Chez Gabalda, rue Bonaparte à Paris
économie, la voie de mer, le fit tomber entre les mains des corsaires qui infestaient le littoral de la Provence et du Languedoc. Vendu comme esclave à Tunis, il réussit à s'échapper, gagna l'Italie et, après un séjour assez prolongé à Rome, arriva à Paris, où il. trouva un protecteur haut placé en la personne de Philippe- Emmanuel de Gondi. Général des Galères du Roi; celui-ci se fit renseigner par « Monsieur Vincent » sur les conditions faites aux chrétiens retenus dans les bagnes barbaresques, et dont la foi était en danger. Pendant quelques semaines, l'échappé de Tunis parut jouir à Paris d'une espèce de célébrité et la Reine Marguerite, la première femme d'Henri IV, eut la fantaisie de l'avoir pour chapelain.
Milieu bien profane que celui de cette petite cour ! la Princesse réunissait dans son hôtel du Quai Malaquais des lettrés, des savants, des esprits forts, des gens du monde, et de tous les mondes. Très dévote à ses heures, la « Reine Margot » avait voulu avoir dans les dépendances de son palais une chapelle desservie par une communauté d'Augustins déchaussés (les « Petits Augustins ») mais elle ne se privait pas de divertissements et de fêtes profanes ; dans son salon, se tenaient les propos les plus libres..
Tel n'était pas le milieu convenant à un prêtre revenu de captivité après avoir longuement médité sur la sainteté de son état, sainteté qu'il n'avait jamais si bien comprise qu'au moment où, au péril de sa vie, il refusait d'apostasier. Tout au contraircj il s'était cramponné à sa vocation sacerdotale et s'était promis que, si quelque jour il recouvrait sa liberté, ce serait pour se vouer tout entier au service de Dieu, au soulagement des pauvres et à la sanctification des âmes.
Au bout de deux ans, en 1612, il quitta la Reine et fut appelé par Philippe-Emmanuel de Gondi pour remplir auprès de ses trois fils l'emploi de précepteur. On a dit qu'il eut à diriger l'éducation du plus jeune, Jean-François-Paul, le futur Cardinal de Retz, mais c'était alors un enfant en bas-âge et c'est surtout de ses frères que notre saint eut à s'occuper. C'était d'ailleurs auprès de M™^ de Gondi et de sa famille qu'il avait
à remplir, comme aumônier, une mission qui sera son début dans la carrière apostolique.
L'édification qu'il procurait à la famille de Gondi amena ces pieuses dames à l'envoyer prêcher des missions aux paysans des terres qui leur appartenaient. Ayant accepté par obéissance ce ministère, il en vit aussitôt toute l'importance et même la nécessité : ce n'étaient pas seulement les paysans simples, mais ignorants, qui profitaient de cet enseignement adapté à leur indigence religieuse, mais les curés eux-mêmes avaient besoin d'entendre la parole de Dieu. Isolés dans des pays perdus, il leur restait peu de chose de la formation rudimentaire et hâtive qu'ils avaient reçue avant l'ordination : de tels pasteurs étaient rarement capables d'instruire et de sanctifier leurs troupeaux.
M. Vincent se souvint alors des lacunes profondes de sa propre préparation; il bénissait Dieu qui, par des voies extraordinaires, l'avait tiré de l'ornière où il n'aurait pas tardé à s'enliser sans retour. Il résolut de travailler au salut de ses frères. Il comprit que ce n'est pas seulement aux gens de la campagne qu'il avait été envoyé, mais que la partie la plus déshéritée du clergé avait besoin d'être rénovée; il ne reculait pas devant cette tâche. Peut-être même, se présentait déjà à son esprit la possibilité de fonder des séminaires, tels que le Concile de Trente en avait tracé le plan; là, tous les candidats au sacerdoce recevraient l'initiation dont lui-même sentait qu'il avait été privé. Mais, si l'œuvre était encore en germe dans le fond de son âme, il fallait maintenant qu'un appel spécial de Dieu l'invitât à la réaliser.
Des concours spontanés s'étaient offerts à lui; il y avait à Paris des prêtres que travaillaient des aspirations identiques aux siennes et que sa parole persuasive entraîna. Dès lors, avec des collaborateurs choisis, il pouvait aborder des auditoires plus nombreux, satisfaire les pénitents qui, lors de la clôture des exercices, affluaient par centaines au confessionnal et qu'un seul missionnaire n'eût pas suffi à entendre. Il pouvait compter sur des suppléants, quand un autre ministère le
réclamerait; pourvu de la cure de Clichy et, simultanément, chargé pendant six mois, de gouverner une paroisse dans les Dombes, il avait besoin d'être soutenu, averti, à l'occasion, et remplacé pendant ses absences.
Enfin, une autre œuvre sollicitait son zèle et réclamait son esprit d'initiative : au cours de ses prédications il avait deviné tout ce qu'un prêtre prudent et zélé peut attendre du dévouement féminin; sous son impulsion, les Dames de Charité inaugurèrent leur ministère bienfaisant et, des associations de Dames de Charité allaient sortir les incomparables Filles de la Charité.
Fondation de la Société des Prêtres de la Mission. — La Société des Prêtres de la Mission exista avant d'être fondée, par le fait que, pour coordonner leurs efforts, les compagnons de M. Vincent étaient convenus d'un certain nombre de règles qu'ils avaient senti le besoin de s'imposer.
