CHAPITRE X
LES MARIENS
MISSIONNAIRES de M€u^e en Pologne- — Les Mariens, dont la dénomination officielle est : Ordo Immacalatae Conceptionis B. M. Virginis Clericorum regularîum Marianorum ont été fondés, en 1671 par le Vénérable Jean Papczinski, né le 18 mai 1631, dans le diocèse de Tarnov (Pologne), mort en odeur de sainteté à Gora-Kalvarya, près de Varsovie, le 1 7 septembre 1 701 .
Fils d'un pauvre ouvrier, Jean avait fait de bonnes études au G)llège de Lemberg, où les Jésuites recevaient gratuitement les jeunes gens bien doués, mais pauvres. A 21 ans, Jean entra dans la Congrégation des Clercs des Ecoles Pies (dits Piaristes). Cette communauté eut à traverser une période critique après la mort de son fondateur, saint Joseph Calasanz, dont il a été parlé plus haut. En 1670, le Pape Clément X ayant introduit des modifications profondes dans la règle de l'Institut des Piaristes, le Père Jean profita de la liberté qui lui était offerte, sortit de sa congrégation et alla s'établir comme prêtre séculier à Loviez, dans le diocèse de Posen.
Touché de pitié pour les malheureuses populations des campagnes spirituellement délaissées, il résolut de travailler à leur procurer l'instruction religieuse, qui leur faisait presque complètement défaut. Avec les encouragements de l'évêque de Posen et ceux du Nonce apostolique de Varsovie, il groupa quelques compagnons en communauté séculière, afin de mener une vie à la fois contemplative et active. Ils ajoutaient
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à leurs autres exercices la récitation quotidienne de l'Office des Morts. Ils s'étaient vêtus de blanc, avec une ceinture bleue, en l'honneur de la Sainte Vierge, dont ils aimaient à propager le culte et à prêcher l'Immaculée Conception.
Bientôt, ils furent autorisés à donner un concours bénévole aux curés de campagne pour répandre l'instruction religieuse parmi les paysans qui en étaient dépourvus.
A la requête des Etats de Pologne, l'Institut naissant fut béni par le Pape Innocent XI, puis par le Pape Innocent XII, qui, alors qu'il était Nonce à Varsovie, avait connu le fondateur et l'avait pris pour confesseur. Ce Pape approuva les règles des Mariens, en les autorisant à émettre les vœux simples temporaires, puis perpétuels et en leur permettant de se rattacher à la famille franciscaine, vouée comme eux au culte mariai. Toutefois, cette tutelle n'était pas sans avoir quelques inconvénients, et un décret de la Congrégation des Rites, sanctionnés en 1 785, par Pie VI, substitua de nouvelles constitutions aux anciennes; en 1787, le Pape permit aux Mariens de jouir de tous les privilèges reconnus aux grands ordres religieux.
Les Mariens s'étaient répandus au XVIIl^ siècle, non seulement en Pologne et en Lithuanie, où ils comptaient douze maisons, mais ils avaient essaimé dans toute l'Europe, et, notamment en Espagne et au Portugal. A Rome, le Pape leur avait concédé l'église des Saints Vit et Modeste, auprès de laquelle ils avaient une résidence.
Les partages de 1 774 et années suivantes avaient fait passer la plus grande partie de la Pologne sous la domination russe et les Mariens se virent cruellement persécutés, autant comme catholiques que comme patriotes. Après l'insurrection de 1864, la plupart des couvents furent supprimés et beaucoup de religieux furent déportés en Sibérie.
Les Mariens et Pie X. Le P. Matulewicz. —
A la fin du XIX® siècle, il. ne subsistait plus que la maison de Mariampol, dans le diocèse de Sejni, qui abritait trois reli-
gieux; quatre autres étaient dispersés dans d'autres villes; ce n'étaient que des vieillards infirmes, étroitement surveillés par une police systématiquement tracassière. Le Supérieur, le Père Vincent Sikowsld, allait mourir au mois de septembre 191 1, et son dernier compagnon, le Père Pielazynsld, âgé de 87 ans, était aumônier d'un asile de vieillards établi à Gora- Kalvarya, dans l'ancienne Maison-mère où était mort le fondateur. On croyait la Congrégation définitivement éteinte et c'est alors qu'elle allait revivre.
Pendant l'été de 1910, quelques pieux ecclésiastiques polonais s'étaient rendus à Rome et, reçus par le Pape Pie X, lui avaient fait part de leur désir de faire renaître l'ordre marien. Le 15 septembre, le Pape les reçut et leur accorda tous ses encouragements, leur permettant de reformer leur institut tout en adaptant leur règle aux circonstances difficiles que l'intolérance orthodoxe faisait subir au clergé catholique.
