LES PRÊTRES DE LA MISSION, DITS LAZARISTES
torze gros volumes ^. Là se révèle sa véritable personnalité. Il y aborde les matières les plus profondes, sciences sacrées, spiritualité, politique, gouvernement de ses deux communautés, avec la complète possession du sujet qu'il traite; à chacun, il parle le langage approprié : tour à tour enjoué et grave, il sait être doucement sévère ou prudemment compatissant; alors même qu'il doit donner les avertissements les plus pénibles et condamner des erreurs de conduite ou de doctrine, il se garde bien de rendre son autorité odieuse et son ingénieuse bonté trouve le moyen d'adoucir les coups que sa conscience l'oblige à porter. Ce tact merveilleux explique comment ce prêtre de très modeste extraction a été amené à traiter d'égal à égal avec les puissants de la terre et avec les chefs de l'Eglise. Il était grandi par le prestige que lui donnait le rayonnement d'une éminente sainteté.
Sa correspondance permet de rectifier sur plus d'un point ce qu'ont dit de lui des biographes inspirés par une vénération qui n'eût rien perdu à être mieux informée. Parmi ces écrivains, les premiers ont cédé à un respectable sentiment de piété filiale; les autres ont, de la meilleure foi du monde, utilisé les notices plus anciennes en se contentant de les revêtir du manteau chatoyant de leur talent littéraire. Ainsi est née une légende fortement enracinée, dont le principal inconvénient a été de créer un saint Vincent de Paul de convention, non exempt d'une sorte de mièvrerie qui est le contre-pied de ce que nous savons de son caractère ferme et résolu.
Le vrai Saint Vincent de Paul avait eu à lutter avant de prendre conscience de sa mission; peut-être même, pour commencer, n'avait-il pas lutté, n'ayant pas tout de suite compris qu'il avait un combat à livrer. Ordonné fort jeune, beaucoup plus jeune qu'on ne l'a dit, il menait, à l'Université de Toulouse, l'existence vide et monotone des clercs en quête du petit bénéfice qui leur assurerait le pain quotidien.
Un voyage d'aiîaires pour lequel il avait dû prendre, par