Quand, en 1625, l'acte constitutif fut dressé devant un notaire, ce n'était que la consécration de ce qui se faisait depuis plusieurs années, et encore, le nombre des premiers associés fut-il volontairement réduit; des auxiliaires restaient attachés à l'œuvre, mais leur réception était différée afin qu'ils eussent encore le temps de réfléchir avant de prendre aucun engagement.
Quel était alors cet engagement? Le contrat rédigé par le notaire avait engendré une obligation purement civile, qui n'était encore sanctionnée ni par la loi séculière, ni par l'autorité ecclésiastique.
Il y avait treize ans que l'Archevêque de Paris, Jean-François de Gondi avait rencontré M. Vincent dans la maison de son frère et c'est là qu'il avait appris à le vénérer; aussi, ne fit-il aucune difficulté pour accorder la permission dont avait besoin toute communauté s'établissant dans un diocèse. De plus, il intervint auprès de la Régente Anne d'Autriche pour lui faire signer les lettres patentes concédant à la société l'existence civile; le Parlement enregistra ces lettres en 1627.
Restait à obtenir du Pape le décret conférant aux Prêtres de la Mission le caractère de congrégation reconnue par l'Eglise, mais il fallut auparavant triompher des oppositions qui semblaient venir de tous les côtés à la fois.
Le clergé redoutait l'établissement officiel de ces apôtres, en qui il craignait de trouver des censeurs incommodes.
Les évêques, généralement très jaloux de leur autorité, ne voyaient pas tous d'un bon œil l'institution de ce nouveau corps ecclésiastique jouissant d'une autonomie qui aurait porté atteinte à leur juridiction absolue; on savait quels combats avaient dû livrer les Jésuites pour défendre l'indépendance qui était la condition essentielle de la règle de saint Ignace.
Approbation des constitutions. — Â Rome même, tout en rendant hommage aux services éminents des anciens ordres religieux, on n'oubliait pas les résistances auxquelles on s'était heurté quand on avait voulu leur imposer les réformes nécessaires. Il est certain qu'on était peu disposé à accepter des fondations nouvelles et il fallut six années de négociations laborieuses pour obtenir du Pape Urbain VIII la Bulle du 12 janvier 1633, qui approuvait la G)mpagnie de Saint-Lazare.
Cette autorisation était subordonnée d'ailleurs à plusieurs restrictions. Il était bien entendu que les Prêtres de la Mission étaient et resteraient des prêtres séculiers subordonnés aux évêques et ne faisant pas les vœux de religion; c'était ce qui avait été convenu déjà pour les Pères de l'Oratoire de Pierre de BéruUe.
Les vœux étaient remplacés par une promesse dite « de stabilité » qui n'était qu'un engagement d'ordre humain et n'était pas sanctionné par le pouvoir spirituel; il ne liait que la conscience, mais la conscience humaine est un instrument délicat, sujet à se fausser, et le saint Fondateur comprit la nécessité de prémunir ses disciples contre la tentation d'inconstance. Il demanda à tous ceux qui voulaient entrer dans la société de prononcer, après un certain temps d'épreuve, quatre
vœux substantiellement identiques à ceux des religieux.
Il trouva autour de lui des résistances, mais après des discussions et des expériences qui allaient durer près de trente ans, les vœux furent acceptés, avec cette différence qu'au lieu d'être émis entre les mains du Supérieur, ils seraient prononcés devant le Saint-Sacrement, en présence du Supérieur pris comme témoin et se portant garant des engagements que la Société assumait envers le nouveau missionnaire.
Du contrat ainsi formé résultaient diverses obligations réciproques, notamment en ce qui concerne le vœu de pauvreté, qui était plutôt un acte de désappropriation laissant au missionnaire la propriété de ses biens, tout en réglementant les conditions dans lesquelles il pouvait en disposer.
D'après la règle de Saint Vincent de Paul, le gouvernement de la Communauté est entre les mains du Supérieur général, auquel sont adjoints quatre assistants résidant auprès de lui; et que le devoir du Supérieur est de consulter pour toute affaire de quelque importance. Le développement de la société a amené la formation de provinces, dont le supérieur est désigné sous le titre de « Visiteur »; le Visiteur, comme le supérieur, est assisté d'un conseil de « consulteurs ».
La règle n'était pas immuablement rédigée; saint Vincent y avait fait quelques retouches et son successeur, M. Aimeras, à peine élu, en 1661, prépara un texte revisé des constitutions relatives au Supérieur général et à l'administration de la Compagnie; les assemblées de 1642 et 1651 en avaient adopté une première rédaction.
Ce travail, approuvé par l'Archevêque de Paris le 17 août 1665, fut après quelques légères modifications, reçu officiellement dans l'Assemblée générale du ]^^ septembre 1668, puis de nouveau présenté au chef du diocèse qui accepta les changements qui avaient été introduits dans la rédaction définitive.
M. Aimeras ne s'en tint pas là : il choisit dans ces Constitutions les règles les plus importantes, les groupa et les soumit à l'examen du Saint-Siège; de cette révision, confiée à cinq prélats de la cour romaine, sortirent les Constitutiones seleçtae.
jgui furent sanctionnées le 2 juin 1670, par le Bref Ex injuncto Nohîs, du Pape Clément X, et dont l'autorité est, par conséquent celle des actes émanés du Pape.
