le nombre des jureurs se trouva réduit à quelques unités. Les notes fournies par le Séminaire avaient arrêté au passage la plupart des coureurs de mitres, et, même parmi ceux dont la conduite avait le plus prêté à dire, on vit que les folies de jeunesse n'avaient duré qu'un jour.

Monsieur Emery. — M. Emery avait succédé à M. Le Gallic, démissionnaire en 1782, et sa direction plus énergique avait promptement coupé court à la plupart des abus, quand l'occasion se présenta pour la Compagnie de Saint-Sulpice de faire voir quel était son esprit de docilité absolue envers l'autorité du Pape.

La Constitution civile du Clergé exploitait les tendances gallicanes du clergé de France et essayait de fonder une église nationale n'ayant plus que des liens assez lâches avec le Chef de l'Eglise. Devant cette tentative de schisme, les Prêtres de Saint-Sulpice se montrèrent d'une inébranlable fidélité aux principes de subordination qui avaient toujours été leur règle de conduite. Alors que la plupart des Ordres et Congrégations donnaient, qui plus, qui moins, de recrues au schisme, ils formèrent un corps sur lequel les sophismes des Constituants

n'eurent aucune prise. Sur 150 Sulpiciens, il n'y en eut pas un seul pour prêter le serment condamné par le Pape Pie VI.

On trouve bien, dans les Archives du Cardinal Giprarai l'histoire d'un prêtre tombé très bas, et d'ailleurs repentant, qui se dit sulpicien, mais une étude attentive a permis d'établir que ce triste individu n'a jamais appartenu à la Société dont il a, tout au plus, été l'auxiliaire employé temporairement, mais c'est faussement qu'il se parait d'une qualité à laquelle il n'avait aucun droit.

Dix-huit membres de la Compagnie de Saint-Sulpice périrent pendant la Terreur, ou pendant la persécution directoriale de 1 795. Ce sont d'abord les huit martyrs qui furent égorgés aux Carmes et qui ont été solennellement inscrits au nombre des Bienheureux. Deux ont été fusillés aux Vans en 1792; trois furent massacrés à Couches, alors qu'ils se rendaient en Suisse, pour obéir à la loi de déportation. Un a été noyé à Nantes, un guillotiné à Paris en 1 794, deux succombèrent sur les pontons en rade de Rochefort, un fut tué dans le département de la Vendée.

M. Emery était resté à Paris où il fut longtemps emprisonné à la Conciergerie; il ne fut pas jugé, mais profitait d'une demiliberté pour exercer auprès des détenus et des condamnés un magnifique apostolat. Beaucoup de prêtres et plusieurs évêques constitutionnels lui durent le repentir et le pardon.

En 1 792, il avait été appelé à se prononcer sur la légitimité du serment dit de « Liberté-Egalité », qui, sans contenir aucune adhésion aux principes schismatiques du serment de 1791, reconnaissait la forme nouvelle du gouvernement; en le prêtant, les prêtres obtenaient le droit d'exercer leur ministère dans un temps où les âmes étaient particulièrement en péril. Sans avoir fait lui-même ce serment, M. Emery l'avait autorisé et même conseillé; c'était son zèle qui l'inspirait, et, semble-t-il, une compréhension élevée des besoins de l'Eglise; Mais le serment impliquait une renonciation au principe de la Monarchie de Droit Divin et cela suffit pour provoquer les protestations de tous ceux qui ne voulaient pas avoir l'air de

renier le passé monarchique de la France; ce sentiment chevaleresque fut unanimement partagé par le clergé émigré. On tenta d'obtenir du Pape une condamnation formelle, mais, en dépit de leurs efforts, les adversaires du serment ne purent pas la faire prononcer. Plus tard, on a compris à quel sentiment de prudence le Pape avait obéi, mais auparavant, M. Emery s'était vu exposé aux critiques les plus sévères, et, ce qui lui causa le plus profond chagrin, beaucoup de Sulpiciens se rangèrent parmi ses accusateurs. Il n'en continua pas moins à être le conseiller et le consolateur de ceux qui acceptaient de risquer leur vie et de s'exposer aux outrages de leurs frères afin que la France restât chrétienne.

Le Concordat rendit la paix à l'Eglise de France et M. Emery reçut d'abord de Napoléon des témoignages de confiance qu'il fit servir à une rapide réorganisation du culte. Un jour vint cependant où les prétentions du pouvoir civil se montrèrent tellement excessives que M. Emery ne craignit pas de résister, et la Compagnie, d'abord rétablie, se vit inscrite sur les listes de proscription. Il y eut des heures difficiles à passer et on voyait avec terreur les séminaires vides, alors que la mort décimait les survivants de la Révolution. Le retour des Bourbons permit de se remettre à l'œuvre, mais il fallait dix ans au moins pour que la jeunesse entrée dans les séminaires restaurés, pût donner des sujets aptes à remplir les fonctions du saint ministère.

La Restauration. Le Gallicanisme. — La crise religieuse n'était pourtant pas terminée. Les opinions gallicanes avaient survécu au naufrage de l'église constitutionnelle et même à l'autocratie religieuse de l'Empereur. La Restauration avait repris les traditions de l'Ancien Régime; presque tous les évêques étaient imbus du gallicanisme le plus aveugle, et pour être admis à enseigner dans un séminaire un prêtre devait s'engager à professer la déclaration de 1682. L' « Ultramontanisme », comme on disait, était un tare et La Mennais, pour avoir plaidé en faveur des droits du Pape, fut

Tobjet d'attaques passionnées, auxquelles il répondit avec une violence exaspérée qui fit de lui un révolté.