A la fin de décembre 1910, trois d'entre eux se présentèrent devant Mgr Ruskiewicz, suffrageant de l'Archevêque de Varsovie, exilé, et, en présence du Père Sikowsld, firent leur profession religieuse selon les constitutions modifiées par l'autorité du Pape. Quelques mois plus tard, le Père Sikowsld mourait et l'un des nouveaux profès, le Père Georges Matulewicz était choisi comme supérieur général. Le Père Pielazynski, s'éteignit en 1914, avec la joie de penser que l'oeuvre était sauvée.
Le Père Matulewicz avait fait de fortes études à l'Université de Fribourg; il était devenu professeur à l'Académie de Pétrograd, et c'est en se présentant comme tertiaires franciscains que ses compagnons et lui pouvaient correspondre, m£iis ils étaient dans l'obligation de dissimuler l'existence de leur communauté; Pie X leur avait recommandé de renoncer à leur habit blanc, pour prendre le costume du clergé séculier. Leurs observances avaient aussi été modifiées : ils étaient dispensés de la récitation quotidienne de l'Office des Morts, qu'ils remplaçaient par un Suffrage ajouté à leur messe.
Ne pouvant ouvrir de maison en Russie sans s'exposer à des
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vexations policières, c'est à Fribourg qu'ils établirent leur noviciat et leur scolasticat, où les recrues se présentaient en nombre inespéré. Bientôt, une autre maison de formation s'ouvrit à Chicago, centre d'une région habitée par de nombreux émigrants polono-lithuaniens qui avaient besoin d'être défendus dans leur foi contre la propagande protestante et le péril de l'indifférence religieuse, commun à tous les déracinés.
C'est alors qu'éclata la Grande Guerre, dont une des conséquences fut le rétablissement de l'état polonais. La Communauté marienne allait pouvoir se développer sans avoir à se cacher. Le Père Matulewicz fut appelé par le Saint Père à l'évêché de Wilno, et obtint l'autorisation de conserver la supériorité de la Congrégation, dont il était le second fondateur. Il fut maintenu dans sa charge au chapitre général qui fut tenu à Dantzig en 1923. Il y avait alors 70 religieux profès, avec 4 résidences en Pologne et celle de Chicago; depuis, le nombre des profès a presque doublé. En 1925, on comptait deux juvénats, cinq noviciats, dont le plus important était celui d'Amérique.
Bien qu'il n'ait été ni arrêté, ni emprisonné par les Bolchévistes, comme on l'a inexactement raconté, Mgr Matulewicz a payé de dures épreuves le succès de son œuvre; par suite des difficultés qui se sont élevées entre les républiques de Pologne et de Lithuanie, au sujet de la ville de Wilno, il a dû donner sa démission d'évêque de Wilno et a été transféré au siège titulaire d'Adulis, ce qui lui a permis de se consacrer tout entier au gouvernement de sa communauté, de plus en plus florissante. Il est mort en janvier 1927, ayant accompli l'œuvre à laquelle la Providence l'avait appelé. Il a été remplacé à Wilno par Mgr Cieplak, à peine sorti des prisons soviétiques et qui est mort au bout de quelques mois, au cours d'une tournée de quêtes et d'évangélisation qu'il avait commencée parmi ses compatriotes d'Amérique.
C'est dans la Mère-patrie que s'exerce le plus activement l'action des Mariens. A Varsovie, en particulier, leur apostolat a permis de faire renaître les œuvres que la lourde main du
Tsarisme avait voulu étouffer. Le jeune clergé, les étudiants, les familles sont atteints par les prédications, les retraites, les associations pieuses et par la presse catholique. Quand S. S. Pie XI, heureusement régnant, était en mission en Pologne il a pu mesurer toute l'importance du mouvement religieux dont les Mariens ont pris la direction.
. On ne peut s'empêcher d'admirer le décret providentiel qui a sauvé, à l'heure où tout paraissait perdu, une famille religieuse qui répondait aux besoins nouveaux d'une nation qui allait revenir à la vie.
La cause de béatification du fondateur s'instruisait quand la Pologne fut rayée de la liste des nations; le dossier, longtemps égaré, a été retrouvé aux Archives épiscopales de Varsovie et il y a lieu d'espérer qu'elle procurera bientôt la glorification de celui dont le nom symbolise les luttes héroïques de la nation martyre.