L'œuvre première et essentielle des Prêtres de la Mission était l'évangélisation du peuple des campagnes. Il leur est recommandé de parler simplement, en évitant toute recherche et sans viser à l'éloquence; leur enseignement doit être avant tout pratique.
Saint Vincent de Paul ne voulait pas que ses fils s'occupassent d enseignement classique; dans leurs séminaires, ils se limiteraient à professer les sciences sacrées. De même, il leur interdisait de monter dans les chaires des grandes églises de villes et même de s'occuper d'aucun ministère dans les villes épiscopales, afin de ne pas être tentés de se substituer au clergé des paroisses; il craignait qu'ils fussent mis ainsi dans le cas de fréquenter des personnes n'appartenant pas aux classes pauvres et populaires, auxquelles il voulait les voir se dévouer exclusivement.
Il leur avait défendu de se consacrer à la direction des religieuses, afin de ne pas se distraire de ce qui était la fin propre de leur institut. Il craignait aussi l'influence de personnes très pieuses, mais ayant la tendance de se mêler de Théologie et de Mystique; l'expérience lui avait appris que c'est dans les rangs de ces femmes supérieures que se développaient les hérésies, et les Lazaristes avaient autre chose à faire que d'examiner minutieusement des propositions dont on ne savait pas toujours du premier coup d'œil si elles étaient orthodoxes ou non.
Les Lazaristes avaient, il est vrai, à gouverner les communautés de Filles de la Charité, mais les Filles de la Charité n étaient pas regardées comme des religieuses, pas plus que les Lazaristes ne comptaient dans les ordres religieux. C'était une institution particulière, d'un type inconnu jusqu'alors et c'est en entrant dans l'esprit du fondateur que fut conservé par les Missionnaires ce ministère qui complète et maintient dans son caractère primitif l'action bienfaisante des servantes des pauvres.
Pour mener à bonne fin l'œuvre qu'il avait établie, saint Vincent de Paul avait besoin de moyens matériels et la Providence ne cessa pas d'y pourvoir. Dès 1624, le Saint fut nommé principal du Collège des Bons-Enfants, établissement déchu qu'il avait à faire revivre. Grâce à la dotation du Collège, il fut à même d'y installer sa première communauté ainsi que le séminaire qu'il y fonda et qui, après bien des vicissitudes, est devenu le Séminaire Saint-Firmin, au quartier Saint- Victor.
En 1630, on vint lui offrir une antique léproserie, Saint- Lazare, alors prieuré des chanoines de Saint- Victor. Après plus d'une année de négociations parfois épineuses, l'Institut put disposer d'un terrain de 92 arpents, au cœur de Paris, avec une église, d'importants bâtiments qu'il n'y eut qu'à agrandir et qui, en 1789, abritaient une communauté de 400 personnes. C'est à cause de cet établissement, devenu la Maison Mère, que les Prêtres de la Mission ont été appelés les Lazaristes.
Action sanctificatrice de Saint Vincent de Paul sur le clergé séculier. ; — L'action de saint Vincent de Paul s'inspirait avant tout de l'amour des pauvres et de tous les pauvres : mendiants et pauvres honteux, malades et infirmes, enfants abandonnés et victimes des impitoyables guerres du XVIl® siècle; il voulut secourir les habitants de nos provinces de l'Est dévastées par les invasions, exercer la miséricorde spirituelle aussi envers ceux qui soufraient de l'ignorance religieuse.
Mais les pauvres les plus à plaindre étaient à ses yeux les membres du clergé qui, faute d'instruction et de formation cléricale, avaient tout à apprendre des obligations sacrées de leur état. M. Vincent institua à Paris des réunions sacerdotales, sortes de recollections d'abord mensuelles, puis hebdomadaires, où il donnait tour à tour des indications pratiques concernant les travaux du saint ministère, puis des exhortations spirituelles et la solution de divers cas de conscience. Le succès dépassa toutes les prévisions : c'est par centaines qu'on y
voyait venir non seulement les ecclésiastiques désireux de s'édifier, mais d'autres aussi qui, longtemps séduits par les attraits de la vie mondaine, avaient été pour l'Eglise une cause de tristesse, sinon de scandale. Â la voix du Saint, ils ouvraient les yeux sur leurs erreurs de conduite et s'efforçaient de réformer leurs habitudes.
Des retraites étaient prêchées dans la maison de saint Lazare pour les prêtres décidés à se sanctifier et aussi pour les jeunes gens qui étaient préparés à la réception des Saints Ordres. Le bien produit fut tel que l'Archevêque de Paris rendit obligatoires les retraites d'ordinands; cet exemple fut suivi par plusieurs évêques et, en 1 642, le Pape Alexandre VII, frappé des bons résultats obtenus par les Lazaristes, prescrivit à tous les clercs romains de passer dix jours avant l'ordination dans la maison de Monte-Citorio, résidence des Lazaristes romains.
C'est à Beauvais qu'en 1628 furent données les premières retraites fermées; plusieurs évêques créèrent des séminaires et cette œuvre, après bien des expériences, se développa surtout après que M. OUier eût fondé Saint-Sulpice.
A la mort de saint Vincent, les Lazaristes avaient, en France seulement, 33 maisons, dont trois à Paris; en 1700, ils en avaient 53, et en 1790 : 78; de plus, ils dirigeaient 8 petits séminaires et 52 grands.
