‹ Les compagnies de prêtres du XVIe au XVIIIe siècle [microform]Chapitre 3 sur 20 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

LE Vénérable César de Bus, était né à Cavaillon, en terre pontificale, le 3 février 1 544 ; ayant longtemps porté les armes, il avait perdu la foi et c'est à l'âge de trente ans que la lecture du Catéchisme du Concile de Trente le ramena aux croyances de sa jeunesse. Sa conversion fut assez complète pour qu'il fût admis prompteitient aux honneurs du sacerdoce.

Avec un zèle infatigable, il se consacra au ministère des âmes et aussi au soulagement matériel des pauvres et des malades; il réunissait les enfants pour leur apprendre les éléments de la Doctrine Chrétienne. Sentant qu'il allait perdre la vue, il forma une petite société de prêtres partageant ses désirs d'apostolat auprès des ignorants; on les appela les Pères de la Doctrine Chrétienne, ou Doctrinaires. C'est en 1592 que la première communauté fut établie à l'Isle-sur- Sorgue, près d'Avignon.

En 1597, le Pape Clément VIII, sur le rapport favorable de l'évêque de Cavaillon, approuva la société, qui vécut dix ans sous la direction de son fondateur. Mais, César de Bus étant mort, le 25 août 1 607, en odeur de sainteté, son œuvre parut d'abord ne pas devoir lui survivre; elle se reconstitua cependant après quelques hésitations et le fît avec les encouragements de Rome.

L'Eglise prenait conscience de sa mission enseignante, un peu délaissée pendant les troubles du XVI® siècle. Les Jésuites

[l'étaient pas les seuls à l'avoir compris : depuis 1597, saint loseph Calasanz avait fondé les Ecoles Pies. Les Barnabites ivaient ouvert des collèges en Béarn et en Savoie; les Somasj|ues, d'abord missionnaires des gens de la campagne, s'esjayaient à l'éducation; en 161 7, le Pape Paul V permit la fusion les Somasques avec les Doctrinaires et cette union devait Jurer trente ans.

Les Somasques étaient italiens et les Doctrinaires, bien qu'établis à Rome, avaient leur principal champ d'action ;n France; leurs œuvres s'étaient multipliées dans la région ivignonnaise, puis s'étaient rapidement répandues hors des Dossessions pontificales. En 1610, ils avaient obtenu de Louis XIII des Lettres-patentes, qui les autorisaient à fonder les maisons dans tout le royaume. En 1626, l'archevêque de ^aris, Jean-François de Gondi, les appelait à Paris et leur acilitait l'achat de l'hôtel de Verberie, rue des Fossés-Saint- /ictor, pour y établir un noviciat et la résidence du Provincial; ils bâtirent une belle chapelle, dédiée à saint Charles.

Bien qu'ils eussent quelques collèges dans la France du *^ord, notamment à Chaumont, à Chauny et à Troyes, c'est lurtout dans le Midi que les Doctrinaires se répandirent; ils eçurent même de plusieurs évêques la direction de leurs grands séminaires, et il n'est pas bien certain que le venin anséniste les ait épargnés; leurs élèves n'en étaient malheueusement pas tous indemnes.

Quand le Parlement supprima la Compagnie de Jésus, il ut fait appel aux Doctrinaires pour la remplacer; ils se chargèrent en particulier du Collège de La Flèche et de celui l'Aquitaine, à Bordeaux, qui, entre les niiains du clergé sécuier, avait vite dépéri.

Les hommes de talent ne manquaient pas chez les Doctrinaires, ils étaient réputés pour la solidité des études faites dans eurs maisons, mais l'obligation de fournir aux besoins de lombreux établissements nouveaux amena une crise dans leur ecrutement. Beaucoup d'hommes instruits et ayant une vraie vocation enseignante ne tenaient pas à recevoir le sacerdoce et

à se lier par les engagements de la vie religieuse. En 1783,1e Supérieur des Doctrinaires demanda au Pape Pie VI la permission d'admettre des sujets qui ne feraient pas de vœux religieux. Cette concession fut accordée, mais les Doctrinaires italiens refusèrent d'en profiter. En France, l'introduction dans les collèges de confrères n'ayant d'ecclésiastique que l'habit, transforma l'Ordre en une association enseignante ouverte à des individus d'une foi suspecte et d'une moralité douteuse.

Les Doctrinaires et la Révolution. — Aussi, quand la Constituante prétendit faire peser sur l'Eglise de France son pernicieux despotisme, le schisme constitutionnel trouva peu de résistance chez les Doctrinaires. Presque tous, au moins dans les maisons du Midi, prêtèrent le serment schismatique; deux d'entre eux prirent rang dans l'épiscopat assermenté : Villar, supérieur de La Flèche, fut élu évêque de la Mayenne, et Lacombe, supérieur de Bordeaux, devint évêque de la Gironde. Le premier se repentit plus tard et mourut en 1837, sans que sa conscience lui ait jamais permis de remonter à l'autel. Il était membre de l'Académie Française.

Lacombe fut au contraire du nombre de ceux qui, avec Grégoire, continuèrent avec acharnement la lutte contre le Concordat; imposé par le Premier Consul comme évêque d'Angoulême, il y joua un rôle lamentable, défendant jusqu'à sa mort, en 1823, les idées jansénistes, gallicanes et antiromaines.

Sans avoir fait partie de l'épiscopat schismatique, plusieurs anciens doctrinaires furent mêlés à l'histoire des troubles religieux de la Révolution; l'Université Impériale recruta parmi eux une partie de son corps enseignant : il suffit de rappeler que le fameux Lakanal, régicide, apostat et marié, était un ancien Doctrinaire.

Les Doctrinaires de la région parisienne n'avaient pas tous partagé les erreurs de leurs confrères méridionaux. Plusieurs

de ceux qui n'avaient pas juré étaient réunis à la maison de saint Charles, auprès de Claude Bochot, leur supérieur. Quand les arrestations commencèrent après le 10 août 1792. le P. Bochot ordonna à ses compagnons de se disperser et de se cacher. Lui-même resta avec le Procureur, le Père Eustache Félix et tous deux furent emprisonnés à Saint-Firmin, où ils furent massacrés le 3 septembre 1 792. Ils sont du nombre des Confesseurs de la Foi qui ont été béatifiés en octobre 1926.

Il ne semble pas qu'après la Révolution, les Doctrinaires français aient retrouvé une grande activité ; quelques anciens s'établirent à Avignon et à Nice, mais leurs maisons furent vite fermées.

La branche italienne, qui avait gardé les vœux, a été confirmée dans ses privilèges par Pie VII, en 1805. En 1842, le Pape lui a rendu le droit d'élire un supérieur général, et il a été entendu qu'il serait pris alternativement dans les deux provinces de Rome et de Naples. Ce Supérieur général réside à Rome à Santa Maria in Monticelli.

Le fondateur n'a pas encore été béatifié; le dernier acte du procès est le décret concernant l'héroïcité des vertus; il est daté du 3 décembre 1821 .

Page 1