La situation des Sulpiciens était des plus délicates : nourris, pour la plupart, des enseignements gallicans, ils ne pouvaient sans imprudence réagir ouvertement contre la direction que leur donnait l'épiscopat. Plutôt que de rompre des lances pour ou contre des opinions, ils se renfermèrent dans ce qui était leur mission essentielle : faire des jeunes ecclésiastiques qui leur étaient confiés, des prêtres pieux, prudents, dociles et zélés. Le niveau intellectuel de leurs maisons fut volontairement abaissé et ils surent attendre que le renouvellement du corps épiscopal leur permît de secouer le joug d'opinions qu'il ne leur était pas loisible de combattre ouvertement. Alors, ils seront heureux de profiter de la faculté de répandre une doctrine en tout conforme à celle de Rome. Jusque-là, il fallait se résigner à passer pour des gallicans et se le laisser reprocher, parfois sévèrement.

Il ne faut pourtant pas oublier que, dès 1832, M. Boyer avait engagé la lutte contre les doctrines de La Mennais, dont la révolte contre les senseignements du Souverain Pontife avait fait le chef de l'école libérale. Avec MM. Carrière et Vieusse, il avait, à la demande de Mgr d'Astros, rédigé le fameux Mémoire de Toulouse qui eut une influence capitale sur la publication de l'Encyclique Mirari vos où le Pape Grégoire XVI prit une position nette à l'égard du pseudolibéralisme.

Bien avant le Concile du Vatican, Pie IX avait entrepris un travail de reconstitution qui devait trouver sa formule dans l'Encyclique Quanta cura et dans le Syïlahus. Les Messieurs de Saint-Sulpice accueillaient avec empressement un corps de doctrine dont ils espéraient pouvoir sous peu faire profiter leurs élèves. Au temps où régnait en philosophie un vague cartésianisme, M. Lecoq eut la hardiesse de donner dans sa chaire d'Issy une doctrine franchement thomiste; c'était l'aurore d'une révolution qui, sous la vigoureuse impulsion de Léon XIII, allait prévaloir dans toutes les écoles catholi-

ques, et déborder ensuite sur le domaine de renseignement universitaire.

On comprend avec quel joyeux empressement les Sulpiciens ont salué ce renouvellement; dans tous leurs séminaires de France et d'Amérique, ils appliquent sans réserves les directions que leurs meilleurs sujets vont recevoir à la Procure de Rome.

Le nombre croissant des œuvres qui leur étaient confiées aux Etats-Unis a amené la Société de Saint-Sulpice à créer une province d'Outre-mer, dont les sujets sont venus, pendant longtemps recevoir en France la formation indispensable aux directeurs de séminaires. Maintenant, cette province a dû établir un noviciat spécial pour les prêtres de langue anglaise, mais les Canadiens pour qui le français est demeuré la langue maternelle, continuent à faire leur année de probation à la Solitude d'Issy.

Encore qu'ils ne se regardent pas comme des religieux, les prêtres de Saint-Sulpice ont obtenu de la Congrégation des Religieux, en 1921, une approbation qui les range dans la catégorie des sociétés sans vœux régies par les canons 673-681 du Code canonique.

Malgré cela, la loi civile n'a pas voulu entrer dans ces distinctions et, sous le régime de la persécution, la société a subi des entraves dans sa mission enseignante. Elle a eu à passer par des heures douloureuses où son existence a été mise en cause. Beaucoup de prudence et d'abnégation ont aidé à conjurer le danger. N'ayant jamais cessé d'appartenir canoniquement à leur diocèse d'origine, les Prêtres de Saint-Sulpice se sont réclamés des droits communs à tous les ecclésiastiques séculiers et l'autorisation régulière de leurs évêques leur a permis de conserver ou de reprendre leurs fonctions.

Développement de la Compagnie de Saint Sulpice. — Rénovation de son organisation intérieure.

— La Compagnie de Saint-Sulpice a à sa tête un supérieur général élu à vie. Il gouvernait autrefois sous le contrôle d'un

conseil de douze membres qui se complétaient par cooptation. Depuis la publication du nouveau code canonique, la composition du conseil a été légèrement modifiée. Il comprend les quatre assistants, dont le premier est vice-supérieur de la communauté; on leur a adjoint les deux provinciaux, le Procureur général qui réside habituellement à Rome, l'Econome général et le Secrétaire général.

C'est le plus souvent parmi leurs anciens élèves que les Sulpiciens se recrutent; leur société compte aujourd'hui un peu plus de 400 membres, en y comprenant ceux qui, pour raison de santé ou de famille, sont autorisés à vivre en dehors des maisons de l'Institut, auquel ils continuent à appartenir.

La Procure de Rome, aux Quatre-Fontaines, est une école de hautes études où les futurs professeurs sont envoyés pour approfondir leurs études ecclésiastiques et s'initier aussi aux sciences profanes qu'ils ne doivent pas ignorer. Ayant vécu dans la vivifiante atmosphère romaine, ils peuvent s'y imprégner plus complètement de l'esprit de l'Eglise qui est, plus que jamais, celui de Saint-Sulpice.

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