L'esprit apostolique de Saint Vincent de Paul avait tout fait pour préserver ses fils de toute accointance avec les Jansénistes. C'est pour cela que Port-Royal l'avait poursuivi de ses rancunes et avait répandu contre lui les plus absurdes calomnies. Au siècle suivant, quand commença la tempête qui suivit la publication de la Bulle Unigenitus, le virus janséniste ne fut pas sans commencer à exercer son action délétère à Saint- Lazare. Jusqu'en 1719, l'esprit de révolte avait épargné les missionnaires et leur Supérieur, M, Jean Bonnet, s'en réjouissait, mais, en 1 724, il parut un mémoire signé de 36 membres de la Communauté et non des moindres, qui contenait des opinions plus que suspectes. L'assemblée générale, tenue en cette année sous la présidence de M. Bon-
net, réprouva les doctrines du mémoire et 1 7 des signataires furent renvoyés de la Société. En 1 726, il y eut encore douze exclusions et le calme ne se rétablit qu'en 1740. La fermeté du Supérieur avait conjuré le danger auquel d'autres ordres tant anciens que récents, n'avaient pas su échapper.
Pendant et au lendemain de la crise révolutionnaire. — Une autre crise s'ouvrit à la veille de la réunion des Etats- Généraux de 1789. Le 13 juillet, la maison de Saint-Lazare avait. été, envahie par la populace qui croyait y trouver des armes et qui pilla les approvisionnements. Les événements se mirent à marcher avec une rapidité foudroyante; il avait fallu renvoyer dans leur famille les séminaristes que l'effervescence révolutionnaire commençait à gagner; il n'était d'ailleurs plus possible de les entretenir depuis que la maison avait été saccagée et qu'on avait saisi les provisions de farine amassées pour pouvoir distribuer du pain aux sans-travail. Les biens de la congrégation furent mis sous séquestre, puis, en 1792, les communautés séculières ^ qu'on avait cru un moment sauvées quand avaient été abolis les ordres religieux, furent à leur tour dissoutes. Saint- Lazare confisqué devint une prison de sinistre mémoire.
Bien qu'il eût été député de Paris à la Constituante, le Supérieur général, M. Cayla de la Garde, avait dû quitter sa maison; après avoir erré en province, il lui fallut chercher un asile hors de France. Il mourut à Rome le 2 septembre 1800.
Quand, en 1 804, M. Brunet, vicaire général, voulut reconstituer la Société, il eut à rechercher ce qu'étaient devenus ses confrères. Sur les 518 Lazaristes prêtres inscrits sur les listes de 1792, 120 étaient morts, dont 23 avaient été victimes des fureurs de la Révolution.
Le 3 septembre 1 792, MM. François et Gruyer avaient été massacrés à Saint-Firmin; c'est eux qui ont été inscrits, en octobre 1926, au catalogue des Bienheureux, mais le titre de martyrs peut être revendiqué pour beaucoup de leurs frères guillotinés, noyés, fusillés; d'autres ont succombé en prison.
à bord des pontons de Rochefort, à la citadelle de Brouage ou dans les marécages empestés de la Guyane.
Sur les 400 survivants, une quarantaine avaient eu le malheur de renoncer à l'état ecclésiastique; 80 ne comptaient plus, anéantis par l'âge, la maladie ou la misère. 'Plus de 200 étaient ijetoumés dans leurs diocèses respectifs et devaient y rester, sqit qu'ils fussent retenus par leurs évêques et pourvus de postes importants, soit que l'existence indépendante qu'ils avaient dû mener pendant les Jours mauvais ne les rendît plus très propres à la vie de communauté.
Soixante environ étaient prêts à se remettre à la disposition de leur Supérieur, mais M. Brunet n'aurait su ni où lés loger, ni où les employer; lui-même, avec quelques compagnons devait se contenter de l'hospitalité que lui avait offerte la communauté des Filles de la Charité rétablie à la rue du Vieux Colombier; on ne pouvait pas accueillir non plus les jeunes gens qui sollicitaient leur admission ^
Un décret impérial avait accordé la reconnaissance légale à la société des Lazaristes, mais, en 1809 les exigences de l'Empereur réveilleront la persécution et M. Hanon, successeur de M. Brunet, sera emprisonné à Fénestrelle, jusqu'en 1814.
La Restauration était bienveillante pour les corporations religieuses. Malheureusement, il ne dépendait pas d'elle de les recruter. Quand mourut M. Hanon, il n'y eut que 21 missionnaires à se réunir chez l'un d'eux. M. Dubois, curé de Sainte- Marguerite, -pour choisir son successeur.
En 1817, la Compagnie put acquérir l'hôtel de Lorges.rue de Sèvres et y reprendre la vie commune; le Séminaire interne, ou noviciat, fut rouvert et, dans la mesure où le permettait leur petit nombre, les Lazaristes acceptèrent la direction de plusieurs séminaires.
Enfin, en 1 827, 'prit fin une situation qui,' jusque-là, avait entravé la réorganisation de l'œuvre. A la mort de M. Cayla, le pape Pie VII, avait pourvu au gouvernement de ce qui restait de la Congrégation, mais en répartissant l'autorité entre le Vicaire général de Paris et celui de Rome. Le premier conser-
vait la direction des Filles de la Charité et de tous les Lazaristes français; le vicaire romain avait juridiction sur les maisons qui subsistaient en Italie, en Pologne et dans d'autres parties de l'Europe. De cette division sortirent de grosses difficultés qui se perpétuèrent pendant vingt-sept ans. La Congrégation ne fit que végéter jusqu'à la nomination par le Pape de M. de Wailly, comme supérieur unique.
Alors s'ouvrit une période de renaissance qui devint un magnifique épanouissement sous le long supériorat de M. Etienne. Les maisons de Frahce étaient environ 15 en 1823; en 1874, elles étaient 57.
En 1903, la politique anti-religieuse du gouvernement français atteignit gravement la Société de la Mission, qui dut abandonner la direction de ses établissements enseignants, grands et petits séminaires ou collèges. La maison-mère fut épargnée ainsi que les maisons de formation en tant qu'elles alimentaient le personnel des missions d'Orient et de Chine. On peut dire que si les Lazaristes ont pu conserver, rétablir à nouveau et développer leurs œuvres à l'époque contemporaine, c'est grâce à l'appui dé la Communauté toujours florissante des Filles de la Charité, dans les œuvres desquelles ils trouvent un aliment à leur activité apostolique.
De plus, les Missions, dont nous aurons à parler tout à l'heure, attirent à Saint-Lazare beaucoup d'excellents sujets auxquels on sait donner une formation attentive et chez lesquelles se développe une forte culture intellectuelle autant que religieuse.
Expansion de la communauté des Lazaristes en Europe. — ..Xout en créant aux Lazaristes français une concurrence dont nous avons indiqué les pénibles effets, l'existence d'une province italienne de la Compagnie sauva peut-être d'un désastre complet une Société qui, grâce à cet établissement permanent, trouva le point d'appui qui manqua à d'autres congrégations. Cet appui ne fut pas exempt de servitudes, mais il assura la perpétuité de l'œuvre.
^-Du vivant même de saint Vincent, les Lazaristes s'étaient établis à Rome.<M. Lebreton, envoyé par le saint fondateur pour négocier l'affaire de l'approbation des règles, employait ses loisirs à évangéliser les bergers de la campagne romaine, ce qu'il fit à la plus grande édification de tous; il put ensuite s'adresser au clergé de la ville et se mit à prêcher des retraites dont le succès fut tel que le Pape rendit obligatoires les exercices spirituels faits à Monte-Citorio non seulement pour tous les ordinands, mais pour d'autres catégories d'ecclésiastiques. Cette espèce de privilège ne fut pas sans soulever quelques résistances et quelques jalousies, mais l'œuvre faisait tant de bien qu'elle finit par triompher des oppositions et que d'autres religieux entreprirent à leur tour des prédications dont le peuple chrétien ne pouvait recueillir que de bons fruits.
Des maisons de Missionnaires s'étaient fondées dans les principales villes d'Italie; elles furent groupées en trois provinces : Rome, Turin et Naples. Actuellement, les Lazaristes ont en Italie plus de 300 des leurs et les Pères de la province lombarde se sont chargés d'un vicariat apostolique en Chine. De plus, ils s'occupent activement de leurs compatriotes émigrés en Amérique.
Saint Vincent de Paul ne pouvait rester indifférent aux malheurs du catholicisme irlandais. A plusieurs reprises, il envoya quelques-uns de ses fils au secours des persécutés, mais il fallut attendre jusqu'en 1841 pour que pût se créer une œuvre stable. Aujourd'hui, la province irlandaise est en pleine prospérité; elle possède en Amérique et en Australie des établissements destinés aux compatriotes dispersés dans les pays de langue anglaise.
La Pologne aussi méritait d'attirer l'attention du bon Saint, qui prenait en pitié tous les éprouvés. C'est en 1651 qu'à la demande de la reine Louise-Marie de Gonzague, trois de ses prêtres fondèrent la province polonaise. Tous les fléaux s abattirent sur l'infortuné pays, la peste, la guerre civile, la guerre étrangère, l'invasion et en 1772, le démembrement final. Ces catholiques fervents étaient asservis à la Russie
schismatique, à la Prusse luthérienne et à l'Empereur Joseph II, catholique de nom, mais qui prétendait gouverner l'Eglise de ses Etats selon des principes destructifs de toute hiérarchie, de toute croyance et de toute piété.
C'est presque miraculeux que les œuvres polonaises des Lazaristes aient survécu à tant de persécutions; leur existence fut précaire pendant plus d'un siècle et, en 1914, il ne subsistait que quelques maisons dans la Pologne autrichienne. La grande guerre, en rendant à la Pologne son existence de nation indépendante eut pour conséquence le rétablissement des Lazaristes et un remaniement de leurs provinces. Celle d'Autriche se relève de ses ruines et il en a été créé deux autres, en Hongrie et en Yougoslavie, pour réunir les établissements que le démembrement de la Monarchie des Habsbourgs obligeait de constituer en centres autonomes.
Non contents d'exercer leur activité apostolique dans leur patrie, les Lazaristes polonais s'occupent de pourvoir aux besoins spirituels de leurs compatriotes qui ont été chercher du travail dans les divers états de l'Europe et même de l'Amérique.
C'est au début du XVIIl^ siècle que les prêtres de la Mission purent s'installer en Espagne (1744) et en Portugal (1713). Appelés par les rois, ils eurent bientôt à souffrir des prétentions dominatrices, et on peut dire schismatiques, des Cours, et surtout des Ministres philosophes . Au XIX® siècle, chacune des révolutions qui éclataient dans l'un ou l'autre pays commençait par proscrire les religieux et les Lazaristes subirent le sort commun. Mais Dieu sait tirer le bien du mal et, obligés de s'expatrier, les Fils de Saint Vincent de Paul se résolurent à passer de l'autre côté de l'Océan pour aller prêcher l'Evangile, soit aux infidèles, soit aux catholiques à la foi mal assise, des républiques sud-américaines. Ainsi furent créées successivement onze provinces lazaristes, auxquelles les diocèses espagnols fournissent infatigablement des hommes et des secours. De plus, la province de Barcelone envoie des missionnaires au Honduras et au Pérou et celle de Madrid alimente
les provinces des Antilles, des Philippines et du Mexique; elle a aussi une mission à Orissa, dans les Indes Anglaises. Quant à celle de Lisbonne, elle eut à pourvoir, en 1780, au remplacement des Jésuites à Goa, mais cet établissement disparut en 1833, quand une révolution portugaise eut proscrit les congrégations religieuses.
Les Lazaristes étaient à peu près inconnus en Allemagne en 1 760, quand ils furent appelés à Vienne et à Gratz; l'Empereur Joseph n ferma leurs maisons, mais l'électeur palatin leur confia son séminaire de Manheim pour y remplacer les Jésuites.
Ce n'est pourtant qu'en 1851 que quelques jeunes Allemands se présentèrent à Paris, sollicitant leur admission dans la Société et telle fut l'origine de la florissante province lazariste de Cologne. Persécutés par Bismarck, les prêtres allemands allèrent implanter la règle de saint Vincent de Paul en Belgique et en Hollande où, trente ans après, les Lazaristes français allèrent les rejoindre, quand les lois de laïcisation paralysèrent leur action en France. On voit que la Providence n'a pas abandonné les persécutés et que, dans leurs éprejiyes, ils ont eu la consolation de trouver un moyen de travailler au salut des âmes.
Expansion de la Communauté des Lazaristes hors d'Europe. — Le ministère des disciples de saint Vincent de Paul auprès des peuples infidèles avait commencé du vivant même du Saint, qui crut d'abord avoir une dette à payer en s'intéressant aux esclaves chrétiens retenus dans les bagnes barbaresques : il fallait les soulager matériellement et spirituellement, les défendre contre la tentation d'apostasie, négocier leur rachat et donner de leurs nouvelles à leurs familles. C'était un usage alors de vendre les postes consulaires, et la Duchesse d'Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu et bienfaitrice insigne de la Congrégation, en acheta plusieurs dont les titulaires devaient être des Lazaristes. Le caractère diplomatique les garantirait, on l'espérait du moins, et
leur faciliterait leurs travaux charitables. Cependant, il arriva, à plusieurs reprises, que les consuls missionnaires furent l'objet d'insultes, de menaces et de violences. En 1683, M. Jean Le Vacher fut lié à la bouche d'un canon qui, en partant, déchiqueta son corps et cinq ans après, M. Montmasson et le Frère Francillon périrent de la même manière.
Une orientation nouvelle de la politique maritime de Louis XIV mit fin à cette situation ingrate. Les Lazaristes ne renoncèrent pas pour cela à secourir les captifs, mais ils le firent comme délégués du Saint Siège; même après l'établissement des évêchés d'Algérie, ils ont continué à venir en aide au clergé séculier et à diriger les séminaires.
En 1 674, il fallut abandonner l'établissement commencé du vivant de saint Vincent de Paul dans la partie sud de Madagascar. Les colons français s'y étaient installés sans connaître suffisamment la nature et le climat, la langue et les mœurs des indigènes; cette entreprise, mal préparée, était condamnée à un insuccès certain et les Missionnaires, décimés par l'insalubrité du pays, le quittèrent quand partirent les derniers Français.
Ce n'est qu'en 1897 que les Lazaristes ont pu reprendre pied dans la Grande Ile, où a été rétabli pour eux le vicariat apostolique de Fort-Dauphin comprenant les trois districts de Fort-Dauphin, Tuléar et Farafangane.
Au XVII® siècle une mission avait été envoyée à l'Ile de France et à Bourbon, qui appartenaient alors à la France; elle était destinée aux colons métrop)olitains et aux esclaves noirs. Depuis, les deux îles ont été abandonnées et d'autres sociétés de missionnaires en ont reçu l'administration.
Les premiers Lazaristes sont allés en Chine au XVIII® siècle^ mais à titre en quelque sorte individuel, comme envoyés de la Congrégation de la Propagande. Ils s'y trouvaient associés à des religieux de différents ordres dont les dissentiments étaient loin de faciliter l'évangélisation. L'irritante question des rites chinois avait motivé l'envoi à Pékin d'un haut commissaire de la Propagande, Mgr de Tournon, Patriarche
d'Antioche, et ce n'est pas le lieu ici de raconter les douloureuses péripéties de cette ambassade. Trois Lazaristes. MM. Appiani, MuUener et Pedrini, qui avaient docilement obéi aux directions du Légat, participèrent à sa disgrâce, M. Appiani passa près de vingt ans en prison et mourut à Canton, en 1732, six ans après sa délivrance, et ayant repris courageusement ses travaux apostoliques. M. Mullener, devenu évêque et vicaire apostolique du Su-Tchuen, mourut en 1742 et M. Pedrini en 1746. Il ne restait alors en Chine qu'un seul Lazariste, un indigène, ordonné par Mgr Mullener. En 1773, quand fut abolie en France la Compagnie de Jésus, le gouvernement royal offrit aux Lazaristes de se charger des importantes missions que la Compagnie avait établies dans le Levant et en Chine. Les Jésuites eux-mêmes avaient exprimé le désir d'être remplacés par des compatriotes dont ils estimaient le zèle et l'esprit religieux. Après avoir hésité pendant près de dix ans, les Lazaristes acceptèrent. Ils avaient eu le temps de préparer quelques sujets pourvus des connaissances spéciales qui étaient indispensables pour pouvoir prendre quelque influence sur les autorités chinoises. Les nouveaux missionnaires arrivèrent à Példn en 1 785 et il fallut une manifeste intervention de la Providence pour que la Congrégation, si cruellement éprouvée par la crise révolutionnaire, fût en mesure de suffire à sa tâche et d'empêcher ses œuvres de succomber. Le zèle de quelques hommes héroïques se multiplia pour suppléer au défaut d'ouvriers et de ressources. Plusieurs arrosèrent de leur sang le champ ingrat qu'ils avaient à cultiver; la cause de deux d'entre eux est introduite; celle des martjrrs Clet et Perbo3a"e dont la béatification a été obtenue en 1 889, et dont la cause se poursuit en vue de la Canonisation.
Missions d*Orient et d'Extrême Orient. — Sanguis martyrum, semen christianorum. — A l'heure présente, les Lazaristes sont chargés en Chine de 13 vicariats apostoliques formant 43 districts et l'intention du Saint-Siège
est de multiplier le nombre des circonscriptions en mettant à leur tête des prélats indigènes. Sur les six évêques chinois sacrés en 1926, deux sont membres de la Congrégation de la Mission.
Le clergé des treize circonscriptions confiées aux Lazaristes se compose en tout de 534 prêtres. Sur ce nombre, 260 sont des prêtres de la Mission appartenant aux provinces françaises, italiennes, hollandaises et américaines, et 101 de ces Lazaristes sont chinois. De plus, ils sont aidés par 274 prêtres séculiers indigènes sortis, avec toutes les connaissances suffisantes, des séminaires dirigés par les Missionnaires.
En 1778, les Lazaristes furent invités à prendre la place des Jésuites dans les missions du Levant. Cette suppression des Jésuites avait été prononcée d'abord par le Parlement de Paris et les Lazaristes ne montrèrent que peu d'empressement à se substituer aux fils de saint Ignace. Plus tard, le Pape Clément XIV céda aux sommations des cours bourbonniennes et les instances de M. de Saint-Prix, ambassadeur dé France à Rome, eurent raison de leurs répugnances; les Jésuites, d'ailleurs, avaient manifesté leur préférence pour de tels successeurs, d'autres communautés dont il avait été question leur paraissant moins bien préparées à se dévouer à un ministère qui n'était pas sans demander certaines connaissances et surtout beaucoup d'abnégation.
En 1782, le Supérieur général, M. Jacquier, envoya àConstantinople M. Viguier, vicaire apostolique d'Alger et lui demanda de faire une enquête; sur son rapport, il fit partir pour le Levant 1 7 missionnaires qui furent mis en possession des œuvres des Jésuites. Il s'agissait d'établissements dispersés aux extrémités de l'Empire Ottoman ; le collège de Galata, à Constantinople, Smyrne, Salonique, les îles de Santorin et Naxos, dans l'Archipel; en Syrie : Damas, Alep, Tripoli, Antoura, dans le Liban, dont le collège était le centre spirituel des chrétiens des divers rites unis à l'Eglise de Rome.
Presque partout, il existait des communautés de religieux latins, franciscains, dominicains et capucins, qui desservaient
les principales paroisses; le ministère que le départ des Jésuites laissait sans direction était celui de l'enseignement et il fallait empêcher cinq grands collèges de disparaître. Enfin, les enfants de saint Vincent de Paul n'oubliaient pas qu'une de leurs principales œuvres était celle des séminaires. Ils se promirent donc d'en ouvrir un aux jeunes gens indigènes qui deviendraient plus tard de bons prêtres séculiers.
Ce n'est pas sans de laborieux efforts que les Lazaristes purent maintenir leurs œuvres d'Orient au moment où sévissaient en France les calamités révolutionnaires, qui les privaient de ressources et de sujets. Grâce à leur persévérance ils purent traverser cette période critique, puis se développer quand la paix rendue à l'Eglise permit de reprendre la marche ascensionnelle de la vie apostolique.
En 1870, les Jésuites rentrèrent dans leurs œuvres d'AIep,et Naxos fut remise aux prêtres séculiers indigènes. Par contre, Salonique devint un foyer de di^sion qui rayonna sur les principaux centres chrétiens de Macédoine. Alors furent fondées les maisons de Cavalla, Monastir, Broumana, Zeitunlik et leurs annexes qui exercent une forte influence sur les populations schismatiques et préparent leur retour à l'Unité romaine. Les guerres qui ont désolé la péninsule des Balkans ont amené le remaniement des provinces qui formaient la Turquie d'Europe et les états qui se sont partagé les dépouilles du Sultan sont loin de se montrer favorables à l'expansion de l'activité catholique et française.
Il y a en Perse une population chrétienne, composée surtout de chaldéens et d'arméniens, dont quelques milliers sont catholiques. Ils étaient à peu près délaissés quand, en 1841, un missionnaire de Saint-Lazare y fut envoyé comme préfet apostolique. En 1 875, ce préfet fut nommé délégué apostolique et reçut le titre d'archevêque d'Ispahan. Le poste était périlleux. En 1 91 8, Mgr Sontag périt avec une partie de ses ouailles, massacré à Ourmiah, par les Kurdes.
Dix Lazaristes sont employés actuellement dans la mission de Perse; ils desservent les postes d'Ispahan, Tauris, Salmas, Ourmiah et Téhéran.
En apprenant qu'il n'y avait pas un seul prêtre catholique en Arabie, saint Vincent avait espéré que quelques-uns de ses fils pourraient aller y prêcher l'Evangile, mais des circonstances contraires s'y opposèrent.
L'Abyssinie était livrée aux schismatiques qui étaient sous la dépendance de l'église monophysite d'Egypte. En 1837, deux savants français, Arnauld et Antoine d'Abadie, se rendant en Abyssinie, emmenèrent avec eux M. Sapito, prêtre de la Mission, versé dans la langue arabe. Tout d'abord, l'accueil fait au prêtre fut malveillant à cause des préjugés odieux et absurdes que le clergé schismatique entretenait contre le Catholicisme. Loin de se laisser décourager, M. Sapito demanda du renfort et on lui envoya deux Lazaristes napolitains, dont l'un, M. de Jacobis, reçut le titre de Préfet apostolique.
Les épreuves n'eurent qu'un temps et une ambassade abyssine se rendit à Rome où elle fut reçue par Grégoire XVI avec les plus grands égards. Un des députés était le savant moine Ghebra Mikaïl, qui se convertit et fut reçu dans la communauté de Saint-Lazare.
Aujourd'hui, grâce à la bienveillance du Ras Tafîari, régentt le Catholicisme est en pleine prospérité. Dix Lazaristes, dont trois sont des Abyssins, travaillent avec le concours de quatorze prêtres indigènes. Ils ont établi des écoles où sont cultivées quelques vocations sacerdotales.
M. de Jacobis, qui avait fondé un séminaire, fut sacré évêque en 1849 et nommé vicaire apostolique. L'œuvre était en plein développement quand il mourut en odeur de sainteté, en 1860; sa cause de béatification est introduite. Son œuvre se poursuivait quand, en 1894, sous l'empereur Ménélik, un revirement se produisit; les missionnaires furent expulsés, mais ils revinrent en 1897. Ils trouvaient
leurs œuvres ruinées et leurs fidèles avaient beaucoup souffert ^
Statistique. — La G)ngrégatîon de la Mission compte environ 4.000 membres, tant prêtres que clercs et frères, répartis en 35 provinces. La consécration épiscopale a été reçue par 26 de ses membres. Outre les vicaires apostoliques des 1 3 vicariats de Chine, ils ont deux évêques en Europe, celui d'Uskub, en Bosnie et le coadjuteur d'Ossory, en Irlande; deux en Australie (Bathurst et Geraldton) ; neuf en Amérique : l'archevêque de Lima, huit évêques et vicaires apostoliques : 1 au Brésil, 2 en Colombie (plus 2 préfectures), 1 à Panama, 2 au Honduras, 1 à Mérida, en Yucatan; I évêque lazariste de Salt-Lake-City, chez les Mormons), vient de mourir.
La formation des futurs Lazaristes est poursuivie dans les séminaires internes, qui sont au nombre de 21 : Paris et Dax, en France; en Italie : Rome, Chieri et Naples; en Espagne : Madrid et Majorque; Blackrock, en Irlande; Panningen, en Hollande; Niderprûm, en Allemagne; Cracovie, en Pologne; Gratz, en Autriche; Pilis-Csaba, en Hongrie; Grodlje, en Slovénie. En Amérique, Philadelphie et Perryville (Missouri), Santiago du Chili, Bogota, Rio-de- Janeiro, Buenos-A3nres, et enfin East-Wood, en Australie.
Les études philosophiques et théologiques sont continuées dans un grand nombre de maisons d'études; il faut citer le fameux Collegio Alberoniano de Plaisance, le Séminaire d'AlI- Hallows en Irlande, les maisons d'études internationales de Lille, de Strasbourg et surtout de Rome, où les sujets fréquentent les diverses Universités et Ecoles supérieures de la Ville Eternelle et d'où sortent des hommes préparés pour donner à
1. En 1855, sous le règne de Théodoros, le P. Ghebra Mikaîl avait été mis en prison ; il avait succombé aux mauvais traitements. Il vient d'être solennellement béatifié par Sa Sainteté Pie XI.
leur tour la haute instruction dont les missionnaires doivent faire profiter les intelligences qui leur seront confiées, tant dans les Séminaires et les collèges que dans les milieux cultivés où leur zèle aura à s'exercer.
Avant tout, la Charité de saint Vincent de Paul inspire ses disciples et s'exerce sous les formes les plus diverses, mais toujours en ayant pour but l'évangélisation des infidèles et la sanctification du peuple chrétien.